Les Crus du Beaujolais, plus désirables que jamais

Ce lundi 26 juin, l’Union des Crus du Beaujolais organisait avec Terre de Vins une grande dégustation à Paris. 100 cuvées étaient proposées aux professionnels, l’occasion de redécouvrir toute la dynamique qui porte la région depuis quelques années. Géologie unique, approche parcellaire, avenir des blancs, les sujets ne manquent pas.

En préambule de cette très belle journée qui s’est tenue au restaurant parisien Les Belles Plantes, Sylvie Tonnaire, rédacteur en chef de Terre de vins a rappelé lors d’un discours inaugural « tout le travail réalisé par les Crus du Beaujolais depuis une dizaine d’années notamment sur les lieux-dits. Une démarche collective, à l’instar de l’événement coorganisé ce jour avec Terre de vins, qui a permis d’aider à la montée en gamme des vins ». Un sentiment partagé par Jean-Marc Lafont, Président de l’ODG des Crus. « Nous avons connu quelques difficultés il y a 15 ou 20 ans dans la région mais cela fait plusieurs années que nous œuvrons tous ensemble à reconquérir notre clientèle. Cela passe notamment par faire connaître davantage le travail de précision que nous avons engagé par rapport à l’incroyable diversité de notre géologie. La cartographie complète que nous avons réalisée nous a permis d’identifier finement toute la mosaïque de sols et sous-sols présents (on en compte près de 300 différents !). Une aubaine pour notre cépage gamay qui est particulièrement sensible au sol sur lequel il pousse. Avec in fine une diversité exceptionnelle de styles de vins ». Les 10 Crus du Beaujolais sont donc en pleine renaissance, portés également par l’arrivée de nombreux jeunes qui trouvent ici du foncier encore abordable. Les vins produits répondent en outre parfaitement aux demandes des consommateurs pour des rouges friands, frais, dotés d’un beau fruité même lorsqu’ils présentent davantage de structure. « Nous devons nous battre pour conserver notre leadership sur ce type de vin » ajoute Jean-Marc Lafont. Sans oublier d’évoquer les vins blancs de la région qui « continuent de progresser, représentant 2% à 3% de la production ». D’excellents chardonnays plantés sur des sols argilo-calcaires et aujourd’hui vendus comme Beaujolais ou Beaujolais nouveaux. Mais Jean-Marc souhaite aller plus loin et mener « une étude d’opportunité pour voir s’il serait possible demain que les Crus produisent également du blanc. Il y a des pistes intéressantes à approfondir, notamment du côté de Brouilly et de Saint-Amour ».

Une géologie unique
La force des Crus du Beaujolais provient de cette géologie extraordinaire qui était encore méconnue il y a peu. Une masterclass animée par Tanguy Leblanc, géologue indépendant travaillant avec le Geopark Beaujolais, a permis aux participants de mieux appréhender toute cette diversité. Le Beaujolais se situe à l’emplacement d’anciennes montagnes. Ce sont elles qui ont contribué à rapprocher des sols historiquement très éloignés et à constituer cet ensemble unique de roches. Celles-ci ont aussi bénéficié d’un climat tempéré qui a permis des types d’érosions multiples favorisant là aussi une plus grande diversité de sols. Grâce à près de 1500 fosses réalisées, la cartographie des sols établie permet de mettre en œuvre une véritable approche parcellaire. « Il s’agit d’un changement de paradigme dans la région où l’on assemblait traditionnellement les différents lieux-dits » poursuit Tanguy. Un terrain de jeu tout à fait nouveau qui permet de présenter aux amateurs une offre nouvelle et particulièrement enthousiasmante.


Des cuvées identitaires
Parmi les 100 cuvées qui étaient servies en dégustation au cours de cet événement, nombre d’entre elles provenaient des millésimes 2020 à 2022. Mais tous les Crus présentaient également des millésimes plus anciens afin de témoigner du potentiel de garde des vins. Le Cru Chiroubles, relativement homogène en matière géologique avec essentiellement du granite rose, offrait la possibilité de découvrir sa typicité, à savoir une grande variation d’altitude allant de 270 m à 600 m. Avec évidemment à la clé, des vins aux personnalités variées. Parmi eux, le très beau Chiroubles « Javernand » 2021 de Julien Chantreau, friand et fruité, doté d’une acidité sous-jacente rafraîchissante. Le Chiroubles 2020 d’Anthony Charvet n’était pas en reste. Vinifié sans soufre, il présentait un fruité particulièrement éclatant et précis. Un vin très juteux, hautement séduisant, à l’image également du Chiroubles 2021 du Domaine Passot.

Du côté de Chénas, plus petit des Crus en termes de surface (224 Ha), la séduction était aussi de mise avec des vins séveux, comme le Chénas 2019 de Julien Aucagne. Une très belle mâche, des épices et une finale finement poivrée. Autre jeune et autre réussite, le Chénas « En Mélardière » 2022 de Gaëtan Duc, tout juste 24 ans et nouvellement installé. Un premier millésime avec une densité maîtrisée qui laisse augurer de bien belles choses pour l’avenir.


Et c’est du côté de Saint-Amour que se trouve certainement le plus jeune vigneron du coin. Pierre Van Oost, 22 ans, la tête bien faite, s’est installé dès l’âge de 20 ans. Son « Clos de la Brosse » 2021 issu de parcelles voisines de Juliénas dont on retrouve les pierres bleues si caractéristiques, est déjà impressionnant d’équilibre. Un nom à suivre… Côté Juliénas justement, les vins impressionnent toujours par leur chair intense mais leur suavité et leur fraîcheur toutes septentrionales. Une cuvée très réussie parmi tant d’autres ? Le Juliénas « Vayolette » 2020 du Domaine de Boischampt. Thibaud Baudin a donné naissance à un vin au nez d’une belle complexité et doté d’un toucher de bouche superbe. Des tanins finement poudrés, une profondeur de milieu de bouche et une acidité franche encadrant l’ensemble font de cette cuvée de garde une très belle bouteille à regoûter dans 6/7 ans.

Photos ©A. Viller

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