Décès de Philippe Coulon, ancien directeur du département d’œnologie de Moët & Chandon

Chez Moët & Chandon, Philippe Coulon a marqué l’histoire de la maison à travers de nombreuses innovations, mais aussi par sa personnalité charismatique et humaniste. L’ancien Directeur du Département d’œnologie et de Recherche est décédé samedi dernier à l’âge de 83 ans.

Né à Meknès au Maroc où il avait développé sa première passion pour le vin, Philippe Coulon était Diplômé de l’agro-Montpelier. Moët & Chandon a recruté en 1972 ce brillant ingénieur pour occuper le poste de Directeur du Département d’œnologie et de Recherche. Il a alors accompagné l’expansion de la Maison, contribuant notamment à la création des structures Chandon en Argentine, en Californie, au Brésil et en Espagne. Internationalement reconnu pour son expertise, il enseignait à la Faculté d’Agronomie de Santiago au Chili (son épouse est elle-même chilienne). Philippe Coulon était enfin un chercheur de talent qui a marqué l’œnologie champenoise par ses travaux sur la fermentation, les levures, les bactéries, la mousse et l’effervescence. Benoît Gouez, le chef de caves de la Maison Moët & Chandon, se souvient : « Il a été mon premier mentor. Je ne voulais pas du tout venir en Champagne au départ. J’ai rencontré Philippe en 1997 à l’Agro-Montpelier à l’occasion d’une journée emploi. Un courant est passé entre nous, au-delà d’ailleurs de notre passion commune pour le vin. C’était quelqu’un qui avait une carrure imposante, du charisme, de la prestance et de la présence. Il avait un côté malicieux et taquin mais avec en même temps beaucoup d’humanisme et d’attention pour les autres. Il a vécu avec Dominique Foulon le grand boom de la Champagne qui a duré des années 1970 aux années 1990, mais aussi le développement des domaines Chandon à l’étranger. L’un de ses traits de génie aura été de nommer Richard Geoffroy chef de caves de Dom Pérignon tout en confiant Moët & Chandon à Dominique Foulon. En donnant à chacune des maisons un chef de caves spécifique, il a ainsi marqué le début de l’émancipation de Dom Pérignon. Même si Philippe était lui-même profondément attaché à l’unité de la maison, il sentait bien que Dom Pérignon avait tout le potentiel pour être incarné, avoir ses propres valeurs, son propre discours. » Philippe Coulon avait pris sa retraite en 2005, cédant sa place à Richard Geoffroy, qui a cumulé cette fonction avec celle de chef de caves de Dom Pérignon, avant de lui-même passer le relai à Vincent Chaperon.

Notre équipe s’associe à la peine de sa famille et de ses anciens collègues et leur présente ses plus sincères condoléances.

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[PRIMEURS] Une déferlante de belles sorties

La campagne primeurs s’intensifie avec, depuis hier, la sortie de plusieurs très belles références du vignoble bordelais, qui annoncent le prix de leur millésime 2022. On fait le point.

Château Brane-Cantenac, 2ème Grand Cru Classé et star de Margaux, a conquis la rédaction de Terre de Vins en 2022 (note de 97/100). Pour ce millésime hommage au regretté Lucien Lurton, son fils Henri, qui vivait là sa trentième vendange, a relevé le défi talentueusement. « Brane » sort au prix de 84 € TTC. Toujours à Margaux, le château Lascombes (2ème Grand Cru Classé, note 95-96/100) qui a récemment connu un changement de propriétaire et fourbit de grandes ambitions, sort à 87,35 € TTC. Le positionnement prix est sur une hausse raisonnable (on est plus élevé que tous les millésimes récents en livrable) mais le signal est clair : Lascombes veut monter en gamme.

Une grande star de Pauillac, le château Lynch-Bages (2ème Grand Cru Classé, note 96-97/100), sort au prix de 147,80 € TTC. Le Blanc de Lynch-Bages sort pour sa part à 58,80 € TTC. Du côté de Saint-Julien, le château Léoville-Poyferré, 2ème Grand Cru Classé, sort au prix de 117,60 € TTC (note 96-97/100). À Saint-Estèphe enfin, l’éternelle valeur sûre Château Phélan-Ségur sort au prix bien ciblé de 52 € TTC (note 97/100).

À Pessac-Léognan et dans la famille des Crus Classés de Graves, l’emblématique Domaine de Chevalier sort en rouge à 79,50 € TTC (note 95/100) et en blanc à 114 € TTC (note 95-96/100). Le château Pape Clément de Bernard Magrez sort son rouge à 87,30 € TTC et son blanc à 137 € TTC (tous deux notés (95/100).

Sur la rive droite, deux grands noms du plateau calcaire de Saint-Émilion, tous deux Premiers Grands Crus Classés, annoncent la couleur. Clos Fourtet, qui signe un grand 2022 (note 97-98/100), sort à 132 € TTC. Le château Larcis-Ducasse (note 97-98/100 et « coup de cœur » de la rédaction) sort à 100,80 € TTC. À Pomerol enfin, le château Beauregard se dévoile au prix de 73,90 € TTC (note 93-94/100).

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Solar Panel : quand Jean-Charles Gutner et Roederer explorent la diversité du vivant

Le champagne Louis Roederer qui compte 115 hectares certifiés bios porte une attention particulière à la restauration de la biodiversité champenoise. Une approche qui n’est pas seulement environnementale, mais aussi esthétique. Dans le cadre du rendez-vous biennal « Révélations » au Grand Palais Ephémère à Paris, la Maison et le photographe Jean-Charles Gutner se sont associés pour une exposition intitulée « Solar Panel » mettant en lumière toute la beauté des feuilles de vignes lorsque l’on prend le temps de les contempler pour ce qu’elles sont : des œuvres d’art uniques que nous offrent la nature. Jean-Charles Gutner est ainsi le troisième artiste après Duy Anh Nhan Duc et Philippe Starck à collaborer avec la marque.

Jean-Charles Gutner comment est né ce projet Solar Panel ?
J’ai commencé à photographier les feuilles de vignes en 2015. A la manière des dessinateurs qui ont leurs carnets de croquis, il s’agissait d’une recherche personnelle, d’une étude… Les paysages des vignes travaillées par l’homme sont très organisés. Cela pousse l’œil à la paresse. Le premier réflexe lorsque l’on prend une photo consiste à jouer avec ces lignes. C’est facile et très graphique, on obtient des cartes postales. En ce qui me concerne, je suis toujours en quête de nouveauté et je trouve que l’on passe souvent à côté de beaucoup de choses sans les observer. Le rôle d’un vrai photographe vise justement à apprendre aux gens à regarder. Dans les vignes, les feuilles sont effacées par leur volume, elles sont prises dans la masse. En les isolant sur une feuille blanche, on fait ressortir leurs détails, la finesse de leurs nervures. On a l’impression de voir dessiné sur chacune d’entre elles une reproduction miniature de la mosaïque du parcellaire de nos coteaux. Les nuances de couleurs sont également incroyables. Tout cela sans aucune retouche… Quant au titre « Solar Panel », vous pouvez l’interpréter comme un clin d’œil à l’ingéniosité de la nature qui n’a pas attendu l’homme pour inventer les panneaux solaires. Que sont en effet les feuilles sinon des panneaux qui captent l’énergie du soleil pour alimenter la plante grâce à la photosynthèse ?

Il s’agissait aussi de constituer une sorte d’inventaire visuel des différentes variétés…
Oui, je me suis appuyé sur l’ampélographie. J’ai photographié tous les cépages champenois et alsaciens. Je me suis aussi attaqué aux cépages du Sud-Ouest et notamment un cépage demeuré jusque-là inconnu du domaine de Claude et Lydia Bourguignon à Cahors. Ses feuilles étaient étonnantes, très hachées et structurées, avec une forme un peu conique de sapin. Sur les conseils de Pierre Huré, vigneron à Ludes, j’ai envoyé la photographie à l’Institut Pierre Galet. Quelques jours plus tard, un contributeur nous a indiqué qu’il s’agissait d’un chasselas Cioutat originaire de Judée. Il avait été identifié par Pierre Galet parce qu’il était frappé sur des pièces de monnaie du temps d’Hérode. On peut même imaginer que c’est avec ce raisin qu’a été produit le vin servi au Christ pendant la Cène ! La variété est aujourd’hui très rare, il ne reste plus que quelques pieds cultivés à la frontière entre l’Autriche et la Suisse.

© Marie Flament

L’autre spécificité de votre projet réside dans l’impression de ces photos sur un papier très particulier…
J’ai découvert ce papier grâce à une amie, Ariane de la Chapelle, ingénieure recherche au Louvre. Un jeune stagiaire coréen le lui avait présenté. Après tout un process d’évaluation, il est rentré à l’inventaire des matériaux du département des dessins du musée. Il sert uniquement à la préservation et l’entretien des œuvres exceptionnelles. Nos vieux papiers européens vieillissent mal. Pour les conserver ou les réparer, on utilise ce papier Hanji comme support d’encollage. Les dernières œuvres qu’il a permis de sauvegarder sont des dessins de Léonard de Vinci, Dürer et Raphaël. Cela vous donne le niveau de qualité ! Il est vrai que sa durée de vie se compte en siècles. « Trésor national » en Corée, il est fabriqué par l’une des dernières familles héritières de cette tradition qui remonte au VIIe siècle. Elle cultive elle-même les mûriers et les roses trémières qui constituent avec l’eau de source les trois ingrédients 100 % naturels. Obéissant au rythme des saisons, la production n’a lieu qu’une seule fois par an. J’ai tout de suite vu un parallèle d’excellence avec le champagne et l’idée de relier ces deux produits qui subliment le fruit de la nature et font appel à des techniques artisanales m’a paru une évidence. Je voulais créer entre eux une sorte de pont végétal. J’ai dû surmonter un vrai défi technique. Ce papier aux fibres légères n’a absolument pas été conçu pour la photographie. Le maître papetier a donc conçu un papier spécial pour moi. L’impression n’en demeure pas moins très difficile. Elle nécessite des préparations et il a fallu que je trouve le bon imprimeur à Paris. L’objectif était en effet d’imprimer sans aucun recours à la chimie.  Si tout se passe bien, on parvient à faire trois ou quatre tirages en une matinée grand maximum. Même les Coréens en sont incapables !

Pour découvrir le travail de Jean-Charles Gutner : https://www.jeancharlesgutner.com
www.louis-roederer.com

L’inauguration de l’exposition fut aussi l’occasion de découvrir Collection 244, la dernière édition du multimillésime du champagne Louis Roederer, construite autour de la vendange 2019 (54% de l’assemblage). On appréciera à la fois la délicatesse du fruit et l’éclat minéral de ce grand champagne (59€).

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[Nouvelle-Aquitaine] Producta Vignobles modernise la tradition

A l’heure où Bordeaux fait face à des problématiques d’arrachage d’une partie de son vignoble, la structure Producta Vignobles tente de donner une image plus moderne pour s’adresser à tous les consommateurs en les décomplexant.

Producta Vignobles, dont la création remonte à 1949, est un acteur important des vignobles du Sud-Ouest, de Bordeaux à Bergerac avec 15 millions de cols vendus par an. Pourtant, ce nom ne vous évoque certainement rien. C’est plutôt normal car il s’agit d’une structure portée par 20 caves coopératives actionnaires réparties sur le Sud-Ouest. Cette « maison de négoce à caractère coopératif » achète une partie de la production à ces coopératives qui regroupent 2500 vignerons. Ce maillage du territoire permet à Producta Vignobles de proposer une très large gamme d’IGP et d’AOP, du Médoc à Pécharmant, des satellites de Saint-Emilion à Bergerac ou Monbazillac. Et si une large part des références continue de porter une image classique et statutaire, prompte à satisfaire une clientèle relativement âgée, une nouvelle dynamique a été enclenchée depuis peu. « Nous souhaitons pouvoir recruter des consommateurs plus jeunes, trentenaires et quadras, avec des vins de qualité portés par des concepts marketing forts » explique Camille Dujardin, le Directeur Général. C’est ainsi que Producta Vignobles a dévoilé ses Innovations, gammes joyeuses, volontairement décalées qui montrent qu’il est aussi possible de sortir du cadre à Bordeaux en offrant « des bouteilles plus funky d’un très bon rapport qualité-prix » renchérit Camille.

Une approche décomplexée
Sans la qualité, tout effort marketing se transforme vite en coup d’épée dans l’eau, les consommateurs même néophytes étant loin d’être des pigeons. C’est bien ce qu’a compris Producta Vignobles en dévoilant sa gamme « Les BOBIO Bordelais ». Une étiquette radicale, très inspirée des codes de la bière, qui joue sur la simplicité et une image dépoussiérée. Des vins bios donc, vendus en grande distribution à 6,5€ dans les 3 couleurs. Des vins souples, très plaisants, à l’image du blanc parfaitement représentatif du vin de soif qu’on attend qu’il soit. Camille explique que « l’idée ici est de permettre aux consommateurs d’identifier facilement ces vins dans les rayons ». Cela n’est pas sans rappeler les petites récoltes qui surfent depuis des années sur cette même approche avec succès.

©producta.com

Autre nouveauté, la gamme « Bip-bip le satellite ». Là aussi, le ton est volontairement différent pour éviter de créer une muraille difficile à franchir pour des consommateurs non avertis. Des jus issus des différentes appellations de Saint-Emilion avec des étiquettes très similaires qui se singularisent par la mise en avant de PU, MO ou LU (pour Puisseguin, Montagne et Lussac). Avec à la clé, des jus faciles à boire, bien fruités, accessibles et équilibrés.

Même démarche côté Médoc avec un Code M énigmatique, fidèle à son terroir qui se découvre en miroir sur l’étiquette mais n’est plus le point d’entrée. Et pour aller même plus loin, la gamme Flore & Marius en IGP Atlantique abandonne la bouteille bordelaise pour une sorte de bourguignonne. Des bouteilles qui parlent immédiatement avec des étiquettes typées BD et des vins simples et compréhensibles par tous. De quoi redonner des couleurs à ces vins de Bordeaux à petits prix qui ont, plus que jamais, une vraie carte à jouer auprès d’un public moins attaché à la tradition.

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Suntory, un centenaire fringant !

Le grand groupe de spiritueux japonais fête son 100ème centenaire avec brio en lançant 4 nouvelles éditions limitées. De quoi renforcer une gamme déjà bien fournies en pépites maltées, tourbées ou non.

Vu de France, on a du mal à imaginer ce que peux représenter la Maison Suntory dans l’histoire des spiritueux japonais. Un précurseur ? Une référence ? Un faiseur de tendances ? Eh bien c’est tout cela à la fois. L’histoire commence en 1923 avec la fondation par Shinjirō Torii d’une distillerie de whisky de malt au pied du mont Tennozan, non loin de Kyoto. La célèbre distillerie Yamazaki. Dès les origines, sa volonté sera de célébrer la nature japonaise. Une nature généreuse, dotée de tous les arguments pour produire de grands whiskys. Au fil du temps, Suntory va véritablement créer une culture de consommation des spiritueux avec l’ouverture de centaines de bars à whisky dans toute l’archipel au cours des années 1950. S’ensuivront la fondation de la distillerie Chita en 1972 (whisky de grain) puis celle de Hakushu il y a tout juste 50 ans en 1973. De là, Suntory impulsera une nouvelle dynamique avec son opération Chopsticks visant à populariser les accords mets-whisky auprès des consommateurs. Eh puis, ce sera l’inévitable distillerie Hibiki, désormais vénérée par les amateurs du monde entier pour la qualité absolument merveilleuse de ses blends. Lors d’une réception donnée à Paris en ce mois de juin, le Chief Blender de Suntory, M. Shinji Fukuyo, a présenté les dernières actualités de la Maison. Avec à la clé, de grandes émotions de dégustation.

Des whiskies rares et identitaires
A anniversaire exceptionnel, lancements exceptionnels. Ce ne sont donc pas 1 ou 2 mais bien 4 nouvelles cuvées qui viennent d’être révélées. Parmi elles, le Yamazaki 12 ans (250€) et le Yamazaki 18 ans d’âge Mizunara. Ce dernier offre une vision différente du whisky iconique, maintes fois primé à travers le monde. Alors que sa version classique associe différents types de fûts de chêne, notamment américains et japonais (mizunara), une part clé de l’élevage est réalisée dans des ex-fûts de sherry qui lui donnent toute sa puissance enrobante et son aromatique exceptionnelle (fruits secs, café, chocolat noir, pointe fumée). La version du centenaire joue l’approche mono-origine en termes de fûts. Uniquement des fûts de chêne mizunara, si difficiles à travailler. Un bois typique du Japon, utilisé par la maison Suntory depuis 1949, bien avant qu’il ne devienne très à la mode depuis quelques années. Intéressant quand il est utilisé sur des vieillissements prolongés, ce bois confère ici beaucoup de suavité au Yamazaki 18 ans. Pointe d’agrumes confits, notes très épicées, légère sucrosité, le whisky intrigue par son côté plus mystérieux, moins immédiat. Très droit, doté de fins amers, il évoque des notes de pudding anglais. Une pépite rare que seuls une poignée d’amateurs fortunés pourront s’offrir (2200€ les 70cl tout de même). Autres nouveautés, le Hakushu 12 ans d’âge (250€) et le Hakushu 18 ans d’âge Peated Malt (1750€). Ce dernier n’intègre que des malts moyennement et fortement tourbés. On pourrait s’attendre à un monstre de puissance, très clivant. Il n’en est rien. La tourbe est étonnamment intégrée, plus suggérée qu’imposante. Une version légèrement plus intense en la matière que le classique 18 ans mais que les amateurs ne manqueront pas non plus d’encaver. De futures éditions collector !

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Château Clarke, quinqua classe

Cette propriété de Listrac-Médoc célèbre les 50 ans de son acquisition par le Baron Edmond de Rothschild. Aujourd’hui figure de proue du groupe Edmond de Rothschild Héritage, elle affiche ses ambitions en inaugurant de nouvelles installations.

En 1973, Château Mouton-Rothschild devient le premier – et le seul à ce jour – domaine à faire modifier le classement de 1855 en passant du statut de 2ème Grand Cru Classé à celui de Premier. À la même époque, Lafite-Rothschild prospère déjà sur le toit du monde. Le Baron Edmond de Rothschild, incarnant la troisième branche de la famille (et accessoirement actionnaire de Lafite), veut construire son propre projet viticole. De grandes propriétés médocaines lui tendent les bras, mais son ambition est de partir d’une feuille blanche ; il jette alors son dévolu sur le château Clarke, en appellation Listrac-Médoc, et sur la propriété voisine en appellation Moulis, Château Malmaison. Clarke est alors un vignoble quasiment à l’abandon, malgré sa riche histoire remontant au moins au XIIème siècle et façonnée au XVIIIème par Anthony Clarke, qui lui a donné son nom.

S’entourant des meilleurs techniciens et consultants, le Baron Edmond de Rothschild s’emploie à redresser le vignoble et à sublimer l’identité de ce terroir atypique, une sorte d’enclave de la rive droite en plein Médoc avec sa veine argilo-calcaire plutôt propice au merlot – voire au cabernet franc – qu’au cabernet-sauvignon. Un grand effort de restructuration est lancé, qui s’étire jusqu’au début des années 1990 mais est encore en cours aujourd’hui pour toujours mieux s’adapter aux évolutions climatiques. « Nous sommes constamment sur une réflexion d’amélioration de notre encépagement et de la meilleure façon d’exprimer la spécificité de nos terroirs », expliquent de concert Boris Bréau, directeur général de Edmond de Rothschild Héritage, et le directeur technique Fabrice Darmaillacq. « Clarke a la particularité d’être l’un des terroirs les plus froids du Médoc, ce qui est un avantage par rapport aux étés très chauds que l’on rencontre de plus en plus. Aujourd’hui, les 55 hectares de Château Clarke sont à dominante de merlot (70%, le solde en cabernet-sauvignon) mais nous envisageons de replanter du cabernet franc. Et la part de production de blanc n’est pas anodine, puisqu’elle couvre une superficie de 4,5 hectares pour notre ‘Merle Blanc’ que le Baron avait eu l’idée de relancer dès 1992 ».

Ci-dessus : Fabrice Darmaillacq et Ariane de Rothschild

Au total, les 55 hectares de vignes de Château Clarke s’intègrent dans un ensemble de 200 hectares, comprenant zones boisées et écopâturages. Plus largement, le groupe familial compte 145 hectares de vignes dans le Médoc, en ajoutant celles de Malmaison et celles du château Odilon, en appellation Haut-Médoc, acquis à la fin des années 1970. Il faut y ajouter, sur la rive droite, le château des Laurets et le château de Malengin, deux propriétés en Nouvelle-Zélande (Rimapere et Akarua) et enfin trois partenariats internationaux, en Afrique du Sud (Rupert & Rothschild), en Argentine (Flechas de Los Andes) et en Rioja (Macán, avec Vega Sicilia). Tous ces vignobles sont placés depuis 2015 sous la bannière Edmond de Rothschild Héritage, qui réunit les activités non bancaires du groupe, notamment l’hospitalité (à Megève), les exploitations fermières (céréales, élevage, laiterie) et une pépinière.

Dans cette galaxie, le château Clarke occupe forcément une place à part, ne serait-ce que parce que le Baron Edmond de Rothschild y était profondément attaché. Consciente de ce statut très particulier, Ariane de Rothschild, qui préside la holding familiale, a souhaité impulser un renouveau de la propriété à travers de grands travaux qui se sont étalés sur les trois dernières d’année et qui viennent de se conclure, la semaine dernière, par l’inauguration des nouvelles installations. C’est l’architecte bordelais Alexandre Rougier qui est à la manœuvre de ce grand projet qui, en parallèle de l’optimisation du vignoble, entend « projeter Château Clarke sur les 50 prochaines années ». Un nouveau site de vinification pour Château Malmaison, reprenant quasiment à l’identique mais de façon rehaussée la configuration du bâtiment précédent, sous lequel a été creusé un nouveau chai à barriques ; une nouvelle cuverie pour Château Clarke (inaugurée pour les vendanges 2022), avec 45 cuves inox de 50 à 160 hl ; et enfin une nouvelle salle de dégustation avec vue panoramique sur le vignoble constituent les aménagement principaux. Le chai historique de Clarke a lui aussi été rénové, avec un espace adjacent pour l’élevage du Merle Blanc. En d’autres termes, tout a été pensé pour permettre à ce fringant quinquagénaire qu’est Château Clarke de briller à sa juste mesure dans l’univers des grands vins médocains.

Dégustation
Une verticale des millésimes suivants a permis de juger du potentiel ainsi que de l’évolution des vins de Château Clarke : 1982, 1986, 1990, 1996, 2003, 2005, 2009, 2010, 2016, 2018.
On voit un gain de précision à travers le temps, mais aussi des affirmations de style différentes, notamment influencées par les différents consultants impliqués dans l’élaboration des vins – successivement Émile Peynaud, Michel Rolland puis Eric Boissenot.
Le 1982 est riche d’une portée symbolique, car il est le premier millésime dont le Baron Edmond de Rothschild était réellement fier. 1990 épate par sa vitalité encore intacte. 2005 est très sérieux dans sa droiture et sa gaine de tannins finement dessinée. 2009 et 2010 constituent un joli duo, l’un plutôt sur la gourmandise, l’autre sur la tonicité. 2016 s’avère encore plein de jeunesse, d’éclat, sur un fruit explosif. 2018, enfin, est un millésime très abouti, combinant du crémeux, de la densité, des tannins très fondus et une belle longueur – encore à attendre pour laisser l’élevage se fondre totalement.

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Marie Wodecki sacrée Meilleur jeune sommelière de France 2023

Le concours du Meilleur jeune sommelier de France s’est déroulé en Corse, à Bastia, les 11 et 12 juin. Après de nombreuses épreuves diversifiées et intenses, Marie Wodecki s’est démarquée et succède à Clément Delécluse.

Dédié aux sommeliers âgés de moins de 26 ans ce concours a été créé en 1979 pour mettre les jeunes talents à l’honneur. Ils étaient dix demi-finalistes en lice à leur arrivée à Bastia : Valentin Calichon, Aude Charrol, Augustin Belleville, Audrey Brugière, Maxim Plumier, Paul Finck, Marie Wodecki, Louis Leconte, Clément Sommier et Dorine Launay.

La première journée a départagé les trois finalistes qui se sont affrontés ce lundi 12 juin lors d’épreuves de haut vol. Dans les starting-blocks, Aude Charrol (Château de la Gaude), Louis Le Conte (Anne-Sophie Pic) et Marie Wodecki (Le Crillon). Trois beaux profils qui ont montré leurs aptitudes et leurs connaissances de l’univers de la sommellerie et du vin.

Lauréate de ce concours, Marie Wodecki s’est dit « très émue et remercie Xavier Thuizat ainsi que toute l’équipe du Crillon, qui l’ont accompagnée et soutenue lors de ce concours. » Un prix pour lequel elle avait déjà été finaliste en 2021, aux côtés de Clément Delécluse, et qui vient couronner son palmarès puisqu’elle a remporté le Trophée des terroirs du Sud-Ouest et le Challenge Château Gassier en 2020, le Trophée Chapoutier en 2021, et a été finaliste au Ruinart Sommelier Challenge en 2022.

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Crozes-Hermitage milite pour le chambrage des vins

« Des Lendemains qui chambrent ». L’appellation Crozes-Hermitage, en Vallée du Rhône, a ainsi lancé un appel pour inciter à chambrer les vins rouges, c’est-à-dire les amener à la température idéale de service et donc de dégustation.

Quand c’est trop froid, rien ne sort; quand c’est trop chaud, tout ressort, on pourrait résumer ainsi l’expérience organisée par l’appellation Crozes-Hermitage en vallée du Rhône Nord qui a voulu pointer l’importance de la température de service sur la perception des vins rouges au nez et en bouche. Il s’agit de servir au consommateur le vin à bonne température pour respecter l’intention et l’équilibre voulu par le vigneron et donc préserver le plaisir de la dégustation. L’appellation l’a donc expliqué dans un manifeste signé par 130 vignerons et une cinquantaine de chefs et sommeliers de renom, insistant sur « son rôle de susciter un sursaut. En restauration comme à domicile, une certaine culture du service des vins rouges s’est en effet perdue, abimant l’effort du vigneron et galvaudant le plaisir du consommateur ».

L’objectif est donc de remettre le chambrage à l’ordre du jour. Si autrefois, il signifiait conserver la bouteille dans la chambre qui était à 16-17 °C, à l’heure des appartements et maisons surchauffées à 19-21°C, il faut plutôt l’entendre par emmener le vin à la température optimum de dégustation qui se situe dans une fourchette de 14 à 18 °C.

La variation des perceptions
L’appellation a fait appel pour la démonstration à deux scientifiques : le chercheur en neurosciences Gabriel Lepousez et le biologiste et professeur au Muséum national d’histoire naturelle Marc-André Selosse. « Chaque vin a un équilibre différent qui se reprogramme selon la température de la pièce, en fonction de ce que l’on mange et de ce que l’on attend du vin » estime le premier. « Par ailleurs, l’agitation des molécules augmente la température et le risque d’oxydation ménagée [dont le vinaigre est le stade ultime].  D’où l’importance de la conservation dans une cave fraîche pour limiter ce risque en amont mais également sur table » complète le second. 

Au delà de ces premières impressions, il apparait que les notes de fond et l’acidité émergent davantage dans un vin à 22°C, les notes primaires, l’amertume et l’astringence dans un vin à 10°C. « Quant aux tanins, on passe avec la hausse de température du dur au caressant, souligne Marc-André Sélosse. Certains composés comme le menthol, activé par le froid, peuvent également modifier la perception en apportant de la fraîcheur. « Les perceptions sucrées ou amères sont plus faibles à basse température, renchérit Gabriel Lepousez. Les arômes boisés, vont apparaître plus massifs, plus expressifs à haute température. A contrario, les basses températures vont renforcer la texture, la dureté ».

Un message pédagogique
L’accompagnement est aussi déterminant : un vin avec une entrée froide va apparaître plus fruité, et un vin à 18-20° passera mieux avec un plat chaud, même si il apparait plus riche. Et tout cela dépend également de la culture de dégustation variant selon les pays : si un rouge est en général servi frais en Allemagne, il est sur table à 23-24°C en Espagne. Par ces températures estivales dans l’Hexagone à plus de 25-30°, mieux vaut servir le vin un peu plus frais car il va vite remonter de quelques degrés dans le verre.

Il est donc indéniable que la température de service peut modifier les équilibres que le vigneron s’est attaché a élaborer. L’appellation a donc choisi « cet axe de communication pédagogique pour inciter les vignerons à  aborder la discussion avec les cavistes et les restaurateurs, commente Olivier Ringler, directeur commercial et marketing de la cave de Tain. C’est peut-être aussi un moyen de rajeunir notre clientèle qui consomme des bières fraîches comme les vins blancs ». « Nous voulons faire de la pédagogie en nous appuyant sur un savoir scientifique, précise Jacques Grange, co-président de l’appellation. Nous sommes avant tout des vins de bistrot mais ce n’est pas une raison pour mal le servir. Les amateurs de bistronomie qui ont en moyenne entre 18 et 35 ans ne vont certes pas dans les étoilés où le service du vin est en général irréprochable mais quand le vin est bien servi et est à son optimum, ils y reviennent ».  L’objectif est également de faire rebondir le débat au-delà de l’appellation.

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Trois bonnes raisons de participer à la soirée Good Wines Only

Ce mercredi 21 juin (18h-23h), Terre de Vins et les Crus Bourgeois du Médoc convient à nouveau les amateurs à la guinguette La Belle Saison, rive droite, pour une soirée conviviale alliant vin, gastronomie et musique. Pourquoi vous ne pouvez tout simplement pas la manquer ? Réponse.

Pour découvrir la variété médocaine
Pas moins de 70 domaines seront présents lors de cette soirée festive, ambassadeurs d’un large panel d’appellations d’origine contrôlées (Médoc, Haut-Médoc, Listrac-Médoc, Margaux, Pauillac, Saint-Estèphe) et représentant les trois niveaux hiérarchiques du classement (Cru Bourgeois, Cru Bourgeois Supérieur, Cru Bourgeois Exceptionnel). Cette soirée est l’occasion rêvée de se livrer à une dégustation comparative de ces vins rouges à travers des terroirs, encépagements, modes de vinification et styles variés, agrémentée des explications des propriétaires ou représentants des propriétés.

Pour découvrir des vins qualitatifs et engagés
Faire la promesse « Good wines only » est un engagement fort. Et il n’est pas fait à la légère. Pour intégrer le classement des Crus Bourgeois, comprenant 249 domaines et révisé tous les cinq ans, les propriétés doivent satisfaire à des conditions définies par un cahier des charges strict, dont une dégustation à l’aveugle et, pour les niveaux Supérieur et Exceptionnel, l’examen de la conduite du vignoble et de la stratégie de promotion et commercialisation. Un sticker d’authentification apposé sur les bouteilles garantit l’appartenance à la famille des Crus Bourgeois et renvoie vers des contenus grâce à un QR Code (vidéos, réalité augmentée pour se projeter dans le vignoble médocain…). En plus de ce test d’entrée garant d’une qualité avérée, la famille des Crus Bourgeois a pris un virage responsable allant au-delà de la préoccupation environnementale, vers une vision plus globale de développement durable basée sur les aspects environnementaux, sociaux et économiques, avec en perspective le classement 2025.

Pour profiter d’une soirée sous le signe de l’épicurisme et de la convivialité
Quel assemblage plus réussi que celui de la dégustation de vin, de mets et de belles sonorités ? Trois artistes de talent seront présents pour animer la soirée en ce jour de Fête de la musique : le DJ bordelais Nicolas Outin, la franco-américaine Lee-Ann Curren et le groupe de swing et jazz bordelais Rix And Wonderland.

Pour savourer ce moment dans le cadre bucolique de la guinguette La Belle Saison, au grand air avec vue sur la Garonne, ne tardez plus à réserver vos places !

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[PRIMEURS] Pichon Baron, Beau-Séjour Bécot, Rauzan-Ségla et Giscours dégainent

Récapitulatif des sorties primeurs de la fin de semaine dernière et de ce début de semaine, avec quatre belles références (une de la rive droite, trois du Médoc) qui ont annoncé le prix de leur millésime 2022.

La fin de semaine dernière s’est terminée en fanfare et celle-ci s’annonce elle aussi mouvementée sur le front des sorties primeurs. Château Pichon Baron, 2ème Grand Cru Classé 1855 (Pauillac), donne le coup d’envoi ce lundi matin avec une sortie à 188 € TTC (note Terre de Vins : 98/100). À titre de comparaison, le 2021 est actuellement aux alentours de 150 € TTC, le 2020 à 175 € TTC et le 2019, qui a gagné beaucoup de valeur depuis sa sortie en primeurs, est à 200 € TTC. Toujours dans le Médoc, on a noté vendredi la sortie du château Rauzan-Ségla, 2ème Grand Cru Classé 1855 (Margaux), au prix de 117,60 € TTC. « Rauzan » est une très belle réussite du millésime, notée 96-97/100 par Terre de Vins. Château Giscours, 3ème Grand Cru Classé 1855 (Margaux), sort pour sa part au prix de 69,70 € TTC, une très bonne affaire selon la rédaction de Terre de Vins qui a attribué au millésime 2022 la note de 95-96/100.

Sur la rive droite, le château Beau-Séjour Bécot ne cesse de confirmer sa trajectoire ascendante. Le Premier Grand Cru Classé de Saint-Émilion, noté 97-98/100 par Terre de Vins, sort au prix de 80 € TTC, ce qui en fait un excellent achat en primeurs dans la galaxie des « stars » du plateau calcaire. À noter que le « petit frère » de BSB, Joanin-Bécot en appellation Castillon-Côtes-de-Bordeaux, sort au prix de 19,90 € TTC, un remarquable rapport qualité-prix (note Terre de Vins : 94-95/100).

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