Omar Barbosa est le meilleur sommelier de Bordeaux

Son CV a de quoi impressionner ! Il est meilleur Sommelier du Mexique 2011, puis 2013. Il participe au Concours du Meilleur Sommelier du monde la même année, en arrivant à la 23e place sur une soixantaine de candidats en lice. Il arrive en France en 2016 pour un Master en économie du vin. Diplôme en poche, il fait un passage en tant que sommelier au restaurant le 7 à la Cité du vin de Bordeaux. Il est aujourd’hui Sommelier Responsable Accueil et Formation pour Barton & Guestier et meilleur Sommelier des Vins de Bordeaux 2024 depuis ce midi. 

Omar, comment se sont déroulées les épreuves?
Il y a eu une première épreuve écrite avec une quarantaine de questions théoriques autour des appellations des vins de Bordeaux, comme la nouvelle AOC Entre-deux-mers rouge, les démarches pour autoriser les médocs blancs, mais aussi sur le nouveau classement des vins de Saint-émilion, sur les démarches environnementales, les noms de certaines bactéries intervenants dans l’élevage etc … Autour de ça, des questions de culture générale le nom de l’appellation associée à des cuvées, des événements qui se font dans des lieux spécifiques du Bordelais, les noms importants du CIVB etc. Nous sommes passés ensuite sur une dégustation et description de deux vins rouges à l’aveugle, le tout en 10 minutes. J’ai su après que c’était un château Damel 2009 en Fronsac et un Lions de Batailley 2016 en appellation Pauillac. J’avais trouvé le Fronsac, mais le Batailley, il m’aurait fallu quelques minutes de plus.

 ©Artiste Associé

Vous avez remporté ces deux épreuves écrites, puis enchaîné sur les deux pratiques ?
Oui, la première était une dégustation d’un vin blanc. Il fallait être très attentif aux instructions. On nous a demandé de « décrire les arômes des vins, les sensations en bouche et d’identifier les vins ». Beaucoup de candidats, on décrit la partie visuelle, il fallait vraiment respecter la consigne, ni plus ni moins. Pour moi, c’était clair, c’était un Pessac-Léognan blanc, Grand Cru Classé, je me suis trompée sur l’année. Il s’agissait d’un château Olivier 2019. Majoritairement sauvignon blanc, assemblé au sémillon, un vin racé, typique de l’aop. Ensuite une autre épreuve avec un scénario. Six touristes arrivent dans le Bordelais et s’installent dans mon restaurant, ils veulent découvrir les vins de Bordeaux. Nous devions composer les accords mets et vins avec un menu imposé : gelée d’huître et caviar d’Aquitaine, Saint-Jacques sauce safranée, palombes aux cèpes du Médoc et en dessert un sabayon aux fruits exotiques et agrumes. J’ai proposé un crémant de Bordeaux en apéritif, un Entre-deux-mers pour l’entrée, un Pessac-Léognan, un Saint-émilion et pour terminer un Sauternes. Le plus important était de justifier nos choix, et de préciser le service (carafage, température..)

Pourquoi avoir participé à ce concours ? A-t-on encore des choses à prouver quand on est le déjà meilleur sommelier de son pays d’origine ?
Quel que soit le concours, c’est toujours une remise en question. Je crois que j’avais besoin de me donner une légitimée pour le métier que j’exerce actuellement. Je suis responsable formation et accueil au château Magnol, classé Cru Bourgeois. 50 % de mon métier, c’est de former les clients que nous recevons au château notamment aux vins de Bordeaux. Et puis les lots sont vraiment incroyables*.

Comment vous êtes-vous préparé ?
J’ai lu beaucoup, révisé encore plus. J’ai repris tous les classements, tous les grands noms du Bordelais, mais aussi tous ceux des plus petits domaines. J’ai aussi beaucoup dégusté en me fixant sur 3 mins pas plus, en écrivant le descriptif des vins pour me forcer à bien identifier les arômes, le millésime, le château, l’appellation, l’assemblage. J’ai beaucoup travaillé sur les différences entre rive droite et rive gauche (les arômes, les tanins…). Une fois que j’avais bien acquis cela, je me challengé à l’aveugle. Et enfin, je suis passé aussi par un passage à l’oral, pour bien décrire les vins en 4 mins à voix haute.

Quelle est la suite ?
Je passe en ce moment mon Master of Wine, je suis en première année, il y en a trois. J’aimerais bien candidater pour le concours des MOF sommelier ou pour devenir Meilleur Sommelier de France. J’ai vieilli, je gère mieux le stress et mes connaissances. Je me suis bien amélioré, donc pourquoi pas prétendre à nouveau, au titre de Meilleur Sommelier du monde en 2026 en tant que candidat mexicain ! 

* Un séjour pour une personne pour participer à Vinexpo Hong-Kong 2024 ou au Hong-Kong Wine and Dine Festival 2024 d’une valeur globale approximative de 2.600 € TTC

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Barons de Rothschild : la Champagne vue par les Médocains 

Alors que le champagne Barons de Rotschild lance le millésime 2013 de Rare Collection en blanc de blancs et en rosé, Philippe Sereys de Rotshchild à l’occasion d’un déjeuner au Royal Monceau s’est confié sur la vision très singulière qu’apporte cette famille du Médoc au champagne.

Lorsque Philippe Sereys de Rothschild nous raconte cette aventure, il a les yeux qui pétillent. Cette idée un peu folle de s’installer en Champagne en créant de toutes pièces une nouvelle maison est née en 2005 de l’envie des trois branches (Philippe avec Mouton-Rothschild, Benjamin et Ariane avec Château Clarke, Eric et sa fille Saskia avec Château Lafite-Rothschild) de se prouver qu’elles pouvaient construire un projet ensemble. « Nous souhaitions aussi découvrir autre chose. C’est un peu dans notre ADN. Mon grand-père s’était lancé dans la Nappa Valley, ma mère au Chili. » Mais attention, pas question de transformer cette entreprise en une énième filiale dans l’organigramme. Chaque membre devait être personnellement impliqué et toutes les décisions prises à l’unanimité. « Nous avons trois conseils par an. C’est déjà l’occasion de se retrouver et en général il se passe bien 25 minutes avant que l’on puisse démarrer la réunion. Ensuite, les discussions sont mouvementées parce que chacun a un avis bien tranché. Comme dirait Tolstoï, toutes les familles heureuses se ressemblent. Si vous avez une famille qui ne s’engueule pas, vous n’êtes pas dans la bonne ! » 

L’ambition n’est pas ici d’atteindre la taille des grandes marques historiques. « L’univers du champagne est déjà très structuré, nous ne trouverions pas notre place. L’idée est plutôt, justement, de rester un champagne de famille, très sélectif ». Un élitisme qui a conduit la bande de cousins à choisir la Côte des Blancs. « Le chardonnay est le cépage qui demande le plus d’élevage en Champagne. Évidemment, pour les Médocains que nous sommes, c’est une dimension qui nous intéressait ! »

Un nouvel écrin : la cuverie de Vertus et le bâtiment de stockage d’Oger
Cette culture du small is beautiful n’empêche pas les Rothschild de procéder à des investissements massifs. À la fois dans l’achat de vignes, mais aussi, récemment, dans la construction d’une cuverie à Vertus et d’un bâtiment dédié au vieillissement en bouteille à Oger. « Nous avons commencé à rapatrier les 2.800.000 flacons qui étaient répartis dans six sites différents à Vertus. Le nouveau bâtiment est de plain pied, semi-enterré ce qui permet de profiter de l’inertie thermique tandis que les 4500 m2 de panneaux photovoltaïques assurent 75% de l’électricité. » Sa construction étant ex-nihilo, elle n’a pas posé beaucoup de difficultés et l’ensemble sera opérationnel dès 2024. 

Il en va autrement de la nouvelle cuverie à Vertus. « Ce dernier chantier est une rénovation, celle d’un ancien bâtiment industriel du XIXe siècle, dont l’allure fait un peu penser à Zola et Germinal. Le défi consiste à poser des cuves au-dessus de caves très anciennes du XVIIe et XVIIIe siècle, sans que celles-ci ne s’effondrent sous leur poids. Voilà pourquoi nous avons fait appel à Giovanni Pace, un architecte qui a dû affronter des contraintes similaires sur le site de Pol Roger » Ce site intégrant une dimension hospitality, l’esthétique a été très soignée avec notamment une charpente en forme de coque de bateau renversée semblable à celle de Château l’Angelus. Même le bâtiment abritant les anciens bureaux du champagne Prieur a été conservé pour y installer le pressoir. Les trois étages ont été supprimés, tout en gardant les fenêtres.

Côtés vins, la Maison Barons de Rothschild présente cette année le second opus de Rare Collection, un blanc de blancs millésimé 2013 assemblant quatre grands crus, Cramant, Avize, Oger et le Mesnil.  Le chef de caves Guillaume Lété explique : « Nous cherchons à pousser le plus possible la maturité sur les raisins. Il s’agit ainsi de parcelles essentiellement exposées Sud, avec un travail très sélectif, puisque ce tirage ne représente que 10.000 bouteilles soit l’équivalent d’un hectare. » La Maison ne renie pas ses habitudes médocaines. Les chardonnays sont en effet élevés en cuve inox et en barrique sur lie fine jusqu’au mois de juillet suivant la vendange, ce qui est plutôt long en Champagne où le cœur des réflexions se focalise davantage sur le vieillissement sur lie en bouteille. « À l’époque, sur ces millésimes qui étaient encore assez froids, nous procédions encore à des bâtonnages pour remettre en suspension les lies et travailler un peu les vins sur la largeur. L’objectif était de balancer l’austérité et la minéralité de l’entrée de bouche. » Le résultat, c’est un champagne qui réussit à afficher une vraie personnalité tout en conservant une parfaite buvabilité, deux dimensions souvent contradictoires. On a en effet à la fois cette signature racée très crayeuse, très verticale et très saline et en même temps des arômes plus chaleureux de citron confit et d’amande un peu grillée qui rendent l’ensemble flatteur.

La Maison sort également ce 2013 en rosé, en ajoutant 8 % de vin rouge à cet assemblage de grands blancs. « Nous avons choisi des pinots noirs de Vertus. Avant de devenir un cru réputé pour les blancs, le village était célèbre pour ses noirs. Au XIXe siècle, il approvisionnait le Bassin parisien en vins rouges de table. Vertus a en effet suffisamment de profondeur de sol pour assumer une maturation un peu plus poussée, on peut aller extraire de la matière. Pour le reste, nous sommes allés chercher des raisins à Verzenay, au Nord de la Montagne, où les vins ont un côté plus direct. L’objectif de ce vin rouge est d’apporter un peu de puissance, de gourmandise et d’épice, mais sans contrer la minéralité des chardonnays. La salinité est par exemple encore perceptible. L’élaboration est à contre-courant de ce que nous pratiquons dans le Médoc. Nous opérons une macération préfermentaire à froid de 3 à 5 jours qui vise à extraire du fruit et de la couleur. Ensuite, nous basculons dans une macération alcoolique qui constitue une sorte d’infusion légère de 5 à 7 jours, où nous travaillons par remontage et où nous ne ne voulons surtout pas d’extraction des pellicules et des pépins, pour ne pas ajouter une structure tannique à notre base de chardonnay. » (Coffret blanc 310€, coffret rosé 390€)

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Hospices de Beaune : le coup de marteau est tombé

La vente aux enchères des Hospices de Beaune a eu lieu hier. Sans atteindre le record de 2022, les Bourguignons n’ont pas à rougir de son résultat, 23,8 millions d’euros qui viendront soutenir les hôpitaux et maisons de retraite de la ville.

À Beaune, le coup de marteau est tombé dimanche. Pour sa 163ème édition, la vente aux enchères caritative des Hospices, sans battre le record de l’année dernière (29 millions d’euros) a tout de même atteint la coquette somme de 23,8 millions d’euros, très loin au-dessus du record de 2018 (14 millions). Il faut rapporter tout cela aussi au nombre de fûts disponibles cette année, légèrement inférieur à celui des vendanges 2022. Une baisse surprenante compte tenu des rendements importants qui étaient attendus, mais qui s’explique par le tri qu’exigeait la qualité sanitaire plus hétérogène que l’année dernière. Les Bourguignons peuvent donc avoir le sourire. La star de cette vente est toujours « la pièce de charité » destinée à une cause particulière. Sur cette dernière, l’enchère a atteint 350.000 euros contre 810.000 l’année dernière. Cette somme sera reversée à la Fondation pour la recherche médicale et à l’Initiative pour la recherche sur la longévité en bonne santé. La première étant parrainée par Thierry Lhermite qui a animé avec talent la vente et la seconde par Michel Cymes qui était à ses côtés. Alors qu’en 2022 la cause était celle des enfants, en 2023, c’est celle du « bien vieillir » qui a été mise en avant, elle-même faisant écho évidemment à la capacité des grands vins de Bourgogne à traverser le temps.

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Domaine Jean Fery : le réveil d’une belle endormie

Ce Domaine historique de Bourgogne est resté plutôt hors des radars. Mais le patrimoine de vignes est exceptionnel et les objectifs sont ambitieux pour redonner tout son lustre à ce domaine familial.

Si le domaine Jean Fery est installé à Echevronne dans les Hautes Côtes, « l’arrière-côte » comme aiment l’appeler les Bourguignons, c’est que son histoire commence là-haut, dans ces paysages superbes et vallonnés bien plus séduisants que ceux de Côtes de Nuits et Côtes de Beaune. A l’époque, l’arrière-grand-père de Laurent et Frédéric Fery, 4ème génération aujourd’hui à la tête du domaine, se lance avec succès dans le commerce des petits fruits rouges. C’est lui qui achètera les premières vignes qui seront largement développées par ses enfants. Mais la figure la plus marquante sera celle de Jean-Louis, le père de Frédéric et Laurent qui investira une partie de sa fortune d’entrepreneur dans l’achat de vignes dans de très prestigieuses appellations. C’est ainsi que des 7 ha à son arrivée en 1989, le patrimoine viticole est passé a environ 33 ha aujourd’hui, au gré également de rachat de vignes d’une autre partie de la famille. Ce n’est pas moins d’une vingtaine d’appellations qui sont aujourd’hui vinifiées : Gevrey-Chambertin, Morey-Saint-Denis, Vougeot, Vosne-Romanée, Nuits-Saint-Georges, Pernand-Vergelesses, Savigny-lès-Beaune, Meursault, Puligny-Montrachet, Chassagne-Montrachet, Corton grand cru… de quoi avoir le tournis ! Toutefois, jusqu’à présent, la notoriété de ce domaine n’était pas très importante, les vins étant plutôt produits de manière traditionnelle et relativement standardisée. Il fallait donc donner une impulsion nouvelle.

Franchir l’Everest
Après plusieurs années à la direction technique du domaine, Laurence Danel a laissé sa place en début d’année à François Lécaillon. Passé par de belles maisons, notamment 4 ans au domaine de la Vougeraie puis 4 ans au domaine Armand Heitz, c’est avec beaucoup d’enthousiasme qu’il a accepté de relever le défi de la marche vers une plus grande qualité, confiant avec lucidité à Laurent : « on va monter l’Everest ensemble ». De nombreux chantiers devaient en effet être menés, qu’il s’agisse d’une réflexion sur l’enherbement des vignes, sur les rendements, sur les parcours de vinification jusqu’ici trop normés et peu individualisés. En seulement 6 mois, François s’est relevé les manches en repensant déjà l’organisation de la cuverie pour pouvoir renforcer l’approche parcellaire. Les contenants utilisés pour les élevages sont aussi repensés, les amphores en grès prenant doucement une part un peu plus importante. Les vins aujourd’hui plaisants, comme le Bourgogne Hautes Cotes de Beaune blanc, le Givry blanc ou bien encore le Sévigny les Beaune Sous la Cabotte rouge, vont pouvoir ainsi gagner en précision et en définition. L’ambition est là, l’énergie déployée par François est palpable avec des changements déjà mis en œuvre par exemple en intégrant davantage de vendanges entières en 2023 sur le Hauts Cotes de Nuits village Le Clos de Magny, terroir de grande qualité qui pourrait bien devenir l’un des fers de lance du domaine. A l’image du Savigny les Beaune 1er cru les Vergelesses blanc.

Affaire à suivre donc.

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Des Corréziens à Bordeaux : une histoire improbable

C’est à partir du canton de Meymac, en Haute-Corrèze, que naît, au milieu du XIXe, l’histoire de la vente des vins de Bordeaux par des Corréziens. Jean Gaye-Bordas fut sans doute le premier marchand véritablement audacieux. Une histoire improbable, qui n’aurait jamais dû être, mais qui a permis d’irriguer économiquement la Haute-Corrèze. 

L’aventure commence vers 1865-1866. Comme beaucoup de jeunes paysans du Limousin, Jean Gaye-Bordas descendait de la Haute-Corrèze pour pratiquer un métier saisonnier, dans une grande ville. Vendeur de parapluies ambulant à Bordeaux, mais corrézien, il devine qu’on peut vendre du vin de Bordeaux à des particuliers, dans le nord de la France et en Belgique. Il ne savait ni lire ni écrire, mais avait un esprit d’entreprise solide qui fut « vraisemblablement repéré par une maison de négoce bordelaise » explique Marcel Parinaud, auteur qui a beaucoup fouillé le sujet de ces corréziens aventuriers. « Vers 1870, avec Antoine Pécresse et deux autres habitants de Meymac, il fonde à Bordeaux une société de vente de vins et entreprend le démarchage à domicile ». En s’appuyant sur les maisons du négoce bordelais qui lui fournissent le vin, il propose la vente directe, sans dégustation, et un paiement différé une fois le vin livré, lors du 2ème passage , c’est-à-dire 6 mois après. Un peu plus tard, Jean Gaye-Bordas restera à Pauillac et enverra des corréziens vendre le vin. Pour un Belge ou un Lillois, Meymac, c’est à coté de Bordeaux. C’est ainsi que par commodité et sans doute à l’initiative des acheteurs plus que Jean Gaye-Bordas lui-même, Meymac-près-Bordeaux devient en quelque sorte un code postal pratique qui a participé à la légende. Mais il faut d’abord y voir « une histoire économique qui a eu un impact sur la Haute-Corrèze ». Jean Gaye-Bordas s’enrichit rapidement et achète vignobles et châteaux dans le bordelais à une époque où l’hectare de vigne n’était pas cher. Beaucoup l’imitèrent.

Un succès qui fait des émules
Dans les années 1900, une centaine de haut-corréziens pratiquèrent ce commerce lucratif. Une prospérité dont on peut encore voir les traces car ces corréziens, issus de la paysannerie représentent une nouvelle bourgeoisie et font construire dans leur village d’origine « un peu avant la guerre de 14-18, de belles maisons cossues qui ne rappellent pas le style des châteaux bordelais et qui restent de facture classique » précise Marcel Parinaud. L’auteur a redécouvert et exploité les archives de ces familles corréziennes pour reconstituer cette saga de la fin du 19ème et du 20ème  siècle, et dont les noms restent rattachés encore pour la place de Bordeaux à la Corrèze.

Les familles
Bordeaux n’a pas oublié les noms de ces familles qui ont réussi alors que le négoce existait déjà. Mais comme le dit Marcel Parinaud, en venant s’installer à Libourne ou à Bordeaux et en achetant des chais et des vignobles, « ils ont acheté un outil de travail ». Borie, propriétaire de Ducru Beaucaillou. Pécresse, jadis propriétaire du château Bellevue à Pauillac. Chassagnoux, il y a encore peu de temps, propriétaire du château Jean Voisin à Saint Emilion. Albert et Emilie Brunot pour le château Cantenac, Bourotte-Audy, qui possède à Pomerol le château du Clocher. Moueix, propriétaire actuellement de Taillefer à Pomerol mais surtout de Petrus. etc… « Mais aucun n’a oublié le pays ». Telle est l’aventure de ces corréziens : une aventure économique, familiale et sociologique. Une histoire improbable « qui n’aurait jamais dû exister ».

Pour mieux comprendre.  

l’Association des amis de Meymac-près-Bordeaux créée par Marcel Parinaud et présidée maintenant par Pierre Ouzoulias un ancien viticulteur-négociant corrézien.

Le musée réparti sur plusieurs sites, dont une salle d’exposition au pôle culturel de Meymac, en visite libre et ouverte toute l’année, avec un livret ou visite par QR code. Un musée pour lequel Pierre Ouzoulias a fourni un très beau matériel viticole.  

La vigne : à Meymac, composée de 150 pieds d’un cépage ancien (Estela di baco) qui sert à des vendanges tardives.

la maison de Jean Gaye-Bordas, à Meymac.

Le livre de Marcel Parinaud : « Meymac-près-Bordeaux, de la bruyère à la vigne ».

Le restaurant chez « Françoise Bleu » : à Meymac : cave fabuleuse !

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L’éco-pâturage dans les vignes : une pratique vertueuse

L’éco-pâturage semble gagner les faveurs des domaines viticoles depuis une décennie. Effet de mode ? Volonté de retisser le lien avec la nature ? Bénéfices réels ? Pour qui ? L’idée d’introduire des moutons ou des brebis (voire même des oies ou des cochons nains ) entre les rangs de vignes gagne du terrain. Viticulteur ou berger chacun y trouve son compte.

Le passage du troupeau maintient l’herbe rase et contient la pousse d’espèces indésirables. Au château Gruaud Larose (second grand cru classé en 1855 à Saint Julien) « c’est une centaine de brebis, de races rustiques, qui pâturent sur les 77 hectares de vignes et dans la peupleraie. Nous mettons à disposition des parcs de nuit et un bâtiment pour les agnelages » dit Virginie Sallette, la directrice technique. Miguel Aguirre, le directeur de la Tour Blanche (1er Grand Cru classé en 1855 à Bommes) indique que le pâturage permet « d’augmenter la matière organique sur les sols ». Les déjections favorisent aussi « un rééquilibrage du peuplement végétal par un re-semis » ajoute Virginie Sallette. Ce pâturage permet d’éviter un désherbage coûteux avec un engin lourd qui tasse les sols. 

Quant au berger, il voit dans ces pâturages une ressource alimentaire riche et facile d’accès qui l’affranchit du souci de posséder du foncier pour son troupeau. Il va ainsi, dans un rayon d’action court, amener son troupeau de domaines en châteaux et, une fois sa mission accomplie, fera stationner son troupeau entre avril et novembre dans un château qui aura des prairies à disposition : une base en quelque sorte. Car la période de pâturage dans le vignoble s’étale de novembre (fin des vendanges) à début avril (avant le débourrement). 

Quelques contraintes techniques
Plusieurs options s’offrent au propriétaire viticole : soit constituer son propre troupeau, soit s’en remettre à un berger prestataire de services qui, dans la plupart des cas, facturera ses interventions. Des accords verbaux sont fréquents, surtout lorsqu’il y a une bonne entente, mais dans notre monde où le juridique est une donnée montante, la contractualisation semble utile : un exemple de convention existe.

Dans tous les cas, il faudra s’assurer de la possibilité de surveiller le troupeau en installant des filets ou une clôture électrique mobile. Il faut également prévoir un enclos pour les nuits et souvent un hébergement pour le berger itinérant. 

Quant au couvert végétal celui-ci est naturel ou semé. Dans ce dernier cas, on veillera à signaler au berger une forte présence de légumineuses afin de limiter les risques d’indigestion. Le berger sera également sensible aux traitements de la vigne. Il préfèrera faire entrer son troupeau dans les vignobles 8 à 10 jours après un traitement au cuivre et, de préférence, après un épisode pluvieux qui nettoie la vigne. Dans tous les cas, il privilégiera un domaine bio, et, à minima, une conduite raisonnée. 

Une philosophie plus qu’un système économique ?
Au château Poncié (Fleurie, Beaujolais) le choix a été fait de posséder un troupeau de 13 brebis qui contribuent à  la maitrise de l’enherbement mais ne suffisent pas pour traiter tout le vignoble de 35 hectares. M Lachaux, le nouveau chef de culture, justifie ce choix : « Nous avons un domaine qui fait 100 ha avec des près et des bois. Nous souhaitons valoriser tous ces espaces. On ne le fait pas pour développer le business. On aime plutôt l’idée de diversité ». Virginie Sallette va dans ce sens : « l’éco pâturage n’a d’intérêt que s’il fait partie d’une philosophie globale. Le bénéfice est impalpable, de l’ordre du ressenti. Nous avons une vraie responsabilité vis-à-vis de l’environnement avec lequel on a une intimité ». 

Le berger a, avec ces pâturages, une ressource gratuite. Mais, parce qu’elle correspond aux attentes du consommateur qui est sensible aux liens retissés avec la nature, la vision d’un troupeau pâturant dans les vignes participe à la bonne image des châteaux. 

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Habits de lumière en Champagne, les 7 coups de cœur de Terre de vins

Les 8, 9 et 10 décembre, la célèbre avenue de champagne à Epernay se pare de ses plus beaux atours pour la 23ème édition des Habits de lumière. Près de 60 000 personnes sont attendues pour assister aux animations festives de la Ville et des maisons de champagne. Voici une sélection non exhaustive des propositions artistiques, effervescentes et culinaires.

Un spectacle aquatique pour les 280 ans de Moët & Chandon 

La plus célèbre maison de champagne souffle ses bougies depuis le début de l’année. Elle ne pouvait rater une nouvelle occasion de fêter en public les 280 ans de sa naissance. Vendredi et samedi soir, les amateurs pourront entrer dans les Jardins à la française de l’Orangerie afin de profiter d’un spectacle aquatique spécialement conçu pour l’événement. 
Vendredi 8 et samedi 9 à 19h au 9 bis, av. de Champagne

©Moët & Chandon

La « british touch » de Pol Roger

Les Habits de lumière sont l’unique possibilité pour le grand public d’entrer un peu dans l’univers feutré de la maison familiale Pol Roger, qui n’ouvre pas ses caves aux visites. Marque de champagne favorite de Sir Winston Churchill, la maison innove cette année pour l’événement sparnacien en illuminant ses murs de projections rappelant à la fois son identité et son attachement au marché britannique, le tout premier de la maison. Le groupe de jazz champenois Olivia Begyn animera les deux soirées. Plusieurs cuvées seront proposées à la dégustation.
Vendredi et samedi à partir de 17h30, au n° 34

©MKB

À noter qu’à partir de 19h les deux soirs, comme en 2022, une « silent disco » se tiendra cour Pol Roger, au numéro 32. Il s’agit d’une discothèque silencieuse à ciel ouvert, chacun écoutant la musique dans un casque audio.

La féerie naturelle de Perrier-Jouët

Voilà une autre maison de champagne qui n’ouvre pas ses caves au grand public, mais qui se rend plus accessible depuis l’ouverture d’une boutique en 2019 et l’aménagement de la cour du n° 24 en 2021. Les illuminations ont cette année pour thème « Fill you world with wonder », du nom de la nouvelle campagne de la marque. Très végétale, à l’image de la cuvée Belle Epoque, inspirée du nouveau film manifeste réalisé par le Japonais Show Yanagisawa, elle met en scène l’actrice française Mélanie Laurent. Ces espaces seront également accessibles le dimanche.
Boutique ouverte de 12h à 18h, Cellier Belle Epoque (bar et cour), de 18h et 23h les vendredi et samedi, de 11h à 15h le dimanche.

©Ville d’Epernay

La gourmandise étoilée des Habits de saveurs

Moment incontournable, les Habits de saveurs démontrent le savoir-faire des chefs étoilés régionaux. Sous les yeux des visiteurs, ils cuisineront des accords mets et champagnes, tirés au sort. Le moment est d’autant plus exceptionnel que le résultat est offert au public ! Cette année, parmi les associations à faire saliver, Kazuyuki Tanaka, chef du restaurant Racine à Reims, mariera un mets au champagne de Castellane. Jérôme Feck de l’hôtel L’Angleterre à Châlons-en-Champagne concoctera un plat en accord avec le champagne Mercier. Les amateurs pourront aussi déguster la proposition culinaire de Benjamin Andreux, chef du Millénaire à Reims avec le champagne Esterlin.
Samedi 9 de 9h à 12h30

Chef du Racine ©Ville d’Epernay

Des vidéo-mapping oniriques

Véritables voyages dans l’imaginaire, les vidéo mapping représentent l’un des atouts festifs majeurs des Habits de lumière. Toutes les quinze minutes, la façade de l’hôtel de ville (n° 7 bis) dévoilera « Flora noctis », une création de Graphics eMotion, un univers de mondes végétaux abstraits racontant le cycle de vie d’une plante. Au n° 38, la façade la villa rose sera le théâtre de « Jardin de nuit », un ballet d’oiseaux, d’insectes et de papillons monarques s’échappant de tableaux conçus par Alexandre Bourgeois et Marie-Jeanne Gauthé, en partenariat avec la ville d’Epinal. Sans oublier une projection sur la tour de Castellane, encore tenu secrète.
Vendredi et samedi à partir de 19h

©Ville d’Epernay

Un atelier d’accord mets et vins

Avant d’aller s’extasier devant les animations festives, de danser et de déguster dans les cours des maisons de champagne, les Habits de lumière invitent les amateurs à s’initier aux accords mets et vins. Franck Wolfert, formateur en dégustation, et son fils Martin animeront quatre ateliers de façon ludique dans les salons de l’hôtel de ville. Le matin, Franck Wolfert dédicacera son nouvel ouvrage « Le langage des champagnes » à 11h.
Séances samedi à 14h, 15h, 16h et 17h. Gratuit dans la limite des places disponibles. Réservations à partir du 27/11 dès 10h à l’office de tourisme d’Epernay au 0326533300.

Le bon plan pour le feu d’artifice chez Elodie D.

Visible depuis toute l’avenue de champagne, l’annuel et l’indispensable spectacle pyrotechnique proposé par Eurodrop sera de nouveau tiré depuis les vignes Mercier les deux soirs à 20h30. Situé en face du champagne Mercier, le champagne Elodie D., offrira une prestation unique : profiter du spectacle sous un chapiteau chauffé en dégustant le menu spécial mitonné par le chef Romain Boiroux, installé dans la maison depuis quelques semaines pour l’activité hôtelière. 

Menu entrée, plat et dessert à 45 euros, coupe de champagne incluse. Aux n° 71 et 73.

©Ville d’Epernay

Programme complet sur habitsdelumiere.epernay.fr

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Beaujolais Nouveau : carte d’identité

Chaque année, le Beaujolais Nouveau réveille des débats parfois passionnés sur ce qu’il est, comment il est fait, est-ce vraiment du vin, est-ce qu’il se garde, d’où vient-il… Afin de pouvoir briller ce week-end lors des dégustations du primeur 2023, voici un petit récap’ de ce qu’il faut savoir sur le meilleur ami de novembre.

Identité
Le terme de « nouveau » fait référence à « primeur », c’est-à-dire à un processus de vinification particulier. Vendangé en septembre et mis en bouteille en novembre, les vignerons disposent d’un délai extrêmement court pour littéralement faire du vin. La signature de ces vins : du gamay bien évidemment, cépage rouge du Beaujolais, vinifié selon la méthode de la macération carbonique (consistant à mettre en cuve les raisins entiers et ajouter du CO2 pour une fermentation à l’intérieur des baies). Les arômes primaires du gamay, associés à la macération carbonique, s’expriment pleinement sur ces notes de fruits, voire florales et/ou d’épices (en fonction du millésime et du terroir, car les Nouveaux peuvent être produits sur l’ensemble du Beaujolais et Beaujolais Villages). Pour découvrir les secrets du nouveau, les comptes Facebook, Instagram, YouTube et X des Beaujolais Nouveaux vous plongent dans son élaboration.

Pourquoi le 3è jeudi de novembre ?
En 1946,  l’Union Viticole du Beaujolais qui demande une exception de commercialisation, pour « sortir » des vins en primeur, donc avant la date officielle (mais le Beaujolais ici n’a rien inventé : le vin primeur existe depuis la nuit des temps). Autorisation accordée en 1951 par l’administration fiscale, qui concerne d’ailleurs d’autres vignobles que le Beaujolais, comme les côtes-du-rhône, Gaillac, ou encore certains vins bourguignons. Né plutôt dans la discrétion, la suite de l’histoire a emmené les Beaujolais Nouveaux vers des sommets mémorables, que ce soit les bains de primeur pris par les Japonais ou les agapes des grands chefs et vignerons (dont Paul Bocuse, grand amateur de Beaujolais et grand ami de Georges Duboeuf), qui surent incarner l’esprit festif et convivial qui prévaut à cet événement et à ce profil de vin.

Vin ou jus ?
Les deux. Techniquement, c’est évidemment du vin. Qui d’ailleurs peut tout à fait se garder quelques années (jusqu’à 5 ans globalement pour les millésimes et terroirs qui s’y prêtent). Mais force est de constater que ce que l’on aime dans le nouveau, c’est le fameux côté « glouglou », néologisme vineux qui explose ces derniers temps pour désigner un vin sur la légèreté, la fluidité, un degré d’alcool peu élevé, un côté fruité et/ou floral prononcé, bref, tout ce qu’aurait détesté nos grands-parents (sauf dans un jus de fruit), mais que les consommateurs d’aujourd’hui ont tendance à privilégier fortement.

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Qui sera le Meilleur Sommelier des Vins de Bordeaux ?

Piloté par l’Interprofession du Vin de Bordeaux (CIVB), le Concours National de Sommellerie des Vins de Bordeaux vise à sensibiliser les professionnels des métiers de bouche aux vins de Bordeaux et au métier de sommelier, par une mise à l’épreuve des connaissances théoriques et pratiques sur les vins de la région.

Ouvert aux professionnels de la restauration (serveurs, chefs de rang, sommeliers, maîtres d’hôtel) et aux étudiants en dernière année de sommellerie ou mention sommellerie, neuf candidats sont en lice cette année.

Brice BEUZEVILLE-LOISEAU – Restaurant Ressources (Gironde)

Richard LAOUÉ – M’ Le Vin (Gironde)

Tangui RICHARDSON – Cent33 (Gironde)

Angéline PERNIN – Anciennement Hôtel Marinca & Spa 5 étoiles (Gironde)

Nathalie BOIS – Le Quatrième Mur (Gironde)

Fiona BARDON – Château des Vigiers, Restaurant Les Fresques 1 étoile (Gironde)

Maxime PLESSARD – Le Métropolitain (Gironde)

William RIQUET – Consonance, bar à accords mets et vins (Gironde)

Omar BARBOSA – Barton & Guestier – Château Magnol (Gironde)

Ils seront juger sur leurs compétences avec une série de questions sur les vins de Bordeaux, puis une dégustation à l’aveugle. Les six candidats ayant obtenu le plus de points lors des deux parties de cette épreuve théorique, seront qualifiés pour l’épreuve pratique de reconnaissance du vin et de commentaires de dégustation.

Six membres du jury
« Les sommeliers restent les meilleurs ambassadeurs des vins de Bordeaux en présentant tous les jours nos vins à leurs clients », témoignait Christophe Château, directeur de la communication du CIVB lors du concours en 2022. Cette année, le jury est composé de six professionnels du vins.

LANGLADE Françoise – Œnologue de Bordeaux

OLLIVIER Jean-Christophe – Maître Sommelier de l’Union de la Sommellerie Française

LATOUR Nicole – Sommelière

CRASSAT Jean-Luc – Maître Sommelier

MAZEYRIE Thomas – Chef sommelier au restaurant de Ha(a)ïtza au Pyla sur Mer

TISSIER Nicolas – Futur président des Sommeliers Bordeaux Aquitaine

Rendez-vous ce lundi 20 novembre pour découvrir qui, sera le lauréat du Concours National de Sommellerie des Vins de Bordeaux 2023.

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Château Beauséjour : le temps des travaux

Véritable pépite de Saint-Emilion, cette propriété a été rachetée en 2021 par la famille Courtin, propriétaire du groupe Clarins. 2 ans et demi plus tard, des travaux vont être initiés pour doter le château d’outils encore plus performants.

Le rachat du château Beauséjour (héritier Duffau-Lagarrosse) en 2021 fut assurément l’un des évènements phare de l’année 2021 dans le Bordelais, suscitant des réactions parfois houleuses à Saint-Emilion. Depuis, les choses se sont quelque peu apaisées et Joséphine Duffau-Lagarrosse, à la tête de l’ancienne propriété de sa famille, a pu prendre le temps nécessaire pour imaginer l’avenir. C’est donc avec impatience mais non sans crainte qu’elle évoque le démarrage en décembre prochain des travaux de la cuverie. Et contrairement à certains voisins qui ont choisi de créer des installations majestueuses, s’accompagnant généralement de gestes architecturaux forts, c’est plutôt la discrétion qui préside ici. Si le bâtiment de la cuverie va être conservé, l’ensemble des 9 cuves existantes va être détruit. Celles-ci avaient été créées à la suite de la définition des différentes parcelles sur les 6,8 hectares du vignoble de ce premier grand cru classé par les grands-parents de Joséphine. Du parcellaire, déjà à l’époque, pour une propriété où « la chimie n’a jamais eu sa place » précise Joséphine. Cette dernière souhaite aller encore plus loin et pouvoir gérer de l’intra-parcellaire. 15 cuves en béton vont donc remplacer les précédentes, de rapport 1 pour 1 c’est-à-dire aussi hautes que larges. Les plus petites ne feront que 32 Hl pour pouvoir gérer au plus juste chaque parcelle selon ses spécificités. Un investissement financé entièrement par le domaine et non par un apport supplémentaire d’argent de la famille Courtin.

Un avenir prometteur
Cette nouvelle cuverie accompagne évidemment d’autres investissements, notamment au vignoble. « Nous avons replanté 30 ares de cabernet franc avec notre sélection massale ainsi que 20 ares de merlot. Pour celui-ci, nous souhaitons aussi réaliser à l’avenir une massale à partir de nos vieilles vignes datant d’avant les années 1970 » confie Joséphine. Si le merlot demeure très largement majoritaire dans le vin, le cabernet franc prend une part croissante, avec pas moins de 27% dans le 2021, premier millésime réalisé par Joséphine qui ne souhaite toutefois pas qu’il « représente plus que 30% pour ne pas prendre le dessus dans le vin ». Et force est de constater que la qualité de ce vin est particulièrement prometteuse. Il séduit déjà par son fruité d’une grande précision, une plénitude de matière structurée par une empreinte calcaire identitaire. Un vin qui n’est pas sans rappeler l’excellent 2001 d’une race superbe, offrant aujourd’hui de très belles notes truffées et de sous-bois associant matière et élégance ainsi qu’un boisé hyper fondu. « C’est comme cela que j’aimerais que mes vins vieillissent » confie Joséphine. Nul doute qu’avec la nouvelle cuverie, les vins devraient passer encore un pallier et atteindre un très haut niveau. L’avenir s’annonce radieux pour le château Beauséjour.

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