Margaux, Saint-Emilion et Tavel rejoignent les Sites Remarquables du Goût

Créé en 1995 par les ministères en charge de l’environnement, de la culture, du tourisme et de l’agriculture, le label des Sites Remarquables du Goût estampille des destinations au patrimoine emblématique, sur le plan gustatif comme environnemental et architectural. Châteauneuf-du-Pape et le Rosé des Riceys champenois faisaient partie des SRG. Margaux, Saint-Emilion et Tavel rejoignent le réseau des SRG.

Les audits de reconnaissance se sont déroulés au cours de l’été 2021 : Margaux, Saint-Emilion et Tavel ont convaincu la commission d’agrément, composée de Céline Maisons (SRG Cancale), Michel Blanc (SRG Châteauneuf du Pape) et Vincent Phlipaux (SRG Les Riceys). A l’occasion de l’assemblée générale de l’association, les trois terroirs viticoles ont rejoint le réseau des quelques 71 Sites Remarquables du Goût.

Quelques exemples aussi évocateurs qu’appétissants : les sardines de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, Salers (viande et fromage), les huîtres de Cancale, le Beaufort, le Saint-Nectaire, l’oignon doux des Cévennes, les oliveraies de Nyons, le sel de Guérande…

Le label vise “la promotion de destinations où un produit emblématique est mis en tourisme en y associant patrimoines naturel et culturel”. Le réseau dispose d’un budget abondé par les cotisations des adhérents, mais aussi d’une subvention du ministère de la culture.

“Les critères de l’agrément sont clairs”, précise Michel Blanc, “il faut :

  • un produit alimentaire, qu’il se mange ou se boive, emblématique du territoire auquel on l’associe immédiatement, grâce à sa notoriété et à son histoire,
  • un patrimoine exceptionnel sur le plan environnemental et architectural
  • un accueil du public qui fait rayonner le lien indéfectible entre la spécialité, le patrimoine culturel, les paysages et les hommes.

Pour Saint-Emilion, ce n’est pas un agrément, mais une réintégration, qui nous réjouit, après quelques années d’éloignement.

Avec Margaux, au-delà de la notoriété de l’appellation, nous avons vu un gros travail sur la biodiversité, appuyé sur un partenariat universitaire, pour dresser l’inventaire de la faune et de la flore au sein de l’appellation. Margaux s’est en outre dotée d’une programmation oenotouristique et culturelle riche pour faire rayonner son territoire, avec notamment l’opération Margaux Saveurs.

Enfin, Tavel illustre le caractère transversal, mets et vins, gastronomie et culture et entraide agricole qui sont autant de valeurs au cœur du concept des Sites Remarquables du Goût. L’appellation défend sa personnalité de rosé fort en couleur et en caractère, un rosé pour la table où il se marie avec d’autres SRG, du Saint-Nectaire au taureau de Camargue en passant par la poularde de Bresse. Tavel partage la thématique du rosé de gastronomie avec le rosé des Riceys. Avec les rouges et les blancs de Châteauneuf, Tavel joue la complémentarité quand nous voyageons ensemble sur des missions de grand export. Enfin, en ce qui concerne l’accueil du public pour faire rayonner son patrimoine gastronomique comme culturel, un gros travail a été fait, notamment dans les différentes éditions de Couleur Tavel.”

D’autres sites ont postulé pour être reconnus et seront audités durant l’hiver 2021- 2022, notamment en Occitanie, avec l’Armagnac, mais aussi le foie gras de Samatan dans le Gers, “un cru du Beaujolais a également manifesté son intérêt, ainsi que Beaumes de Venise, qui, comme Saint-Emilion, s’était éloigné et serait candidat au retour”, précise Michel Blanc.

Les événements de la vie de chaque SRG sont l’occasion pour les autres d’y tenir salon et de faire découvrir leurs produits. On ne manquera pas, par exemple, le marché de Noël de Châteauneuf du Pape, du 17 au 19 décembre prochain, où de nombreux sites remarquables du goût seront présents.

Pour ne manquer aucun de ces rendez-vous, le site des Sites Remarquables du Goût a son agenda.

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Décès d’Eloi Dürbach, le maître de Trévallon

Eloi Dürrbach du Domaine de Trévallon, est décédé ce matin à l’âge de 71 ans. L’histoire de ce domaine est unique et liée à l’itinéraire de ce grand vigneron, puisqu’il l’a totalement créé, en plantant ses premiers hectares de vignes en 1973. Eloi donne naissance à son premier millésime en 1976. C’est le début d’une superbe histoire puisqu’il figure aujourd’hui parmi les plus prestigieux domaines de Provence.

Eloi Dürrbach avait consacré un entretien « sur le divin » à Terre de Vins en 2015. Voici quelques extraits de cette interview… (propos recueillis par Sylvie Tonnaire)

On ne peut s’empêcher de se demander pourquoi cette volonté de faire du vin. Dans les années 1970, ce n’était pas vraiment la mode, surtout quand on n’était pas de la partie.
Oui, c’est vrai. Étudiant en architecture à Paris, je vendais des tableaux pour faire un peu d’argent. Quand je sortais, je buvais du haut-brion à 10 francs. J’aimais ça ! Mon père, René Dürrbach, bien qu’artiste peintre, aimait beaucoup l’agriculture.
Il s’occupait régulièrement d’une ferme qui appartenait à Giono. Avec ma mère, qui avait vendu une de ses œuvres à Rockefeller, ils ont acheté la propriété voisine, le mas Chabert, en 1950. Puis Trévallon en 1955, et mon père disait qu’on pouvait y faire du vin. Je venais ici à Pâques et à Noël pour les vacances. Je voulais monter mon vignoble, le reste je m’en foutais.

Les débuts ont-ils été faciles ? Quel a été l’accueil des gens du pays ?
Le cabernet a créé la polémique. Ici, les gens me regardaient d’un très mauvais œil, mais j’étais décomplexé, chacun sa voie. Je me souviens de ma grand-mère qui allait à la messe tous les jours et parlait de sexe très librement. « Un mari peut tromper sa femme, disait-elle, mais doit rester un bon amant et un bon père. » J’ai été renvoyé de chez les jésuites. Je suis anarchiste, pendant longtemps j’ai fait croire à ma femme que j’allais voter. Les vins des voisins étaient à 8 francs, je me suis mis à 18. Pendant vingt ans on m’a dit : à ce prix-là, j’achète du bordeaux. Le Crédit agricole n’a pas voulu m’aider. Le président de l’époque était président d’une coopérative, les caves particulières étaient mal vues.

As-tu eu des modèles ?
Je suis allé voir ceux qui faisaient les vins que j’aimais. De toute façon, on n’en finit jamais d’apprendre. Chave, l’extraordinaire Lalou Bize-Leroy au savoir encyclopédique, François Perrin, Jean-François Coche-Dury… et Jacques Reynaud ! Il avait été élevé à la dure. Pour lui, tout allait mal depuis la Révolution ! La cave était archaïque, ça sentait l’humus, c’était le bon Dieu qui faisait le vin, il y avait un mystère ici, comme pour les plus grands vins du monde. Il aimait les vins de Gérard Chave et de Marcel Lapierre.

Comment le succès est-il venu ?
L’Oustau de Baumanière, sur l’autre versant du massif, m’a fait gagner des années. La famille Charrial faisait goûter mes vins. Il y a de la so- lidarité dans le monde vigneron. Aubert de Villaine y a goûté le 1978, il m’a envoyé Kermit Lynch qui importait déjà Chave et Coche- Dury aux États-Unis. Il m’a sermonné : « Vous vendez trois fois plus cher que les autres », mais il a pris 20 caisses. Puis 100 caisses l’année suivante, puis 800 ! C’est l’étranger qui m’a fait connaître. Et des vi- gnerons qui m’ont soutenu : Aimé Guibert, au Mas de Daumas Gas- sac, ou Alain Brumont, du Château Montus.

Chacune de tes bouteilles est illustrée d’un dessin de ton père. C’est un hommage à l’homme et à l’art ?
Gamin, j’allais en week-end chez Picasso. J’adore Robert Delaunay, c’est la joie de vivre par la couleur. J’expose des artistes dans la cave, comme l’été dernier une série de bustes de sel de Formica. Oui, j’aime l’art. Mais nos étiquettes ont été dessinées par mon père. Il avait senti qu’il y avait quelque chose ici. Un jour, en 1998, je lui ai amené 50 affiches et des crayons de couleur. Il était à la fin de sa vie et déjà très fatigué, mais il a tout colorié, et chaque année, je choisis un dessin en fonction du millésime. Il avait l’idée de l’art au quotidien, que chaque objet est unique, en art, et échappe au monde de l’argent…

Que boira-t-on le jour de tes obsèques ?
Le plus tard possible, un trévallon 2007, si c’est dans vingt ans !

Toute la rédaction de Terre de Vins se joint à la famille d’Eloi Dürrbach dans ce moment douloureux, nos plus chaleureuses pensées vont vers eux dans cette épreuve.

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Guillaume Demoulin : nouveau président du syndicat des vignerons de Tavel

Vigneron au Château de Trinquevedel, Guillaume Demoulin mise sur le rajeunissement de l’image du Cru Tavel. Environnement, oenotourisme, nouveaux marchés et nouvelle génération, sont les axes de sa feuille de route. Sans oublier les petits farcis …

Ce quarantenaire succède à Christophe Chaudeyrac. Ingénieur agronome, il exploite le domaine familial de Trinquevedel, à Tavel depuis 2006. Investi de longue date dans le syndicat, coprésident de la section Tavel à Inter Rhône, il souhaite poursuivre les actions engagées et le rajeunissement de l’image du cru de la rive droite du Rhône. Pour lui, « la nouvelle génération s’intéresse aux vins de niche, il y a une carte à jouer ». Il compte bien grignoter des parts de marché sur le circuit traditionnel. Le « Trophée Tavel des meilleurs petits farcis* » a été imaginé dans cette optique de vin de gastronomie. De même, l’Association internationale pour les rosés de terroirs, impulsée par le syndicat viticole cette année, a bien l’intention d’être leader de ce mouvement.

L’aspect environnemental est, pour le nouveau président, un point important. « Il faut pousser les vignerons à aller plus loin, en créant une charte paysagère dans le respect des terroirs et des paysages ». Sur les 906 hectares en production pour 30337,46 hectolitres produits (chiffres 2020), 34 % sont certifiées ou en conversion bio. De même, la Cave des Vignerons de Tavel & Lirac est labellisée HVE et Vignerons Engagés, gage d’une prise de conscience réelle. « Cela répond à la pression des consommateurs et nous permettra d’accéder à de nouveaux marchés aussi bien en France chez les cavistes qu’à l’export, par exemple en Scandinavie. C’est important pour un Cru ». Une commission environnement a été créée au syndicat où la nouvelle génération de vignerons porte les nouveaux engagements.

L’oenotourisme est et sera le cheval de bataille de Guillaume Demoulin. « Nous devons progresser et valoriser nos produits en partageant notre travail de tous les jours, en montrant nos terroirs et nos territoires».

Bureau

Président : Guillaume DEMOULIN (Château de Trinquevedel)

Vice-Président : Julien COURDESSE (Les Vignerons de Tavel & Lirac)

Trésorière : Chantal BERTONCINO (Les Vignerons de Tavel & Lirac)

Secrétaire Général : Sébastien JOUFFRET (Les Vignobles Roudil-Jouffret)

*11 restaurants du Gard, Vaucluse et Bouches du Rhône ont concouru au « Trophée Tavel des meilleurs petits farcis ». Classique ou revisité, l’accord avec les cuvées de l’AOC était évalué par un jury composé de vignerons et de journalistes.

Les lauréats sont :

Christophe Bonzi Le Mesclun (Séguret), suivi de Lorenzo Ferro Le Bistro de Lagarde (Lagarde d’Apt) et Jérôme Tchomlek Chez Serge (Carpentras)

Photo: Charlene Pelut

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Meilleur sommelier d’Europe et Afrique : Benjamin Roffet va sortir de l’ombre

Suppléant de David Biraud à quatre reprises depuis 2013, le chef sommelier du Jules Verne a préparé en toute discrétion son premier rendez-vous international. Rencontre privilégiée avec le candidat français dans son univers de préparation et d’entraînement à quelques jours du concours organisé à Chypre du 16 au 19 novembre.

Dans le 3e arrondissement de Paris, bien loin de la Tour Eiffel, son habituel décor de travail, Benjamin Roffet a aménagé son camp de base au rez-de-chaussée d’un immeuble du XVIIe siècle. C’est ici que le Meilleur sommelier de France 2010 et Meilleur ouvrier de France 2011 a préparé son premier concours international sous les couleurs de l’Union de la sommellerie française (UDSF). Simple spectateur du sacre mondial d’Enrico Bernardo à l’automne 2004 à Athènes, puis suppléant de David Biraud lors de trois concours planétaires et un continental, celui qui partage avec le regretté Gérard Basset des origines foréziennes est à quelques heures d’entrer en scène à Chypre (*). Enfin !

« Bien avant ma sélection pour représenter la France j’avais pensé à l’organisation à mettre en place. Lorsque j’ai validé mon billet en novembre 2019 j’ai pu tout enclencher et louer cet espace en pensant que ce serait mon univers pendant dix mois. Mais le Covid est arrivé, le concours a été reporté et finalement presque deux ans se sont écoulés. » Dans ce local, Benjamin Roffet s’est transformé en ermite. Pas à temps plein mais au minimum 2 h 30 par jour. « Quand je franchis la porte, je sais que je suis là pour bosser et pas autre chose ! »

A commencer par la théorie. « Là je suis un peu bourrin… Tout simplement parce que j’ai compris que sans cela on n’a aucune chance d’atteindre la demi-finale. Alors cette théorie j’y consacrais au minimum deux heures quotidiennement. » Des cartes de vignobles tapissent les murs et des livres en français et en anglais garnissent les étagères où ils côtoient des bouteilles. « Il était essentiel de pouvoir stocker les nombreux échantillons que j’ai pu recevoir avec l’aide des vignerons français qui ont vraiment joué le jeu. J’en ai eu jusqu’à 450 ici et j’en ai sans doute reçu plus d’un millier… »

« Etre le candidat de toute la France »

Car s’il faut nourrir ses petites cellules grises de connaissances sur les vignobles du monde, il faut également donner des repères aux sens essentiels que sont l’odorat et le goût afin de constituer une mémoire pour chacun. « Goûter à l’aveugle, je le fais ici ou bien avec l’aide d’autres sommeliers. Et chaque soir, en rentrant du Jules Verne, Célia ma compagne préparait six verres pour conclure ma journée avec un dernier exercice. Car ce concours c’est un objectif de couple, on avance mieux à deux. »

Lorsque la France a tourné la page du premier confinement, Benjamin Roffet en a profité pour parcourir les vignobles où une bonne centaine de vignerons l’ont accueilli. « Bien entendu il s’agissait d’enchaîner les échanges avec eux et les dégustations, mais il était important aussi qu’ils connaissent celui qui va être le candidat de toute la France et pas seulement celui de la sommellerie française. »

Il n’oublie pas pour autant le soutien financier et humain de l’UDSF avec les actions menées au cours des derniers mois par le Team France placé sous la responsabilité de David Biraud. Une structure à laquelle le candidat tricolore a ajouté quelques soutiens précis. Comme Alexandre Vingtier pour les spiritueux, le Master of wine Jérémy Cukierman pour l’approche des vins, Manuel Peyrondet lors de dégustations ciblées ou encore un sophrologue qui l’accompagne depuis six mois. « Rien de révolutionnaire, j’ai simplement structuré l’environnement d’entraînement à ma façon… »

On saura le 16 novembre dans la soirée s’il aura déjà permis à Benjamin Roffet de se hisser en demi-finale.

(*) Outre Benjamin Roffet, représentant tricolore, trois autres sommeliers français seront présents lors de l’épreuve. Néophyte à ce niveau, Reza Nahaboo portera les couleurs de la Suisse. Finaliste de deux concours européens et d’un mondial, Eric Zwiebel représentera le Royaume-Uni. Enfin, Bruno Scavo qui a déjà participé à deux mondiaux sera le candidat de Monaco.

Reza Nahaboo, Eric Zwiebel et Bruno Scavo sommeliers français de l’étranger

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