Bélair-Monange : « un hommage au calcaire »

Christian et Édouard Moueix ont dévoilé il y a quelques jours les nouvelles installations de leur château Bélair-Monange, Premier Grand Cru Classé de Saint-Émilion. Cette magnifique réalisation des architectes Jacques Herzog et Pierre de Meuron se veut un « hommage au calcaire », matrice des grands vins du plateau.

Surgissant de la roche affleurante dont la blancheur minérale éblouit le regard et confère leur élégance ciselée aux grands vins du plateau de Saint-Émilion, le nouveau chai du château Bélair-Monange se dresse tellement une cathédrale immaculée, un sanctuaire de lumière dont les lignes confinent à l’épure. Impossible d’y être indifférent, tout comme il a été impossible, pendant quelques années, d’ignorer les travaux pharaoniques entrepris par la famille Moueix pour donner corps à cet ambitieux projet.

« Ce chai est l’aboutissement d’un chemin de près de huit ans : plus de trois ans de préparation et quatre ans de travaux, qui ont en plus été chamboulés par la pandémie de Covid-19 », explique Christian Moueix, Président des Établissements Jean-Pierre Moueix et propriétaire de Bélair-Monange, qui avec son fils Édouard, Directeur-Général, a été l’instigateur de ce nouvel acte fort pour la propriété, née en 2012 de la fusion entre Château Bélair, acquis par la famille en 2008, et de Château-Magdelaine, acquis en 1952. Et Christian Moueix de poursuivre : « nous avons commencé les premières études dès la fin de l’année 2015 avec deux architectes basés à Bâle, Jacques Herzog et Pierre de Meuron, célèbres pour avoir notamment conçu de grandes enceintes sportives, comme le Stade Olympique de Pékin. Je les avais connus grâce à mon épouse et nous sommes devenus très proches : ils ont déjà signé pour nous en 1996 les chais de Dominus, notre domaine californien, ainsi que le réfectoire des vendangeurs à Lafleur-Pétrus, notre propriété de Pomerol ».

Un cuvier pour vinifier 26 hectares
Revenant à la genèse du projet, Christian Moueix rappelle que, lors de l’acquisition de Bélair en 2008, il avait fallu renforcer les carrières creusées dans la roche, mais aussi replanter un certain nombre de parcelles. Dès la fusion entre Bélair et Magdelaine (entérinée par le classement de 2012 et la reconnaissance de Bélair-Monange en Premier Grand Cru Classé), il est apparu que le cuvier et le chai existants seraient vite inadaptés pour cet ensemble de 23 hectares de vignes – potentiellement 26 en production, pour 30 hectares de surface totale. C’est ainsi que la nécessité de se doter de nouvelles installations techniques s’est rapidement imposée, accompagnée d’un certain nombre de contraintes liées aussi bien à la topographie du lieu qu’au classement de Saint-Émilion au patrimoine mondial de l’UNESCO. « Initialement, nous voulions construire la winery en contrebas, mais les architectes des Bâtiments de France nous ont, à notre grande surprise, suggéré de l’installer plutôt sur le plateau », précise Christian Moueix. « Il y avait déjà une maison existante, que nous ne pouvions pas détruire car antérieure à 1948 – le classement UNESCO nous l’interdit. Et nous ne pouvions pas dépasser les 6 mètres de hauteur. Tout cela devait s’imbriquer harmonieusement dans le paysage… Nous nous sommes donc mis autour de la table avec Jacques Herzog et Pierre de Meuron, en partant d’une feuille blanche. J’avais deux idées en tête : faire de ce chai un ‘hommage au calcaire’, ce sol emblématique du plateau sur lequel nous sommes situés ; et évoquer l’église monolithe de Saint-Émilion au niveau de l’allée centrale ».


L’emplacement exact du nouveau chai ne se trouvant pas, pour sa part, sur des galeries, il a fallu creuser dans la roche jusqu’à cinq mètres de profondeur pour déployer les nouveaux espaces de vinification et d’élevage. Les façades extérieures en béton gris clair évoquent effectivement la couleur de la pierre calcaire, dont un gros « échantillon » trône à l’entrée du parc. Les toits eux-même sont de couleur claire, comme si toute la bâtisse était issue d’un seul bloc.

En poussant la porte principale, on découvre d’abord un corridor dont les parois de béton reproduisent la gravure d’Albrecht Dürer (1504) qui a inspiré l’étiquette de Bélair-Monange. Un tour de force technique qui est également reproduit à même le bois, dans la salle de dégustation qui donne sur le chai d’élevage de première année. Le cuvier, jouxtant une vaste espace dédié à la réception de la vendange et à l’embouteillage, compte 24 cuves béton de 48 à 115 hectolitres. À l’étage, une grande salle de réception, intégralement vitrée, offre un point de vue exceptionnel sur les paysages de Saint-Émilion. Elle donne directement sur les toits du chai, dont l’aspect crénelé est un hommage au très anciens sillons qui parcourent, par endroits, le vignoble saint-émilionnais. Un mélange d’épure et d’esthétique soignée que l’on trouve également à l’accueil, dans la maison attenante, dont la décoration a été confiée à l’artiste thaïlandais Rirkrit Tiravanija.

Un tremplin pour aller encore plus loin
Spectaculaire mais sans ostentation, conçu avec un goût très sûr et un grand soin du détail, ce nouveau chai à l’ADN très « Moueix » est avant tout un outil technique, destiné à accompagner la montée en puissance des vins de Bélair-Monange. « Beaucoup de nos vignes sont encore jeunes et leur production ne peut que progresser en qualité dans les années et décennies à venir », précise Christian Moueix. « Ce chai a vocation a nous permettre de continuer à franchir des paliers en termes de précision ». Avec, qui sait un jour, l’objectif de rejoindre le club des ‘A’ de Saint-Émilion ? Christian Moueix sourit : « ce n’est pas le but, mais nous verrons bien, ou plutôt c’est Édouard qui verra. En attendant, ce nouveau chai procure à toute l’équipe un grand sentiment de fierté, un confort de travail, une motivation supplémentaire pour faire encore mieux. À titre personnel, moi qui ai commencé en 1970 et qui ai vu passer un certain nombre de choses dans le monde du vin en 50 ans, le fait de voir aboutir ce projet me procure une immense joie. Je ne trahis pas un secret en disant que mon cœur a toujours été à Pomerol, mais maintenant, je crois que je deviens un peu plus saint-émilionnais ».

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