Coup de froid sur la Loire

D’un bout à l’autre de la Loire, le froid est de retour au lendemain de Pâques. Les vignerons s’apprêtent à passer une troisième nuit sans trop dormir afin de faire fonctionner les systèmes de protection contre le gel.

En Muscadet, on attend la fin de la semaine pour faire un bilan, car le temps ne doit pas changer vraiment avant un ou deux jours. Le pays qui jouit d’un climat doux à l’année craint régulièrement les gelées puisque la végétation a tendance à y démarrer très tôt. Le vignoble s’est équipé au fil des ans avec tous les moyens possibles, tours anti-gel fixes et mobiles, bougies, braseros et écrans de fumée. « Les températures ont oscillé entre 0 et -2, avec des zones plus ou moins touchées. Les terrains étaient secs, mais le gel a cependant fait des dégâts de manière localisée » déclare François Robin, délégué communication à la Fédération des vins de Nantes.

Des bougies à Vouvray

À Vouvray, aux portes de Tours, Benoit Gautier, qui préside aux destinées de l’appellation, tient le coup, alors qu’il a passé pratiquement toute la nuit à essayer de protéger ses vignes. Lui utilise surtout ces grosses bougies qui réchauffent l’atmosphère. Il y a aussi des éoliennes, du côté de Chançay, dans une zone vallonnée, mais il explique que cette année, l’éolienne n’est pas d’un grand secours : « Une éolienne sert à brasser les couches d’air, mais lorsque c’est une vague polaire, entièrement froide qui s’abat, ça ne sert à rien de brasser, sauf si on a en plus un système pour réchauffer l’air, ce qui n’est pas le cas des éoliennes de Vouvray. » Il rappelle que chaque année est différente, que chaque parcelle réagit à sa façon, selon qu’elle a été taillée tôt ou tard par exemple.

Un coût en main d’œuvre et en argent

En année normale, avoir du froid le 6 ou 7 avril n’est pas vraiment un problème, mais ce printemps, il y a eu quatre jours à 25 degrés. « La seule chance qu’on a eue, poursuit le vigneron de Vouvray, c’est qu’il n’y a pas eu de pluie avant le froid, à part trois gouttes lundi soir. En 2016, on a grillé car il y avait eu une longue pluie fine la veille du gel. » Lorsque le soleil se lève, entre 7h30 et 8h, il est très puissant, il vient griller le bourgeon s’il est humide. « Ce matin, on est arrivé à 4h30, c’était sec et tout allait bien. Une heure plus tard, on a vu l’herbe briller sous les lampes frontales et soudain tout est devenu blanc, il y avait de la glace partout. Cela fait de belles photos à publier mais… » regrette-t-il. Pour allumer les bougies, une par une avec un chalumeau, il faut deux heures et demie, ensuite elles brûlent pendant 4 h. « On a fait cela deux nuits de suite, mais cela a aussi un coût, 1 800 € la palette de 700 bougies. La nuit suivante, on fera le minimum, en allumant des bottes de paille qui protégeront par leur voile de fumée » conclut Benoit Gautier.

Cépages précoces en Touraine

Sur les 5 000 hectares des appellations Touraine en Loir & Cher comme en Indre & Loire, les tours antigel et les bougies sont les moyens de lutte les plus répandus. Cependant, depuis la nuit de lundi à mardi, des dégâts importants sont à déplorer sur les cépages précoces, chardonnay, pinot noir, gamay et aussi orbois, un cépage patrimonial. « Le sauvignon, jusqu’à mardi, n’était pas trop touché, mais aujourd’hui peut-être » précise Marie Refalo, directrice de l’appellation. « Il est trop tôt pour estimer les pertes, mais c’est certain qu’il y en a. »

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Beauséjour Duffau-Lagarrosse : osez Joséphine

Finalement et après prolongation, la Safer choisit Joséphine Duffau-Lagarrosse, adossée à la famille Courtin (Groupe de cosmétique Clarins), comme acquéreur du Premier Grand Cru Classé de Saint-Emilion. La Safer a voté pour la filiation mais les deux candidats éconduits, Stéphanie de Boüard (co-propriétaire et directrice générale d’Angélus) et la famille Cuvelier (Clos Fourtet, Château Poujeaux…), enterrent-ils la hache de guerre ? Réponse.

En première instance, le 19 mars 2021, la Safer avait donné un avis favorable à Stéphanie de Boüard. Cette décision avait provoqué un réchauffement climatique dans le landerneau du vin dont Terre de Vins s’est fait l’écho. D’autres titres comme Le Point ou Challenges ont suivi, s’emparant de l’affaire Beauséjour-Duffau-Lagarrosse, une vente suspendue à trois candidats, autant de poids lourds pour un bijou de quelque 70 millions d’euros. La Safer devait rendre son avis définitif le 25 mars et, face à l’enjeu, elle s’octroya un délai de réflexion supplémentaire. La pression est encore montée d’un cran à l’endroit des 6,75 hectares nichés à l’ombre du clocher de Saint-Emilion. Les cartes étaient rebattues avec son lot de gambits entre les trois candidats par voie de presse – le JDD, Libération… -, chacun défendant mordicus son dossier. Stéphanie de Boüard annonçait une installation familiale à Beauséjour et s’appuyait sur la première décision de la Safer. Le clan Cuvelier promettait la continuité dans l’excellence et le fait d’avoir été plébiscité – avant le passage à la Safer – par une grande partie des héritiers Duffau-Lagarrosse. Le camp Joséphine Duffau-Lagarrosse / Courtin s’invitait enfin dans le bouillon mais avec un projet tout autant ambitieux que ses adversaires et une héritière homonyme, qui plus est œnologue et ingénieure agronome. Rarement, la vente d’une propriété dans le bordelais a fait autant de remous.

Un fabuleux destin

Ce mercredi 7 avril 2021 restera gravé dans sa mémoire. « C’est d’abord un jour sans fin et j’attends pour m’exprimer sur cette décision », déclare simplement Joséphine Duffau-Lagarrosse qui vient sans doute de passer les semaines les plus folles de sa vie : elle a 31 ans. Au mois de juin de l’année dernière, le cru qui porte son nom est en vente. Détenu par une trentaine d’héritiers, le Château Beauséjour HDL ne dépend pas d’elle. Mais, connaissant chaque rang de vignes, c’est l’œnologue qui le fait visiter, le cœur serré. A l’automne, deux candidats sont officiels, la voisine Stéphanie de Boüard du Château Angélus et une autre voisine, la famille Cuvelier du Clos Fourtet. Il faut choisir, Joséphine ne choisit pas, elle s’abstient. La grande majorité des héritiers s’exprime pour les Cuvelier. L’affaire est entendue, JDL colle son menton sur le plexus, c’est un déchirement. Étonnamment, la vente est confiée à la Safer qui, selon la loi, doit faire une publication et ouvrir la voie à d’autres candidats. Stéphanie de Boüard revient dans le jeu et Joséphine ose également en trouvant en urgence un investisseur en la personne de Prisca Courtin – qui s’occupe des placements de la holding familiale. Le courant passe, le moral de « JDL » est au beau fixe et « notre dossier est en béton ». Le 19 mars, c’est la gueule de bois. La Safer penche vers Stéphanie de Boüard. Le 25, la Safer repousse sa décision finale, la pression monte, Joséphine essuyant au passage des escarmouches déplacées (propos sexistes, coup de téléphone anonymes…) Mais la jeune femme, bien aidée de son investisseur, tient bon. Ce 7 avril, la Safer l’adoube : Joséphine devient copropriétaire et co-gérante du domaine familial – entre les mains des Duffau depuis 1847.

La guerre semble terminée

Dans son communiqué, la Safer a tenu à rappeler les conditions dans lesquelles s’opère cette attribution. Quelques clauses méritent d’être citées : « De maintenir la propriété et l’outil de travail dans son intégralité en ne divisant pas le parcellaire, afin de ne pas faire obstacle au maintien du classement Saint-Emilion Premier grand cru classé. D’attribuer la propriété à la société Beauséjour-Courtin, détenue par la famille Courtin, sous condition de permettre et sécuriser l’installation de Joséphine Duffau-Lagarrosse, jeune agricultrice. De soutenir un projet d’agriculture durable respectueux de la biodiversité́. De maintenir le lien historique entre cette exploitation viticole et l’un des membres de la famille Duffau-Lagarrosse ».

Dans le camp des « perdants », on se fait grand seigneur du côté d’Angélus. « Je pense qu’il faut être élégant dans la défaite, je salue quand même le travail de la Safer qui a eu un travail très difficile à mener », précise Stéphanie De Boüard, ne faisant pas allusion à un quelconque recours judiciaire. Davantage assommé, Matthieu Cuvelier préfère se poser : « Je suis surtout déçu, on essaie de digérer la décision, nous attendons les explications de la Safer, peut-être que demain nous argumenterons différemment, ce soir nous sommes dans un profond état de déception ». Désormais, le village de Saint-Émilion va pourvoir reprendre une vie quasi-normale, distances sanitaires obligent…

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Gel : expectative et esprit d’équipe sur la rive droite

En fonction de ses moyens (bougies, hélicoptère, éolienne, prière…) et la situation de son terroir, chaque vigneron prend ses dispositions pour lutter contre le gel. Des Côtes de Bourg à Castillon en passant par Saint-Émilion ou Pomerol, les vignobles sur les plateaux ont semblé résister mais les zones basses ont été atteintes. Et des vagues de froid restent encore à venir.

Entre Cote de Baleau et le Clos Fourtet, Matthieu Cuvelier nous donne ses impressions au regard du gel qui a frappé durant la nuit du 6 au 7 avril. « Nous avons d’importants moyens de défense sur Clos Fourtet. Nous avons allumé les bougies dès deux heures du matin, il faisait -1, et il y a eu un retour du froid vers 5 heures du matin. Je pense qu’avec les bougies nous avons maintenu la température autour de zéro, le problème est que nous avons deux à trois degrés d’écart entre les parties hautes du vignoble et les parties basses », dit-il avant d’ajouter : « Sur Cote de Baleau, où nous n’avons pas de protection, on voit quelques feuilles brunir, il faut attendre pour faire le bilan. »
Du côté de Castillon, au château Jean Faux, il y a aussi une différence de 2 à 3 degrés entre le haut du plateau et les vignobles en plaine. « Après, il y a aussi les courants d’air, des vignes ont rôti, d’autres non, quant à la nuit prochaine, je me méfie des prévisions météorologiques », explique le propriétaire Pascal Collotte. De retour à Saint-Émilion, sur la frontière avec le vignoble de Pomerol, on a très peu dormi pour transformer le domaine en une véritable procession de bougies. « Ce fut une nuit blanche et peut-être une autre à venir, souligne la directrice générale Gwendeline Lucas. C’est sublime à voir mais très stressant à vivre. Au final je pense que ça va passer, contrairement au château Pichon-Clément que nous avons dans le Médoc où on évoque une perte potentielle de 50 %. » Gwendeline en profite pour rappeler l’importance de l’humain avec une mobilisation générale durant toute la nuit.
C’est le sentiment qui transpire aussi du côté du château Laroque où le directeur général David Suire salue avant tout l’esprit d’équipe. « On a commencé très tôt, nous sommes montés en puissance, ce sera la même vigilance la nuit prochaine. Il y a eu un premier stress pour la plante, le deuxième peut faire figure de coup de grâce… et même la semaine prochaine, il faut rester vigilant. C’est un gel très particulier, dans des conditions très sèches », explique-t-il. Le grand enjeu est enfin de garder des munitions, à commencer par les bougies, pour tenir le coup.
Plus au nord, du côté de Bourg, les moyens engagés sont moins importants et, de facto, les dégâts risquent d’être plus conséquents. « Certains s’emploient quand même pour gagner quelques dixièmes de degrés avec des bougies, dans l’ensemble, il ne semble pas y avoir trop de dommages si ce n’est sur le secteur de Tauriac et de Pugnac mais c’est à prendre avec des pincettes », résume Didier Gontier, le directeur de syndicat des Côtes de Bourg.

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Gel : le Médoc retient son souffle

Encore une fois, le Médoc n’est pas un et indivisible face au gel. Les terroirs proches de l’estuaire ont échappé au drame. Ce n’est pas la même musique au fur et à mesure que l’on entre dans les terres. Des propriétés du côté de Saint-Julien, Margaux et Listrac ont été touchées. Et la nuit prochaine s’annonce encore rude.

RAS du côté de Saint-Estèphe où le thermomètre est à peine descendu vers les 2 ou 3 degrés au-dessus de zéro. Ici, le gel n’est pas un sujet. Un peu plus bas, du côté de Pauillac, on semble avoir été également épargné. « Sur notre cru, on reste serein car la température la plus basse enregistrée au cœur de la nuit fut de 1,5 degré, l’effet rivière a beaucoup joué et le fait que le temps est très sec depuis plusieurs jours a permis de ne pas trop avoir d’humidité résiduelle », souligne Nicolas Glumineau, directeur général de Pichon Comtesse.

En allant vers le sud, au petit matin de ce 7 avril, on voyait davantage de bougies et d’éoliennes dans les vignobles. Sur la partie ouest de l’appellation de Saint-Julien, on déplore déjà des dégâts. « Nous avons été touchés, bien touchés. Les merlots ont dérouillé, ceux qui en étaient à la troisième feuille. Nous sommes descendus à -3. Il faut attendre pour donner des chiffres, il semble que les cabernets soient préservés », explique Frédéric Bonnafous, le directeur du Château Belgrave.

Non loin, à Margaux, la température a pu être encore plus froide, jusqu’à -4 dans les zones les plus fraîches. On s’inquiète surtout de la deuxième vague de froid qui est prévue pour la prochaine nuit. « Il a fait froid mais le temps est très sec, le point de rosée est très bas, ça peut nous sauver. Il y aura des dégâts, mais ce n’est pas complètement joué. on ne voit pas tout aussitôt, le souci est pour demain, on remet le couvert », confie Gonzague Lurton. La particularité cette année est que le froid est arrivé dès minuit et ce jusqu’à 8 heures du matin. Lucas Leclercq, qui préside aux destinées du Château Fourcas Dupré évoque 5 à 10 % de perte du côté de Listrac. Chacun est sur le pied de guerre pour la deuxième bataille.

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