Un poids lourd en Côtes de Bourg

Le PDG d’Inetum (entreprise dans le numérique qui pèse 2,3 milliards de CA), Vincent Rouaix, est tombé sous le charme du château Beaulieu dans les Côtes de Bourg. Les acteurs de l’appellation s’en félicitent d’autant, que le nouveau propriétaire se donnent quelques objectifs.

« On peut parler de coup de cœur, c’est une propriété qui bénéficie d’une belle situation géographique, la chartreuse est charmante. C’est une acquisition familiale. Je voulais qu’il y ait du potentiel pour le vin mais aussi que ce soit un lieu de vie. C’est plus prestigieux à Margaux mais c’est moins joli », explique Vincent Rouaix, qui a toujours été attiré par le Bordelais.
Originaire de Charente et millésime 1959, il fait ses études de Maths Sup-Maths Spé dans la capitale girondine suivi d’une école d’ingé. C’est à Paris que Vincent Rouaix écrit sa carrière professionnelle avec la création de sociétés dans le conseil puis dans l’informatique au début des années 1990. En 2006, il fusionne son entreprise avec l’entreprise Gfi avant de prendre la direction de l’ensemble en 2009. Le développement s’accélère dans les années suivantes pour atteindre 2,3 milliards de chiffre d’affaires. L’entreprise s’est étendue dans le monde avec un nouveau nom : Inetum.

« Je ne viens pas là pour végéter »

Parallèlement, Vincent Rouaix a passé ses vacances du côté de Pontaillac avec une passion certaine pour le vin. « J’ai toujours eu des copains qui travaillent dans le vin, comme les Gardinier qui possédaient le château Phélan Ségur. On allait voir Thierry Marx au restaurant de Cordeillan-Bages. Jai toujours eu dans un coin de ma tête l’idée d’acheter quelque chose », raconte-t-il. Vincent Rouaix regarde du côté de la Loire, du Languedoc, du Cognaçais mais se décide finalement pour le Bordelais, dans ce coin idyllique de la rive droite que forment les Côtes de Bourg. La belle chartreuse du château Beaulieu, qui compte 16 hectares de vignes appartenait à un Hollandais. Ni le vendeur, ni l’acheteur n’ont souhaité communiquer le prix qui avoisinerait selon nos sources les 2 millions d’euros.

Surtout, Vincent Rouaix veut faire monter la qualité des vins. « Les vins sont déjà très bons. Je fais venir le consultant Hubert de Boüard. On achète des amphores. Le vignoble est déjà en bio. Je change le packaging. Je veux en faire un outil rentable, c’est un vrai projet, je ne viens pas là pour végéter », souligne le nouveau propriétaire. Cette venue est évidemment une heureuse nouvelle pour l’appellation Côtes de Bourg. « L’arrivée de tels investisseurs va permettre à l’appellation de s’appuyer sur des forces individuelles, sur les stratégies qualitatives et environnementales de chaque exploitation, avec leurs réseaux, pour donner encore plus d’écho au positionnement de l’appellation », se réjouit le directeur du syndicat, Didier Gontier, avant d’ajouter : « Les Côtes de Bourg attirent pour la qualité du terroir et l’identité de cette appellation avec son environnement naturel qui en fait un lieu de vie très qualitatif. » Au sujet de l’attractivité, on ne dit mot du côté du syndicat, mais Clarence Grosdidier, dirigeant de CG Finance, serait le nouvel acquéreur du château de Barbe. À suivre…

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Les beaunes premiers crus de Louis Jadot

Pendant les Grands Jours de Bourgogne, la Maison Louis Jadot avait choisi cette année d’organiser une dégustation à Paris dans les locaux de l’agence Force4. L’occasion de faire découvrir plusieurs de ses beaunes premiers crus, appellation méconnue de la Côte d’Or, dans le millésime 2015.

« Le vignoble de Beaune n’a pas la réputation qu’il devrait avoir, regrette Thibault Gagey (photo ci-dessous), directeur général adjoint de la maison Louis Jadot. Il manque de notoriété car ce sont essentiellement des maisons qui sont propriétaires des vignes et qui ont de nombreuses appellations à mettre en avant. » Les Maisons possèdent en effet les trois quarts des vignes, (Bouchard Père & Fils, Drouhin, Chanson, la maison Jadot avec 25 hectares…) sans oublier Les Hospices de Beaune.
L’appellation Beaune, la plus grande de Côte d’Or en premiers crus, ne comporte pas moins de 42 climats sur environ 330 hectares, situés à l’ouest de la ville de Beaune, entre 225 et 340 mètres d’altitude, soit 70% du vignoble beaunois. « C’est beaucoup comparé aux peu de Beaune Villages restants, grignotés par la pression foncière et réduit à une centaine d’hectares ; c’est ce qui en fait un vignoble atypique [en général, 38 % de Villages en Bourgogne pour 10% de premiers crus]. Et dans un contexte de flambée des prix, elle reste très accessible. » L’AOC Beaune premier cru est produite à 85 % en rouge mais elle tend à blanchir, comme de nombreuses appellations bourguignonnes.

Le Clos des Ursules avant la Maison

La maison Louis Jadot a été créée en 1859 mais le négociant d’origine belge avait déjà acquis en 1826 le Clos des Ursules de 2,15 hectares avant d’acquérir d’autres vignes, passant de 15 à environ 200 hectares en propriété, et de devenir négociant-vinificateur-éleveur. Après avoir vendu la maison familiale en 1985 à leur importateur américain Kopf (via la société Kobrand), les Jadot ont gardé les 40 hectares de vignes familiales, toujours sous la conduite des Gagey, aujourd’hui la troisième génération avec Thibault qui a rejoint son père Pierre-Henry, président de la holding (environ 8 M de bouteilles produites par an). Les rouges premiers crus qui font partie des vins de garde bénéficient d’une vinification traditionnelle de 3-4 semaines à partir de vendanges éraflée avec pigeages quotidiens et élevage en barriques de 18 mois dont un tiers neuves. « Toutes les vignes de la Côte d’Or ont la même vinification et le même élevage pour mieux mettre en avant le climat » précise Thibault Gagey. La maison a démarré cette année la conversion bio pour les vignes en propriété avec une certification prévue en 2024.

Dégustation des premiers crus 2015

Beaune Aux Cras 2015 du Domaine Gagey
1 hectare sur la colline à 350 m d’altitude. De vieux pinots plantés dans les années 30 qui étaient les vignes du château de Gevre de M. Germain, exposées sud sud-est, classique en Cote d’or. La plus jeune parcelle dans les premiers crus des arômes de fruits rouges (fraises écrasées, framboises), des épices douces, juteux, très aromatique (51€)

Beaune Clos des Couchereaux 2015 du Domaine des Héritiers Louis Jadot
Une parcelle dans le premier cru Les Couchereaux, achetée au début du XXe au-dessus des Cras, 2,5 hectares plein sud à 250-300 m d’altitude. A la fois frais et solaire sur des fruits rouges très mûrs, fraise, griottes, quelques épices sur une trame ample, des tanins souples et de la fraîcheur sur la longueur (40€)

Beaune Les Avaux 2015 du Domaine Louis Jadot
Le début de la partie sud de Beaune, acheté au début des années 90 avec le domaine Champy revendu ensuite sans les vignes. Une quarantaine d’ares, plus bas en altitude, avec des sols plus riches et profonds. Un vin encore fermé mais vieillissant bien. Des arômes de fraises, griottes, légèrement épicés, un vin rond et croquant aux tanins encore un peu rugueux (36€)

Beaune Boucherottes 2015 du Domaine des Héritiers Louis Jadot
3 hectares au sud de Beaune à la frontière avec l’appellation Pommard (on y retrouve d’ailleurs un air de famille). Un sol dense sur des argiles gras. Un vin puissant, ample et opulent sur un nez de fruits rouges, prunes, griottes et pot pourri aux tanins tendus (40€)

Beaune 1er cru Clos des Ursules Monopole 2015 du Domaine des Héritiers Louis Jadot
La plus vieille parcelle de premiers crus, officiellement classée en premier cru depuis 10 ans. En milieu de coteaux est sud-est plantés en vignes de 80 ans pour les plus vieilles, au début des années 2000 pour les plus récentes sur la veine argilo-calcaire la plus qualitative. Le grand vin de Jadot et le plus équilibré et complet marie fruit, structure, richesse et précision. Des arômes de fruits rouges bien mûrs, une trame fine et minérale et des tanins présents mais enrobés. Le Clos est vinifié depuis 2013 par Frédéric Barnier qui a succédé à l’œnologue Jacques Lardière après 42 ans dans la maison Jadot (55€)

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Nouveau tandem à la cave de Crouseilles

Bénédicte Bibes a succédé il y a quelques mois comme directrice de la cave de Crouseilles (64) à Denis Degache, à ce poste pendant plus de 21 ans (et qui reste un vigneron adhérent). Elle forme désormais un tandem avec Paul Dabadie, devenu président début 2020, à la suite de Roland Podenas, dans cette fonction pendant plus de 15 ans.

C’est donc un jeune duo qui va conduire la cave du piémont pyrénéen en appellations Madiran et Pacherenc du Vic-Bilh, forte d’une centaine d’adhérents produisant en moyenne 40 000 hl par an. De formation ingénieur agronome et œnologue à Toulouse, Bénédicte Bibes a travaillé dans des structures coopératives telles que l’union Marrenon en Luberon pendant dix ans (650 producteurs) et Néotera près de Narbonne dans l’Aude (250 vignerons). C’est dire si elle est attachée aux valeurs de la coopération…

Vous avez toujours travaillé en coopérative ?
C’est un choix personnel ; j’en apprécie les valeurs et je m’y retrouve. J’ai à la fois l’expérience des vins d’appellations, plutôt rouges et rosés en syrah-grenache, et celle des vins de cépage du Languedoc en chardonnay, viognier, grenache, merlot, cabernet-sauvignon… J’aime travailler pour un ensemble de producteurs capables de faire de grands volumes standards et des petites sélections.

Comment percevez-vous la cave de Crouseilles, ses faiblesses et ses points forts ?
J’étais restée sur une image un peu rustique des vins de Madiran mais j’ai redécouvert des rouges et des tannats qui ont bien changé et je me refais le palais depuis quelques mois. J’ai apprécié la forte orientation de Crouseilles en matière d’environnement avec une labellisation HVE à 70% (80% pour le millésime 2021) et un passage vers le bio avec déjà deux vignerons certifiés, l’ancien président et le nouveau – c’est dire l’engagement –, et trois nouveaux en conversion, dont Denis Degache. Aujourd’hui, on ne produit qu’une cinquantaine d’hectolitres en bio mais d’ici 2024, on devrait atteindre 3 000 hl. C’est un vrai challenge ici car la plupart des viticulteurs sont en polyculture et passer en bio prend du temps car il faut obligatoirement convertir toute l’exploitation. Tandis qu’en Languedoc, on n’a mis qu’un an pour convaincre les vignerons en monoculture. Le pari est doublement courageux avec le climat du Sud-Ouest.

Avez-vous déjà établi une feuille de route ?
La cave vient de climatiser le chai de 600 barriques, de réorganiser et dynamiser l’œnotourisme avec un nouveau parcours sensoriel, un escape-game et une boutique entièrement réaménagée au château (les ventes directes pèsent 10% des ventes) et nous allons encore investir en cave, notamment dans des groupes de froid, et communiquer davantage pour attirer les visiteurs et les faire venir dans cette belle région. Cela dépend bien sûr de l’évolution du contexte. Une personne dédiée accompagne les groupes et les particuliers et travaille à une offre plus pointue pour les petits groupes, autour de la dégustation, sur des échappées dans les vignes… ce qui devrait permettre de monter en gamme. Pour les prochains mois, nous étudions un vrai changement de signature pour la cuvée Château et nous allons travailler sur un lifting des étiquettes.

Photo F.Hermine

Côté commercial, vous prévoyez également des changements ?
Nous réalisons la moitié de nos ventes en grande distribution et nous sommes en train de lancer pour ce circuit une nouvelle gamme Les Frondeurs dans les trois couleurs (madiran rouge, pacherenc blanc sec et béarn rosé) avec un packaging original, en bouteilles et bag-in-box. Mais nous voulons aussi recentrer nos efforts sur le circuit cavistes, d’abord dans le grand Sud-Ouest, et développer le e-commerce. Avec la suppression des festivals, nous avons eu une baisse de fréquentation au caveau, même si l’été n’a pas été trop mauvais mais nous n’avons pas rattrapé la perte de fréquentation des pèlerins et des skieurs. Nous espérons pouvoir mettre les bouchées doubles cet été en espérant que le festival Jazz in Marciac sera confirmé [a priori sur 12 jours au lieu de trois semaines et à fréquentation limitée]. Quant à l’export, c’est le groupe Plaimont dont nous faisons partie qui en a la charge.

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[Escapade Coteaux d’Aix] Château Revelette : la passion des élevages

À la limite septentrionale des Coteaux-d’Aix-en-Provence, au nord de l’agglomération aixoise, quelques domaines et une coopérative ont su valoriser les terroirs les plus froids de l’appellation, à l’abri du massif de Vautubière ou de la chaîne de la Trévaresse. Ici, les rouges ont su se faire une place au soleil. Démonstration en 6 étapes.

Retrouvez l’intégralité de cette Escapade dans le Terre de vins n°69, disponible sur notre kiosque digital.

Épisode 1 : Château Revelette

La passion des élevages
Il y a une trentaine d’années, Peter Fischer rêvait de vinifier de grands blancs en Bourgogne. Il le fera, mais en Provence, tout en prenant goût également aux rouges. « Ici, tout était à faire et il était facile de s’installer », reconnaît le vigneron d’origine allemande. Diplôme californien d’œnologue en poche, il travaille d’abord au laboratoire d’œnologie de Brignoles, où il apprend à connaître tous les terroirs. « À l’époque, toute la Provence était à vendre, à petits prix, et je venais d’une famille d’industriels avec des moyens. » Il tombe amoureux du château Revelette, sous le massif de Vautubière, de Sandra, la fille du propriétaire, et des 12 hectares au milieu des collines, dans une vallée froide à plus de 330 mètres d’altitude, bénéficiant de fortes amplitudes thermiques idéales pour les blancs. Aujourd’hui, le vignoble compte 27,5 hectares, dont 5 rachetés en 2014 à Esparron, en IGP Coteaux-du-Verdon. Dès 1990, il convertit le domaine en bio, s’essaye à la biodynamie hors certification et va être l’un des premiers à élaborer un vin sans soufre en 2001, à abandonner le collage, à vinifier en œufs béton, à jouer sur les longues macérations… Peter a refait la toiture de la belle bâtisse du XVIIe, construit son propre chai à barriques et beaucoup planté pendant trente ans. Aujourd’hui, il s’attache à remplacer les manquants dans ses vieilles vignes de carignan, de cabernet sauvignon et de grenache, plante encore syrah, carignan, counoise, grenache gris et carignan blanc « pour bénéficier de cépages tardifs au vu du réchauffement climatique », mais également pour transmettre à ses enfants, Clara et Hugo, qui prendront bientôt la relève et à qui Peter et Sandra ont déjà transmis le domaine. En attendant, il soigne toujours avec autant de passion l’élevage de ses vins, va goûter tous les jours entre cuves, œufs, foudres et barriques, de plus en plus accompagné par Clara. Il a fait connaître Jouques et ces beaux terroirs… avant de s’affranchir de l’appellation, notamment pour ses grands vins en monocépage, Le Grand Blanc en chardonnay (29 €), « la raison d’être de Revelette et ce qui [l]’a fait connaître », le Pur Grenache, le Pur Carignan (17,50 €). Il a néanmoins gardé une gamme « pas rebelle » dans les trois couleurs en Coteaux-d’Aix pour faire connaître cette interprétation septentrionale de l’AOP. Mais le vigneron au regard pétillant s’étonne toujours de la demande en rosé sur ces bouteilles, alors que son style et son ambition restent ancrés sur les rouges et les blancs vinifiés en levures indigènes et sans intrants, pour toujours « faire des vins vibrants ».

13490 Jouques
04 42 63 75 43 – Site internet

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