[Bordeaux Tasting] Veuve Clicquot, l’idylle champagne/pinot noir

La célèbre maison, propriété de LVMH, se distingue en Champagne par la proportion de pinot noir accordée à ses cuvées. L’objet d’une master class organisée ce samedi 10 décembre lors de Bordeaux Tasting. Un moment d’exception.

« Si on doit résumer Veuve Clicquot, c’est le pinot noir ». Pierre Casenave, œnologue de la maison, est bien placé pour faire comprendre cette singularité champenoise. La propriété de LVMH offre au cépage rouge une place de choix dans la plupart de ses cuvées. Une signature qui a fait l’objet d’une master class, samedi 10 décembre lors de Bordeaux Tasting.

Entrée en matière avec La Grande Dame 2012. La cuvée prestige, créée en 1972, met en valeur les grands crus de la maison, lors des meilleurs millésimes. Elle contient 90 % de pinot noir, pour 10 % de chardonnay. Mais qui le devinerait ? Fraîche, longue, verticale, cette bulle distille des arômes d’agrumes et de fruits secs, avec une superbe finale aux accents d’iode et de poivre blanc. « Ces pinots proviennent pour la plupart de la face nord de la montagne de Reims, ce qui en garantit leur fraîcheur », dévoile Pierre Casenave. Au tour d’Yves Tesson, journaliste chez Terre de Vins, de prendre la parole. Pour le spécialiste de la Champagne, une valeur sûre s’impose en accord : « des huîtres fonctionnent à merveille avec cette salinité et ces nuances citronnée ».

Suite logique avec un Grande Dame 2012, cette fois en rosé. À quelques milliers de bouteilles par millésime, la cuvée se fait rare et les participants comprennent leur chance. On trouve plus de rondeur et d’amplitude dans ce champagne rosé d’assemblage, où un vin rouge a été ajouté au vin blanc. « La Champagne est la seule à pouvoir faire ça », rappelle Yves Tesson, pour qui cette cuvée « pinote, à l’image des bourgognes ». On distingue en effet les fruits rouges comme la cerise ou la fraise des bois, ainsi que des agrumes et épices douces. Le journaliste recommande à ses côtés un ris de veau. Pierre Casenave, lui, la verrait bien aux côtés d’un jambon pata negra. Et l’œnologue de conseiller de le garder ces bulles une dizaine d’années. « Vous aurez toutes les chances de retrouver des arômes plus complexes. On a les polyphénols du vin rouge, qui permettent un potentiel de garde incroyable. En 1941 ou 1947, c’est formidable. »

Vient l’instant insolite de cette master class. Un rouge tranquille, le Parcelle « Clos Colin » 2012, rejoint les verres. Ce Coteaux Champenois est inconnu de tous. Sa trame est dense et croquante, ses tanins feutrés. On distingue aussi les petits fruits rouges de la cuvée précédente. Et pour cause : le Clos Colin entre dans l’assemblage du Grande Dame rosé, à hauteur de 13 %. Voilà un rouge qui étonne, ce qui n’a pas toujours été le cas. « La Champagne a été une grande terre de vins rouges jusqu’au XVIIe siècle, bataillant alors avec les bourgognes, avant de se spécialiser dans la bulle », rappelle Yves Tesson. Sa recommandation d’accord : un gibier aux airelles.

Conclusion magique avec un Grande Dame 1990. « Un bolide », sourit Pierre Casenave, approuvé par les participants. En jéroboam, le trentenaire dévoile une aromatique d’une complexité inouïe : pierre à fusil, moka, truffe blanche, pêche, fruits secs, salinité en finale… Le tout sans le moindre creux, la moindre faiblesse en bouche, d’une énergie insolente. Le vieux champagne laisse sans voix. Yves Tesson imagine un brie truffé pour l’accompagner. Pierre Casenave promet qu’il « va voyager en cave encore quelques années », et reconnaît volontiers qu’il sera « compliqué de se procurer une telle cuvée, hormis, peut-être, dans les réseaux de collectionneurs… »

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