La Courtade sort de l’eau ses bouteilles Immergées

Le domaine de l’île de Porquerolles a confié à l’océan Atlantique quelques-unes de ses bouteilles pour évaluer les effets du vieillissement en mer selon le bouchage et la profondeur.

L’idée rodait dans l’air ou plutôt dans la mer depuis déjà quelques décennies. « Quand Edouard Carmignac a repris le domaine en 2014, il avait déjà entendu parler des expériences réalisées par Henri Vidal, le fondateur du domaine, raconte le maître de chai Florent Audibert. Dans les années 80, il avait déposé sous l’eau des vins en bouteilles et en amphores et les Carmignac tenaient à renouveler l’essai ». Bien que La Courtade soit idéalement située dans une île au beau milieu de la Méditerranée, face à Hyères sur le littoral varois, ce type d’opération n’est pas autorisé en Méditerranée, a fortiori dans le cadre du Parc National de Port Cros. Florent Audibert choisit donc de faire appel à une société spécialisée dans ce type d’immersion, Amphoris … basée à Brest (ils avaient déjà immergé des crémants Louis Bouillot de Boisset, des champagnes Drappier et Leclerc Briant, des bordeaux du château Maubastit…). Quelques centaines de bouteilles de chaque couleur sont donc placées dans des casiers en acier amarrées au fond de l’Océan Atlantique, dans un lieu tenu secret au large de Ouessant. Elles font l’objet de plusieurs essais, effectués sur les blancs, les rouges et les rosés, avec des bouchages différents, verre et liège, et à plusieurs profondeurs entre 30 et 60 m de profondeur.


Florent Audibert – La Courtade ©F. Hermine

Des flacons sans surprise aux notes iodées

« Avec le bouchon en verre, il n’y avait pas d’échange donc le résultat ne présentait aucun intérêt, car nous cherchions à ce que l’immersion perturbe le vin, décrypte le maître de chai. A 60 m et une température plutôt stable, autour de 8°C, le vin n’avait pas non plus bougé. A 30 m en revanche, il y a eu d’avantage d’échanges, trop même, dus à une vie bactériologique plus intense et nous avons avons du jeter la moitié des bouteilles. Pour le rosé trop réduit et altéré, le résultat ne nous a pas semblé intéressant ». Seuls ont donc été conservés, dans leurs bouteilles naturellement sérigraphiées aux concrétions marines, les blancs 2020 et les rouges 2019. Ils avaient été élevés en barriques de 400 litres (six mois sur lies pour les blancs, plus d’un an pour les rouges) avant de passer 9 mois dans l’océan puis de profiter d’un repos de trois mois bien mérité. Les 2021 ont été élevés en amphore, un contenant également lié à l’histoire du domaine, mais avec davantage de blancs dont la dégustation du premier millésime s’est révélé plus probante. Seule une centaine des premiers flacons, dans leur magnifique fourreaux marins et baptisés «  Immergée », seront disponibles principalement au caveau du domaine, à l’unité (90€) mais il faudra attendre le printemps 2023 pour une véritable commercialisation. « Et on ne désespère pas de pouvoir obtenir un jour une autorisation pour réaliser l’expérience dans nos eaux méditerranéennes » conclut Florent Audibert.

La Courtade blanc Immergée 2020 (bio depuis 1997) : Un 100% rolle (issu des plus vielles vignes) couleur or aux notes d’agrumes et de verveine citron sur une trame ronde et saline et une belle amertume finale. À marier à un ceviche de daurade aux agrumes et à la salicorne.

La Courtade rouge Immergée 2020 (bio) : Un assemblage 90% mourvèdre (un peu plus que la cuvée La Courtade rouge classique 2020) associé à la syrah. Frais et salivant sur des tanins serrés, une note iodée et une finale un peu sèche (à carafer). À marier avec un carpaccio de bœuf au citron et feuille d’huître

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