Anne Le Naour (CA Grands Crus) : « 2021 sera un millésime de vigneron (ne) »

Après une année prompte à faire stresser les vignerons médocains, les vendanges des raisins rouges commencent sur la péninsule. L’œnologue et directrice générale de Crédit Agricole Grands Crus (Châteaux Grand Puy Ducasse, Meyney, Blaignan…) délivre, entre deux coups de sécateur, ses premières impressions.

Comment s’opère ce début de vendanges ? 

Les vendanges ont commencé le 14 septembre dernier sur notre propriété de Bourgogne (Domaine du Château Philippe le Hardi, ex-Château de Santenay), et plus récemment, pour profiter de l’été indien, le 24 septembre sur nos jeunes plants de merlot aux châteaux Grand-Puy Ducasse et Meyney. Nous envisageons une fin de récolte des merlots sur ces deux propriétés médocaines cette fin de semaine. Dans le Nord Médoc, sur notre vignoble du château Blaignan, le top départ n’est pas encore donné, mais nous envisageons la récolte des jeunes vignes dans la semaine du 4 octobre. En synthèse, des vendanges plus tardives qu’en 2020 (une semaine ½ plus tard à Bordeaux, 3 semaines en Bourgogne) et des rendements prévisionnels stables dans le meilleur des cas, à la baisse la plupart du temps. 

Qu’en est-il de l’état sanitaire ?

Les mesures sanitaires mises en place l’an passé sont toujours de rigueur, mais nous les appréhendons mieux désormais et l’organisation de la récolte sera, d’un point de vue logistique, sans doute plus sereine. Il n’en demeure pas moins qu’il est de plus en plus compliqué de trouver des vendangeurs et que, comme bon nombre de propriétés, ce sujet nous préoccupe fortement.  

Quelle ont été les grandes étapes de ce millésime ? 

Compte tenu des conditions climatologiques, la situation s’est révélée très variable d’un vignoble à l’autre… Par chance moins de 5 % des surfaces de notre propriété pauillacaise (château Grand-Puy Ducasse, 5èmeGrand Cru Classé 1855) ont été partiellement touchées par le gel. Quant au vignoble de château Meyney à Saint-Estèphe, il a été totalement épargné. Le gel a touché de façon plus significative les bas de butte de notre propriété du Nord Médoc (château Blaignan) et de nombreuses parcelles de notre vignoble bourguignon (on évalue les pertes à plus de 60 % sur les blancs et plus de 30 % sur les rouges), sans pour autant réduire la récolte à néant, comme ce fut malheureusement le cas sur notre propriété de la rive droite (Clos Saint-Vincent, Saint-Emilion Grand Cru). 

Les conditions du millésime ont mis nos nerfs à rude épreuve et ne nous ont accordé que peu de moments de répit. Malgré une vigilance de tous les instants, le mildiou s’est montré particulièrement agressif cette année et nos vignobles n’ont pas été épargnés. 2021 sera, à n’en pas douter, un millésime de vigneron(ne), mais ce sera aussi un millésime de tri sélectif car peu de surfaces auront été totalement épargnées et trier le moins bon du meilleur fera la différence cette année.

À ce stade, en termes de qualité de raisins, à quel millésime précédent ce 2021 ressemble-t-il ? 

À ce stade, et au doigt mouillé, je pourrais penser au 2014 pour Bordeaux. J’ai moins de repères pour la Bourgogne. Mais j’espère que vous ne m’en voudrez pas si je suis un jour amenée à réfuter cette comparaison !

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[Lyon Tasting J-12] Préparez-vous pour de belles retrouvailles

L’événement Lyon Tasting fait son grand retour les 9 et 10 octobre au Palais de la Bourse de Lyon. 80 exposants vous attendent, mais aussi 4 master classes et de nombreuses animations gastronomiques. N’attendez plus pour réserver vos places.

Pour sa 4ème édition, le festival des grands vins organisé par Terre de Vins est de retour au Palais de la Bourse de Lyon. Un rendez-vous à ne pas manquer les 9 et 10 octobre prochains pour tous les amateurs de vin et de gastronomie. Réservez dès à présent vos places !

Tarifs
Pass 1 jour ‘earlybird’ : 15 euros puis 20 euros (dans la limite des places disponibles)
Pass 1 jour : 25 euros
Pass 1 jour + abo : 28 euros
Pass 2 jours : 39 euros

Infos pratiques
Samedi 9 et dimanche 10 octobre 2021
Samedi : 11h-19h*
Dimanche : 11h-18h*
*Fermeture des portes 45 minutes avant la fin des sessions.
Palais de la Bourse – Lyon 2ème arrdt

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Château Gilette : un Sauternes réputé à part

Il est souvent des circonstances qui s’imposent à vous et vous obligent à infléchir votre manière de faire, parfois avec des conséquences heureuses. Ce fut le cas, au château Gilette, en appellation Sauternes.

Dans les années 30, René Medeville était déjà convaincu que les arômes de vanille étaient naturellement apportés par le botrytis et n’avaient pas besoin d’être boisé par la barrique pour être présents dans le vin. Il laissait donc son Sauternes en cuve pendant deux ou trois années. Puis, la guerre de 39-45 est arrivée : René Medeville dit alors à sa femme de ne pas toucher aux cuves. À son retour de la guerre, il n’avait pas les bouteilles pour la mise, ni l’argent pour mettre le vin en barrique. Il a donc laissé le vin en cuve : le vin conservait alors toute sa fraîcheur.

Christian son fils, rejoint René en 1959. Il fait des essais de vieillissement en cuve dans les années 60. La première cuvée est restée 27 ans en cuve avant sa mise en bouteille. Julie Gonet-Medeville, sa petite fille, est désormais en charge du château Gilette et précise que « maintenant on se cale sur 18 à 20 ans de cuve ».

Si la vinification reste traditionnelle (le lot, issu des deux à trois des meilleures tries, est vinifié en cuve inox), la méthode d’élevage est particulière, probablement unique au monde. Une fois la vinification faite, le lot est transféré « dans une cuve en béton époxy » nous dit Julie Gonet-Medeville. « Le vin est désormais privé d’oxydation, dans un contenant neutre. On ferme, et on ouvre deux mois avant de faire la mise pour effectuer des contrôles. On ne touche pas la cuve pendant 20 ans ». La mise en bouteille est un petit choc (brassage, micro oxydation, changement de volume) , si bien qu’il faut attendre quelques mois avant de commercialiser le vin.

Château Gilette, c’est 4,5 ha avec un rendement moyen de 10 hl/ha. Si bien que le calcul est vite fait. C’est donc 45 hl qui sont récoltés lors d’une année normale, exactement le volume de la plus grosse cuve. Entre 5000 et 6000 bouteilles sont produites chaque année. Dans le chai, un bâtiment de 1680, on trouve divers formats de cuves, impeccables, qui permettent de s’ajuster à la récolte. Il n’y a qu’ne seule cuve par millésime conservé. Seules les bonnes années produisent du château Gilette.

Une notoriété construite

Gilette est rentré dans la famille Medeville en 1710 et n’a jamais été classé en 1855 car « Gilette était trop petit et ne faisait pas partie des familles aristocratiques ». D’ailleurs Gilette était plutôt une ferme au milieu du 19ème. Gilette sort de l’ombre avec René « qui ne vendait pas au négoce mais faisait le salon des arts ménagers de Paris, ce qui était moderne à l’époque, un salon qui durait 3 semaines, mais il faisait aussi les salons agricoles jusque dans les années 60 ». C’est ainsi que René construit son réseau de vente aux particuliers. Christian, son fils, « s’est tourné vers la grande restauration : les frères Troisgros, Paul Bocuse, Alain Chapel, qui commandent les premiers millésimes dont le premier, un 1937. La notoriété décolle. « Dans les années 80, l’histoire commence à arriver » car château Gilette est bien repéré par les meilleurs sommeliers et devient un vin de grandes tables.

Un vin qui n’est toujours pas vendu par le négoce, car dès 2005 Julie Gonet-Medeville a l’idée de construire son réseau, comme le fit son grand-père et son père, mais un réseau tourné davantage sur l’export. Désormais, c’est « 80 % d’export, du CHR (Caviste Hôtellerie Restauration), surtout la restauration ».

Julie Gonet-Medeville veille bien qu’à chaque sortie d’un millésime, elle conserve un certain stock qui lui permet de satisfaire les demandes des restaurateurs. C’est régulièrement que les vignobles Gonet-Medeville expédie une, voire deux caisses maximum, de Château Gilette, avec un panachage de millésimes. Château Gilette, c’est un peu « l’antiquaire du Sauternes » comme le disent certains, bien que le produit s’inscrive dans une certaine modernité. Des vins qui se vendent aux particuliers entre 160 et 200 € la bouteille : le prix de la notoriété.

La mini verticale

Une mini verticale permet de se rendre compte de ce qu’est château Gilette. La constante est bien entendu cette fraîcheur qui peut tromper n’importe quel dégustateur lorsqu’on lui demande un pronostic sur l’année qu’il déguste à l’aveugle. « Il peut se tromper d’une bonne dizaine d’années » s’amuse Julie Gonet-Medeville. Et c’est un minimum après 20 ans de cuve. Et puis, il y a souvent, en bouche, ce délicieux arôme d’orange amère.

Gilette 1999. Le dernier millésime sorti (une année de bouteille). Le nez est encore sur sa réserve mais révèle des notes de verveine, de tilleul, un nez citronné aussi et un peu herbal. Beaucoup de fraîcheur qui, si on était à l’aveugle, tromperait le dégustateur. La bouche est sur le bonbon au cédrat, safranée. C’est très aérien. L’acidité est préservée et n’est pas couverte par une hypothétique barrique, une acidité qui contrebalance bien la liqueur (en général 110 gr de sucre résiduel).

Gilette 1997. Splendide ! Nez, là encore, pudique, assez retenu. Très floral, notes mentholées assez puissantes, roses, encore de la fraîcheur. Le vin est plus expressif en bouche. Un côté herbal en milieu de bouche, mais aussi une poire très nette, et puis un bienvenu beurre salé sur la finale qui équilibre la liqueur sur l’orange amère et une bergamote assez prononcée. C’est gourmand, fabuleux. Julie Gonet-Medeville se réjouit : « comme le 1937, c’est un millésime qui marque ».

Gilette 1989. Nez sur sa réserve, sa caractéristique, un nez plutôt fondu, sur la cire d’abeille, fleurs blanches. Bouche sur l’orange amère toujours, qui domine, agrume, de l’énergie. Très rond, la liqueur parait plus présente.

Gilette 1975. L’oxydation en bouteille a complexifié le vin. Nez naturellement sur des notes plus oxydatives : pruneau, figue, mais aussi une touche de brou de noix. Bouche sur le zest d’orange, mandarine impériale. De la densité. « C’est un vin de table , d’accord gastronomique ». Beaucoup d’énergie, de caractère et de potentiel. Julie Gonet-Medeville nous dit qu’elle le déguste avec des coquillages au beurre d’agrume passés au four : une belle alliance. Ou bien l’envisager en fin de repas, un vin de méditation, avec un cigare. Une belle personnalité ».

Sur le même principe (pas de barrique et deux années de cuves seulement), on trouvera le château les Justices, un Sauternes produit par les vignobles Gonet-Medeville et très apprécié par la restauration qui le propose au verre. Joli vivacité, sur l’ananas frais et le litchi. Très fluide, équilibré par la fraîcheur.

Vignobles Gonet-Medeville

33210 Preignac

05 56 76 28 44

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