[Entretien] Frédéric Villain : « En Bourgogne, tout s’est joué au XIXe siècle « 

Le Guide des meilleurs Crus et Climats de Côte d’Or au XIXe siècle, publié aux éditions Terres en Vues, vient d’obtenir le prix de l’OIV (organisation internationale de la vigne et du vin). Un ouvrage très détaillé, qui bat en brèche de nombreux clichés sur cette terre de grands crus qu’est la Côte-d’Or. Entretien avec Frédéric Villain, qui a écrit l’ouvrage parallèlement à son activité de pharmacien.

Dans votre livre, on apprend que le vignoble de Côte d’Or – Côte de Beaune et Côte de Nuits – a fait l’objet de classements au XIXe, comme celui de 1855 pour Bordeaux. Ont-ils tant d’importance ?
Ils sont fondamentaux car ils inspireront l’Inao par la suite. De ces classements découle celui que l’on connaît aujourd’hui : les échelons « bourgogne », « village », « premier cru » et « grand cru ». Le classement de 1861, réalisé par le comité d’agriculture de Beaune, est le pendant du classement de 1855 à Bordeaux. À l’époque, les vins de Bourgogne sont distingués par une mention 1ère classe, 2e classe ou 3e classe.

Ce travail n’avait-il pas déjà commencé avec les moines bourguignons, au Moyen-Âge ?
Il y a une grande part de légende dans cette histoire des vins de Bourgogne au Moyen-Âge. Certes, il y a eu les moines, qui ont cultivé et étudié la vigne. On a beaucoup communiqué dessus, et c’est d’ailleurs un excellent choix, qui a sauvé la Bourgogne. Mais en réalité, tout a été posé par des savants du XIXe siècle. Ils sont les premiers à classer l’ensemble des vins fins de Bourgogne sur des critères – en partie – objectifs, comme les sols et les expositions. C’est à ce moment que naît véritablement la notion de « Climats de Bourgogne ».

Que se passe-t-il avant ces classements ?
Les pratiques en Bourgogne viticole sont alors très différentes, nous avons tendance à l’oublier. Les cuvées parcellaires qui font l’identité de la Côte d’Or aujourd’hui ne sont pas du tout la norme : on fonctionne avec des équivalents de marques, et on trouve par exemple des « vins de Beaune » dont les raisins proviennent de Pommard ou de Gevrey… Les cépages non plus ne sont pas du tout les mêmes ! Le gamay était largement cultivé, et on pratiquait la complantation : rouges et blancs dans une même parcelle, puis dans le même vin. C’est grâce à la réflexion des savants du XIXe que l’on décide de replanter presque exclusivement pinot noir et chardonnay après le phylloxéra. En Bourgogne, tout s’est joué au XIXe ! C’est là qu’émerge une culture du vin fin.

Entre les pratiques du XIXe et celles d’aujourd’hui, remarque-t-on des différences notables ?
Depuis la fin du XIXe, le changement majeur en Bourgogne est celui de la couleur. Les vins fins de Côte d’Or étaient rouges, peut-être à 95 %. Aujourd’hui, le chardonnay domine.


Certains vins étaient-ils mieux perçus au XIXe qu’aujourd’hui ?
Il y a quelques différences, comme des cuvées classées au plus haut niveau au XIXe, et exclues de la liste des grands crus de nos jours. Je pense aux « Saint-Georges » à Nuits Saint-Georges, ou aux « Vergelesses » à Savigny-lès-Beaune. À l’inverse, le fameux « Cros Parantoux », était mal classé. Et c’est l’un des vins les plus recherchés aujourd’hui, grâce au travail d’Henry Jayer. Comme quoi, le lieu ne fait pas tout !


[EXTRAIT]
Tous les auteurs de l’époque accordent aux vins de Volnay les traits suivants: « finesse, pureté de goût et bouquet ». Morelot s’en fait le chantre : « Tous les vins qui se récoltent sur cette partie de la Côte sont excellents. Ils ont une finesse, un bouquet, une délicatesse, un goût suave qui ne se rencontrent en aucune espèce de vin. Aussi, quand ils ne sont ni trop nouveaux ni trop vieux, c’est-à-dire bien à leur point, on pourrait dire qu’ils l’emportent sur tous les vins ». Mais l’unanimité n’était pas de mise. Lavalle, qui s’appuyait volontiers sur les écrits de Morelot, voire les confortait régulièrement dans son ouvrage, exprime sur ce finage un net désaccord. Selon lui, son prédécesseur « exagère l’éloge » ajoutant que « ce serait à la fois une erreur et une injustice que d’accepter dans sa forme générale l’opinion émise par M. Morelot ». On sent dans cette rhétorique poindre une querelle de « palais » qui a cours encore aujourd’hui. Les rouges de la côte de Beaune dépassent-ils ceux de la côte de Nuits ou inversement ? Entre un Dr Morelot, faisant des rouges de Volnay « sa » référence bourguignonne, et un Dr Lavalle, portant au pinacle le « Chambertin », apparaît ici toute la part de subjectivité d’un classement et ses critères de jugement.

Cet article [Entretien] Frédéric Villain : « En Bourgogne, tout s’est joué au XIXe siècle «  est apparu en premier sur Terre de Vins.

Pour Jacques Lurton, « seul l’avenir compte »

En cette période de vendanges, le président des Vignobles André Lurton a reçu Terre de Vins pour faire le point sur le millésime 2021 et sur l’ensemble de ses projets. Y compris du côté des antipodes.

Rares seront, en cette période de vendanges, les vignerons qui cultivent un optimisme de la trempe de Jacques Lurton. Un été humide, synonyme de mildiou, s’additionnant au gel du mois d’avril sont la cause d’inévitables pertes s’échelonnant à un tiers, parfois une moitié de récolte pour les Vignobles André Lurton. Si l’on prêchait la qualité et l’abondance des millésimes précédents, 2021 semble marquer le pas, au moins au niveau des rendements.

Pourtant Jacques Lurton, qui a succédé à son père en 2019, ne se laisse pas abattre par la morosité ambiante. Si le contexte n’est pas des plus favorables, le Président du Groupe familial tient la barre, cultivant la vision inspirée et créative qu’il a su pérenniser au sein de l’entreprise. En effet, si le nom d’André Lurton évoque l’une des images de marque les plus imposantes du vignoble bordelais, innovation et émancipation font également partie de l’ADN des propriétés familiales. Dans les années 2000 déjà, faisant fi du conservatisme ambiant, les capsules à vis étaient introduites pour certains vins des propriétés Lurton, le château La Louvière compris.

Ne rien renier, savoir se réinventer

Ce début d’automne n’échappe donc pas à la règle et les projets se bousculent dans les chais. Récemment introduite sur les marchés, la cuvée Diane est sûrement celle qui symbolise le mieux la dynamique novatrice des Vignobles André Lurton. La gamme se décline en cinq références monocépages (sauvignon blanc, sémillon, muscadelle, cabernet sauvignon, rosé) présentées dans des flacons bourguignons. Diane est un hommage : c’est sous l’une des statues qui trône dans le parc du Château Bonnet, représentant la déesse de la chasse, qu’André Lurton aimait observer l’activité du vignoble dans ses dernières années.

L’idée de cette cuvée n’est pas de renier une identité bordelaise mais de réinventer un style, profitant d’une sélection parcellaire minutieuse de terroirs qualitatifs environnant le Château Bonnet (Entre-Deux-Mers). Les étiquettes des vins issues de la propriété historique de la famille Lurton ont elles aussi évolué l’an dernier, se faisant le reflet d’un engagement éco-responsable amorcé par l’ensemble des propriétés. Depuis 2017, les quelque 600 hectares que composent les Vignobles André Lurton sont ainsi certifiés HVE 3. La propriété familiale de Grézillac propose un éco-projet global portant sur le développement de la faune et la flore du domaine, devenant ainsi l’une des figures de proue de l’investissement environnemental du Groupe.

Winemaker australien à la mode bordelaise

Bousculant la ritournelle locale, Jacques Lurton conjugue ainsi son vécu de winemaker australien à la mode bordelaise. Il insiste sur l’expression du fruit, la fraîcheur et la tension proposée par ses nouveaux vins qui viennent s’ajouter à une gamme plus classique et largement reconnue par les amateurs de Bordeaux. Dans cette même veine inspirée du Nouveau Monde, la cuvée “Blabla” verra également le jour dans la prochaine année, proposant une déclinaison en monocépage (Cabernet Sauvignon et Merlot) de jus issus de terroirs argilo-calcaires. Un vin pétillant, élaboré selon la méthode traditionnelle, sera également proposé dans les prochains mois sous la dénomination Vin de France. A Cruzeau (Pessac-Léognan), l’une des entités des Vignobles André Lurton, Tracé de Cruzeau est une cuvée confidentielle, hors des sentiers battus, issue de six rangs de carménère.

En janvier 2020, la propriété australienne de Jacques Lurton située sur l’île de Kangaroo Island était entièrement ravagée par un incendie. De ce drame il retient un optimisme à toute épreuve et la conviction selon laquelle « seul l’avenir compte ». Comme un symbole, la vigne renaît depuis quelques mois de ses cendres et promet une vendange d’ici deux ans. D’un continent à l’autre, l’optimisme et l’inventivité débordante de Jacques Lurton sont ainsi les points cardinaux d’un Groupe dont il assure chaque jour davantage la pérennité.  

Cet article Pour Jacques Lurton, « seul l’avenir compte » est apparu en premier sur Terre de Vins.

Millésime 2021 : l’Union des Grands Crus défend « l’attractivité des Grands Crus de Bordeaux »

L’Union des Grands Crus de Bordeaux revient sur le millésime 2021 dont les vendanges touchent à leur fin, confirme la tenue de la semaine des Primeurs au mois d’avril prochain et constate un certain dynamisme à l’endroit des ventes.

Par un communiqué de ce mois d’octobre, alors que les vendanges battent leur plein, l’Union des Grands Crus tient d’abord à saluer le travail des vignerons et assure que les vins du millésime 2021 seront de qualité. « Les premiers coups de sécateurs sont donnés à l’issue d’une année, où les conditions météorologiques auront poussé les vignerons à se dépasser. Initiée tôt, l’année 2021 a été marquée par un épisode de gel au printemps, qui a occasionné des pertes très ciblées. La saison estivale, lente à s’installer, s’est prolongée avec un bel ensoleillement et un mois d’août assez sec. La récolte 2021 démarre ainsi plus tardivement et offre des volumes en retrait par rapport aux précédentes. La singularité climatique de cette année confère aussi des nuances particulières au millésime. En 2021, les raisins disposent d’une douceur et d’un éclat remarquables, propices pour réaliser des vins élégants et harmonieux », précise l’Union.

Dans l’élan, l’institution regroupant 131 Châteaux annonce qu’elle organisera l’incontournable Semaine des primeurs à destination des professionnels du monde entier du 25 au 28 avril 2022. « Si les conditions sanitaires le permettent, souligne le communiqué, cette manifestation se tiendra à Bordeaux, cadre iconique de cette rencontre internationale. L’enjeu pour l’UGCB est de continuer à dynamiser l’activité de la filière et nourrir le lien de confiance tissé depuis de longues années entre les producteurs et les professionnels ».

Enfin, les Grands crus de Bordeaux confirment leur performance en France et à l’étranger Les exportations des vins de Bordeaux de plus de 22,50€ la bouteille dépasse le chiffre de 1,3 milliard d’euros. Cette activité en progression s’explique, selon Ronan Laborde, Président de l’UGCB, par plusieurs facteurs : « Tout d’abord, la qualité de l’offre bordelaise : les vins sont d’un très bon niveau qualitatif et un style qui plaît aux grands amateurs. Ensuite, une organisation commerciale spécifique, qui a permis d’animer le marché, malgré un contexte restrictif ».

Cet article Millésime 2021 : l’Union des Grands Crus défend « l’attractivité des Grands Crus de Bordeaux » est apparu en premier sur Terre de Vins.