Côtes du Rhône blanc : Bécassonne 2021 du Domaine Les Cailloux – André Brunel

Les Cailloux – André Brunel fait partie de ces domaines châteaunevois bien ancrés dans le vignoble depuis des décennies, voire des siècles. Au XVIIe, l’achat d’une parcelle de vigne au nord de l’appellation est acté auprès de l’évêque d’Avignon.

C’est sous l’impulsion d’André Brunel que l’exploitation va aborder sa mue. Il développe la bouteille et créé la cuvée Centenaire en 1989. Un 100 % grenache, issu de très vieilles vignes de 125 ans. Vinifiée uniquement sur les grands millésimes, c’est un must dans le club très restreint des supers cuvées de Châteauneuf-du-Pape, où l’on retrouve la cuvée Hommage à Jacques Perrin du Château de Beaucastel et la cuvée du Papet du Clos Mont-Olivet.

Son fils Fabrice suit cette lignée d’entrepreneurs. Il construit une nouvelle cave bénéficiant des dernières technologies permettant de réduire l’empreinte carbone. Elle favorise des vinifications parcellaires plus précises, pour les 20 hectares de Châteauneuf-du-Pape, 50 de Côtes du Rhône et 30 de Vin de France.

La cuvée Bécassonne 2021 (12€) est un assemblage de roussanne (50%), grenache (30%) et clairette (20%) qui poussent du côté de Bédarrides sur un coteau argileux, au sous-sol calcaire exposé à l’est et protégé des brûlures du soleil couchant par une forêt de pins. Récoltés manuellement, les raisins sont vinifiés et élevés 6 mois en cuve béton.

Place à la fraîcheur et au cocktail d’agrumes, de pomme verte où pointent l’acacia, le tilleul dans les premiers signes d’évolution. Un vrai festival propulsé sur une bouche joyeusement enrobée où les zestes cisèlent une finale saline. Pour un déjeuner gourmand, elle s’acoquinera à des moules marinières.

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Les Vignobles Austruy fêtent les 10 ans de leur Quinta da Côrte

Philippe Austruy, propriétaire de la commanderie de Peyrassol, du château Malescasse et de Tenuta Casenuove, a métamorphosé en une décennie la Quinta de la vallée du Douro avec la collaboration de Stéphane Derenoncourt pour les vins.

Philippe Austruy est arrivé presque par hasard dans la vallée du Douro. Cet acteur majeur dans le secteur de la santé cherchait il y a dix ans à construire une maison de retraite au Portugal. Il rencontre un jour José, propriétaire d’un vignoble près de Pinhão, à 2h de route de Porto, qu’il souhaite vendre. « J’ai demandé à Stéphane Derenoncourt qui travaillait déjà sur mes propriétés de Peyrassol en Provence et Malescasse en Haut-Médoc, de venir voir l’endroit avec moi, raconte Philippe Austruy. On est tombé littéralement amoureux de l’endroit. Après le premier émerveillement dans ce paysage magnifique, Stéphane s’est baladé dans les vignes, a goûté la terre et ce schiste que l’on ne trouve quasiment nulle part ailleurs et en a vu tout de suite le potentiel mais il fallait restaurer et restructurer les vignes en mauvais état et la Quinta, dans son jus. Tout était à refaire et on est parti pour neuf ans de travaux ».

P. Austruy et S. Derenoncourt ©F. Hermine

Renaissance des portos, naissance des vins
La Quinta da Côrte avec ses 25 hectares de vignes et cinq d’oliviers est confiée aux bons soins de la vigneronne Marta Casanova avec la collaboration, côté vins tranquilles, de Stéphane Derenoncourt et de son équipe. L’œnologue consultant se souvient aussi de sa première rencontre avec « cet endroit  incroyable, sans doute le plus beau vignoble du monde mais avec des parcelles peu homogènes et compliquées à travailler, qu’il a fallu rééquilibrer. Je savais que ça allait prendre du temps mais que l’on pouvait arriver à faire des grands vins identitaires en gardant les cépages locaux et je voulais devenir l’ambassadeur de ce schiste. Le plus difficile ici est de combattre le soleil et de garder du minéral dans les vins. Après dix ans, je pense que nous sommes arrivés à faire des vins aériens, fruités, floraux et épicés ». 

Du temps des familles Pacheco & Irmaos, les précédents propriétaires, la Quinta produisait surtout du raisin et quelques lots de vins de porto vendus aux grandes maisons telles Delaforce, Croft, Taylor’s, Ramos Pinto. Elle élabore désormais ses propres portos en single quinta, et des vins tranquilles, d’abord en rouges à base principalement de touriga nacional, touriga franca et tinta cao, et depuis le millésime 2019, un Côrte blanc à partir de viosinho. 

Des travaux titanesques
Pour fêter les 10 ans de la Quinta, Stéphane et Marta ont isolé à partir de la belle vendange 2021 un lot exceptionnel pour produire un très grand rouge, le TNX (traduire Touriga Nacional sur Schistes) élevé 16 mois en barriques de 500 l. (650 bouteilles). Une expression épurée alliant puissance et élégance pour un vin frais et minéral sur des notes de fruits noirs, de graphite, eucalyptus, poivre et des tanins enrobés. 

©F. Hermine

Ces grands vins ont bénéficié de lourds investissements. Philippe Austruy tout en faisant restaurer et moderniser la cave à portos a initié la construction d’une nouvelle cave pour les tranquilles. Un chai ultra contemporain sur trois niveaux avec une vue panoramique sur la vallée du Douro, confié à l’architecte designer Pierre Yovanovitch. « Il a nécessité des travaux titanesques pendant 4-5 ans car il a fallu creuser dans la colline à une profondeur de près de 20 m pour un fonctionnement par gravité », précise Stéphane Derenoncourt. Tout est jeux d’ombres et de lumières dans ce chai en schiste, bois et béton, avec ses vastes volumes, son escalier majestueux, ses voûtes croisées d’ogives blanchies à la chaux, la salle de dégustation avec sa grande table en béton bleue, ses canapés en chêne massif…

Œnotourisme entre art et vin
En parallèle, Philippe Austruy a également confié à Yovanovitch la restauration de la ferme du XIXe qui propose désormais une douzaine de chambres d’hôtes. « Je voulais à la fois de grands vins, un espace de dégustation et un habitat touristique pour accueillir les visiteurs et les amateurs de vins dans un lieu magique marqué par l’authenticité et dans le respect de la tradition de la région, un lieu à la fois simple et raffiné, spectaculaire et fonctionnel, offrant une expérience unique » commente Philippe Austruy. A l’intérieur, de nombreuses œuvres d’art, notamment une lampe suspendue signée par le maitre verrier Matteo Gonet, une grande table en bois dessinée par la céramiste Laura Carlin. Une mosaïque, un assemblage pourrait-on dire, de meubles chinés, d’antiquités portugaises, d’œuvres d’art du XXe siècle et de créations originales au résultat éblouissant. Sur la magnifique terrasse qui embrasse le paysage classé patrimoine mondial de l’Unesco, une table d’hôtes sous les arbres. Sur un promontoire un peu plus haut, une piscine intégrée dans le schiste.

Alors que les travaux en vignes, en chais et à la ferme sont quasiment terminés, Philippe Austruy annonce de nouveaux projets. Après avoir racheté le bar du village de Vanlença do Douro perché au-dessus de la quinta, il envisage d’en faire un restaurant. Il projette également de créer une « université de la conduite de la charrue » : « Nous allons acheter chevaux et charrues pour former des jeunes à ce travail en voie de disparition. La majorité des terrasses doit être travaillée au cheval afin de ne pas détruire les restanques pour faire passer des tracteurs, Nous allons donc installer une écurie dans le village et les aider à créer leur entreprise en tant que prestataire pour le travail de la terre ». De quoi occuper les prochaines années.


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Val de Loire 2030 : feuille de route bien remplie

Adaptation au changement climatique, gestion des maladies de la vigne et stabilisation des marchés sont les points clefs du plan de filière Val de Loire 2030.

Suite à la tenue des Etats généraux de l’alimentation lancés en 2017, les organisations professionnelles viticoles du Val de Loire ont été les premières à s’engager dans un plan de filière régional dénommé Val de Loire 2030, la feuille de route stratégique pour la filière qui doit accélérer sa mise en mouvement face aux grandes mutations en cours. Au cœur des vendanges, le préfet de région Pays de la Loire et préfet de bassin Val de Loire-Centre, Fabrice Rigoulet-Roze, s’est rendu dans le Saumurois pour rencontrer les élus d’InterLoire et de la filière viticole afin d’échanger sur les problématiques et grandes orientations du Plan filière 2030. La vision stratégique du vignoble de demain a pour objectifs de créer de la valeur pour les vins du Val de Loire sur l’ensemble des marchés en France et à l’export, monter en gamme, s’inscrire dans le territoire dans le respect de l’environnement et revendiquer collectivement son identité ligérienne. 

Lutter contre les maladies 
Les parcelles de vignes en friche dans le Val de Loire représentent un réel problème sanitaire car elles sont propices à la propagation des maladies dont la flavescence dorée, la jaunisse, le mildiou etc. Les membres de l’interprofession demandent un arrachage sanitaire préventif dans l’ensemble des départements, qu’ils soient concernés par la flavescence dorée ou non. Suite au Conseil de Bassin du lundi 19 Juin, un travail d’identification et de qualification de ces friches est en cours par la Confédération des vignerons du val de Loire (CVVL), avec les Chambres régionales d’agriculture et les Fédérations viticoles : 350 hectares seraient concernés.

En ce qui concerne la flavescence dorée, les membres de la commission technique d’Interloire ont fait expertiser l’impact du traitement à l’eau chaude. Ils ont confirmé que c’était un outil efficace pour lutter contre cette maladie car il garantissait la plantation de matériel végétal sain. Un état des lieux précis des capacités des pépiniéristes et une expression de leurs besoins de mise en œuvre (manque d’équipement, coût global machines et plantation, apprentissage nécessaire) est en cours de construction. La CVVL et les pépiniéristes souhaitent atteindre le 100% de matériel végétal traité à l’eau chaude d’ici 3 ans. 

Optimiser la gestion de l’eau 
Dans une filière réputée consommatrice d’eau, la 3ème région de vins d’appellation de France souhaite consolider la connaissance fine des besoins en eau de la filière, identifier les optimisations envisageables (plans d’hygiène, pratiques, outils, recyclage…) et explorer les innovations possibles notamment au chai. L’interprofession souhaite que le sujet s’inscrive dans l’agenda des travaux du collectif en lien avec les Chambres d’agriculture ainsi que les services des régions Pays de la Loire et Centre Val-de-Loire. 

Parmi les mesures fortes, le plan comprend le développement d’outils de connaissance pour un pilotage efficace de l’adaptation nécessaire aux évolutions du climat. L’amélioration de la connaissance des zones viticoles est priorisée, avec notamment l’objectif de cartographier les sols viticoles : en 2023, 58 900 ha du vignoble du périmètre d’InterLoire seront cartographiés, soit 89% de l’objectif 2030. « Nous disposons d’outils de plus en plus précis pour imaginer le vignoble de demain : le bilan hydrique journalier à la parcelle, l’Atlas Agroclimatique indiquant l’évolution d’indicateurs spécifiques aux cépages ligériens, la cartographie des équipements antigels, la plateforme météo dédiée aux données observées et prévisionnelles, le zonage climatique des AOP à échelle fine, … » explique Olivier Brault, président de la commission technique d’Interloire. 

Une dynamique collective pour stabiliser les marchés 
Cette rencontre a permis de présenter le travail fait par les membres de l’interprofession pour apporter des solutions concrètes aux opérateurs en matière de gestion des marchés : mise en œuvre volontariste des réserves interprofessionnelles, engagement fort des vignerons et négociants en faveur de la contractualisation. Pour faciliter les démarches réglementaires, un guichet unique doit rassembler tous les dispositifs déclaratifs des professionnels. 

« Cette visite a été très instructive, permettant de partager les enjeux de la filière, filière importante pour notre économie. Ces temps d’échanges sont très importants pour poser les difficultés rencontrées afin de construire collectivement les solutions adéquates. La filière pourra toujours compter sur notre soutien et la forte mobilisation des services de l’Etat », commente Fabrice Rigoulet-Roze, préfet de région Pays de la Loire et préfet de bassin Val de Loire-Centre. « Nous allons nous mettre au travail pour respecter les différents engagements et échéances pris, notamment lors du prochain Conseil de Bassin », conclut Lionel Gosseaume, Président d’InterLoire. 

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Pour plus de diversité dans le monde du vin

Du nom du meilleur sommelier du monde 2010, décédé en 2019, la Fondation Gérard Basset créée par son épouse Nina, son fils Romané et un ami proche, Lewis Chester, œuvre depuis 2021 pour l’inclusivité dans l’univers du vin et permet de financer le parcours de passionnés dans le monde entier. Comme Eduardo Bolaños, Amrita Singh et le docteur Sachindri Rana, que nous avons rencontrés.

Originaire du Guatemala, Eduardo Bolaños est un sommelier américain vivant en Californie qui travaille dans la restauration depuis près de 20 ans. Son mentor dans le vin était sommelier. Il lui a ouvert les portes de sa cave à vins. Un véritable trésor d’apprentissage. « Chaque jour, il me proposait de rapporter une bouteille à la maison et de lui dire le lendemain ce que j’en avais pensé. D’où le vin venait-il ? Quel goût avait-il ? Comment était-il élaboré ? C’est comme ça que je suis tombé amoureux du vin. » Il intègre ensuite le Court of Masters Sommeliers. Achever ce parcours est d’autant plus symbolique pour Eduardo Bolaños qu’il lui permet de casser des préjugés sur ses origines. « En Californie et dans la majorité des Etats-Unis, les Latinos sont considérés comme des personnes qui aident à cueillir le raisin, qui font la vaisselle dans la cuisine ou travaillent dans les restaurants. En tant que sommelier, on n’est pas perçu de la même manière. » Lui qui propose déjà des dégustations de vin accessibles et gratuites veut « continuer à enseigner, à proposer ces dégustations dans des zones où le vin n’est pas vraiment accessible ». Une envie de transmettre chevillée au cœur.

Promouvoir d’autres parcours professionnels en Inde
Comme pour Amrita Singh, originaire d’Inde, et vit à Bordeaux depuis 2018. Après avoir géré des entreprises dans l’industrie de la mode pendant 18 ans en Inde, elle a décidé de se tourner vers le vin, une boisson qui « l’intriguait ». « En Inde, on boit plus de whisky ». « J’ai goûté mon premier vin en 2004. J’ai alors commencé à m’y intéresser beaucoup plus. » Titulaire du Master of science Wine & spirits management à la Kedge school, du diplôme WSET en Vins, et coach agréée à Catch business school, elle fonde sa propre entreprise de conseils de marketing, d’éducation et d’expérience de luxe autour du vin. « La bourse arrive au bon moment, parce que j’étais à un point mort. Je ne savais pas comment progresser, et pas seulement pour une question de financement, mais d’exposition, de réseau. » Après avoir obtenu différentes bourses (Italian wine scholar, Taylor sport), elle se réjouit d’intégrer la communauté de la fondation Gérard Basset. « Nina et Romanée nous permettent d’entrer en contact avec les bonnes personnes. » « Grâce à la fondation, je suis capable de dire ce que je veux. C’est une énorme opportunité d’inspirer des gens dans mon pays. Les femmes en particulier. » Son rêve serait de devenir le prochain Master of wine d’Inde, un pays de 1,38 milliards d’habitants, où le marché du vin connaît « une croissance spectaculaire ». Amrita Singh souhaite développer l’éducation au vin et à la consommation responsable, mais aussi inciter les autres femmes à se lancer dans l’aventure viticole.

Ce discours résonne particulièrement chez une autre boursière, le docteur Sachindri Rana, également originaire d’Inde. « Je souhaite devenir Master of wine car il est très important, pour moi, en devenant une experte, d’avoir une voix que les gens peuvent entendre et écouter. C’est une façon d’affirmer mes compétences avant de commencer à agir pour l’inclusion et l’équité. » Actuellement responsable d’un programme de recherche viticole basé à Marlborough, en Nouvelle-Zélande, la jeune femme, très émue, raconte avoir été victime de discrimination à son arrivée dans le pays, « qui n’a pas de représentation de la communauté indienne ». « Quand j’ai commencé ma carrière, j’étais vendeuse. Je m’intéressais au vin, donc j’ai suivi des dégustations. Une fois, on m’a interrogée avant de me servir du vin. Ce n’était pas du tout respectueux. J’avais payé la dégustation, on devait me servir ce verre. » Déterminée à poursuivre son parcours dans l’univers du vin, elle souhaite créer une plateforme ouverte à toutes les communautés. Reconnaissante des défis qu’elle a eus à relever, elle souhaite devenir « une championne de l’inclusion et de l’équité » dans l’univers du vin.

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Philippe Raoux, propriétaire du château d’Arsac, s’en est allé

Philippe Raoux est mort ce vendredi 20 octobre. L’homme aura marqué les esprits et son territoire par son amour de l’art contemporain et son esprit d’entreprise.

Issu d’une famille de négociants, il achète en 1986 ce qui était alors un château quasiment à l’abandon. Seuls 4 hectares de vignes restent sur ce terroir magnifique dont le potentiel n’a pas échappé à cet homme entreprenant que rien n’aura arrêté. Aujourd’hui la propriété médocaine compte 104 hectares en production dont une cinquantaine en appellation Margaux : une appellation reconquise de haute lutte, après que le château l’eût perdu en 1954, puisque c’est à l’issu de plusieurs procès, qu’il gagne contre tout le monde, en 1995 puis en 2008.

Mais c’est aussi grâce à ses acquisitions de sculptures contemporaines notamment, et de tableaux, que le château acquiert au fil du temps une identité qui lui est propre. Pour Philippe, le modèle du château bordelais se devait d’évoluer et « l’intrusion » du contemporain dans ce modèle traditionnel ne lui déplaisait pas. Le symbole en est cette œuvre monumentale en forme de poutre qui biffe la façade du château classique de la propriété : un pied de nez dont il était fier. La vigne devait financer l’art et contribuer à forger cette nouvelle identité : « 1 franc par pied de vigne est consacré à l’art » se plaisait-il à dire au début de l’aventure.

Récemment, lors du confinement dû au covid, il visionne des comédies musicales qu’il aime par-dessus tout, et surtout celles de Jacques Demy. C’est ainsi qu’il a l’idée de créer, dans le chai à barriques, un spectacle son et lumière, « Si Arsac m’était chanté » dans lequel des textes qui raconte la vie du château d’Arsac (mais aussi la sienne pour qui sait un peu décoder) sont mis en musique à la manière de Michel Legrand. Avec le jardin des sculptures, l’offre oenotouristique devenait complète et telle qu’il la voulait, ne ressemblant à aucune autre, unique.

Pourtant, Philippe Raoux se voulait discret. En fait, sa grande humilité, sa gentillesse et sa bienveillance cachaient une pilier constitutif de sa personnalité. C’est bien à travers ses actes et ses créations qu’on devinait l’esprit d’entreprise qui l’a toujours animé, dans le respect des autres et sans vouloir dominer ou faire du tort à qui que ce soit. C’est dans cet esprit qu’il avait aussi créé, en 2007, sans doute un peu trop en avance, la Winery à Arsac. Un concept moderne d’accueil réceptif autour du vin, avec boutique, musée, restaurant. Courageux, mais il avait dû la revendre en 2014, l’humeur chagrine, mais sans dépit.

Le village d’Arsac lui doit beaucoup et les relations tant avec les représentants de la commune que les écoles sont exemplaires. Les bâtiments administratifs du château ne voient-ils pas, de manière permanente, leurs murs recouverts de dessins d’enfants des écoles venus visiter gracieusement le jardin des sculptures. Philippe tenait à cet épanouissement par la culture. Son jardin des sculptures, et plus largement le château, sont visités régulièrement par des écoles des beaux arts venant de toute la France mais aussi de pays étrangers. Un beau témoignage.

Enfin, si l’art a beaucoup occupé Philippe, on ne peut passer sous silence le travail accompli au chai et qui ont amené, en 2020, la consécration par le classement en cru bourgeois exceptionnel (il n’y en a que 14). Ce classement est venu comme une apothéose, consacrant le terroir mais aussi l’œuvre d’une équipe que Philippe a su manager par la confiance et la valorisation.

Terre de Vins tient à dire toute sa peine à la famille Raoux.

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[Agroécologie dans le Languedoc], le domaine Bernatas

En parallèle de la sortie du magazine Terre de vins consacré au développement durable, nous vous proposons cinq portraits de domaines languedociens aux pratiques durables. Cinquième et dernier sujet avec les frères Bernatas à Limoux, récemment installés et déjà fortement engagés.

C’est sur le terroir de Limoux dans l’Aude que notre tournée s’achève. Une dernière visite chez les deux frères du domaine Bernatas, néo-vignerons avec déjà beaucoup d’histoires à raconter. Sitôt installés, en novembre 2018, que le domaine a déjà entrepris une conversion au bio et à la biodynamie. Guidés par leur ami vigneron Frédéric Palacios que nous avons découvert dans le quatrième portrait de notre série, Jérôme et Stéphane Bernatas réussissent leur premier millésime en 2019. “J’ai obtenu un BPREA au CFPPA de Beaune pour apprendre la gestion d’une exploitation agricole, mais c’est le quotidien au domaine qui est le plus formateur.” nous a confié Jérôme Bernatas, auparavant journaliste sur Paris. “Nos anciens métiers nous ont offert des compétences comme l’écoute, l’observation et l’esprit de synthèse” rebondit Stéphane Bernatas, ancien dépositaire de presse à Rodez.
Confortablement installés dans un grand bâtiment agricole à la Digne-d’Amont, les 6,5 hectares sont répartis sur plusieurs parcelles implantées ici et là sur l’appellation. Des vignes de chenin, mauzac, chardonnay ou merlot et cabernet-sauvignon qui offrent souvent de très beaux panoramas sur le vignoble de Limoux. Une géographie souhaitée par Jérôme, de retour dans sa région natale : “Nos parcelles souvent nichées à plus de 350 mètres d’altitude nous permettent de faire les vins que nous voulons, frais, tendus et digestes”.

©W. Kiezer

Beaucoup d’observations et de travaux manuels
Avant de démarrer l’aventure, les deux frères avaient une forte idée sur leur façon de cultiver la vigne et de faire leurs vins. La cinquantaine embrayée, ils ne rechignent pas aux travaux manuels chronophages perpétrés dans leurs parcelles. Sur le terrain, le sol est couvert toute l’année puis travaillé au moment le plus opportun. “Nous griffons sur quelques centimètres pour éviter les concurrences sur l’eau et les nutriments au mois de juin” nous confie Jérôme Bernatas, responsable de culture.
Une biodynamie assumée avec “L’utilisation de composts et de préparations à base de plantes médicinales, de silice et de bouse de corne permettent d’améliorer la fertilité et la biodiversité des sols”. Les deux frères ont bien intégré l’importance de sols en bonne santé pour produire des raisins sains et de qualité.

Une production extensive
La qualité plutôt que la quantité, voici une phrase qui a du sens au chai des Bernatas. 20000 bouteilles tout au plus pour des vins non levurés et réalisés avec le moins de soufre possible. “Nous voulons des vins sur la fraîcheur et la minéralité”. 

©W. Kiezer

Le terroir en tête, Stéphane et Jérôme Bernatas mettent en avant le mauzac, “le cépage du coin”, mais dans un registre inédit, celui de la macération carbonique. D’habitude réservée aux rouges dans le Beaujolais, et, plus proche dans les Corbières avec le carignan, les frères se sont mis un challenge de produire un mauzac unique dans la cuvée M et Nous.On voulait tester la macération sur ce cépage et nous avons énormément de bons retours, le succès est au rdv”. 

Culture bio-dynamique, travaux du sol (très) limités, rendements faibles et vinifications peu interventionnistes, en quatre ans à peine, les frères Bernatas ont trouvé leur rythme de croisière.

Terre de Vins a aimé
Cuvée la Petite Cordillère  – AOP Limoux (19€ TTC)
Chenin cultivé à 320 mètres d’altitude et élevé 8 mois en foudre. Un blanc d’une finesse et d’une élégance étonnantes. Bouche minérale et fraîche, le chenin a plus que son mot à dire dans le Languedoc !

Article rédigé par Ni bu ni connu pour Terre de vins
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Les Ateliers Camus : l’art et la matière

La célèbre maison de cognac met un point d’honneur à célébrer ses ateliers où l’art, l’artisanat et l’eau-de-vie charentaise ne font qu’un. Attention chefs d’œuvres en perspective, doublés d’une philosophie d’entreprise. 

Les 160 ans de la maison Camus sont l’occasion d’affirmer un peu plus son penchant pour le luxe. Avec la création des Ateliers en 2018, Cyril Camus et son épouse Alexa entamaient une réflexion autour de la création sous le signe d’une devise : « Apporter de la beauté et du raffinement pour créer des émotions sans égales ». Il est né de cette idée une division luxe dirigé par James Nisbet. Les Ateliers constituent un des piliers de cet élan avec la formation d’une équipe. « A l’heure où une certaine gouvernance d’entreprise prône le recentrage sur le cœur de métier et encourage l’externalisation, les Ateliers Camus affirment leur audace et leur ambition en décidant, au contraire, d’élargir le spectre de leurs compétences via l’intégration de nouveaux savoir-faire », expliquent ceux qui président aux destinées de la maison Camus. Le reste de l’histoire est le travail du cuir, l’embellissement du verre et le traitement des images. Bientôt ce sera le métal, le bois et le verre qui seront travaillés en vue de fabriquer les pièces dans les locaux historiques de Cognac. Isabelle Colligon, directrice des Ateliers Camus, secondée par Charles Mahieu, matérialisent déjà la matière grise avec trois gammes. La première, « Bespoke », accompagne le client dans la fabrication d’une pièce unique. « Masterpiece », seconde gamme, délivre un une pièce limitée à 50 exemplaires, les premières sont Ode to the Nature, Poets & Birds ou encore Voyages extraordinaires. Enfin, l’ADN de Camus représente la troisième gamme avec les « cuvées » exceptionnelles, depuis la 3.128 lancée en 2008 jusqu’à la dernière en date, la 4.186 Black Electrum.

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Brane-Cantenac : la maîtrise de l’élevage

Dans ce 2ème cru classé en 1855, à Margaux-Cantenac, la question de l’élevage ne se réduit pas à un simple apport de quelques notes aromatiques ou à un renforcement de la garde. Des expérimentations sont conduites depuis de nombreuses années, en partenariat avec des tonneliers de renom et l’ISVV de Bordeaux pour affiner le style des vins. 

L’élevage est un important levier, souvent sous estimé, qui « mobilise des choix très fins pour améliorer le vin, le stabiliser dans le temps (il ne s’agit pas d’obtenir un fruit qui file rapidement par exemple), le personnaliser, et le préparer a la garde » explique Christophe Capdeville le directeur d’exploitation qui a convié Terre de vins a une dégustation test, sur des échantillons du millésime 2022. Une dégustation à laquelle participe son maître de chai Florent Cillero « On pilote nos choix et on les vérifie par la dégustation. Pour cela, en fin d’élevage, on prélève des échantillons qu’on met en bouteille. Ces bouteilles sont mises de côté et on redeguste tous les ans, pendant 4 années ». L’exercice de dégustation du jour a pour objectif d’évaluer 9 bouteilles représentant chacune un type de barrique. Trois tonneliers ont été sélectionnés (Radoux, Seguin Moreau, et Baron). 

Le vin mis en barrique est le même mais les variations observées après élevage sont considérables. Certaines barriques neutralisent un peu l’aromatique, d’autres viennent en position de support à l’expression aromatique, ou densifiera et musclera le vin. Une autre apportera un grain très fin tout en préservant le fuit ou amènera un toucher de bouche légèrement crayeux. Celle-là apportera des touches d’exotisme (coco, vanille). Celle-ci sublimera le fruit et s’effacera. Le choix des barriques peut nettement orienter le style du vin au point qu’on a parfois le sentiment que ce n’était pas le même vin. Mais quels sont les critères qui permettent de différencier les types de barriques ?

28 types de barriques au château
Les deux hommes énumèrent ce qui peut varier dans une barrique : « le grain du bois, son origine (France, Caucase), la durée ou l’intensité de la chauffe, le temps de séchage, le système d’immersion des bois qui permet de le dégorger et d’enlever des tanins grossiers » et enfin, plus surprenant, « le fond de la barrique ». Des fonds qui représentent 25 % de la surface d’échange, qui ne sont pas chauffés d’ordinaire mais que certains tonneliers chauffent maintenant. Ces critères de fabrication ne sont pas les seuls à influencer le style des vins. Les chais ont un rôle eux-aussi. 

Des chais dont les constantes varient finalement
Les chais subissent en fait des variations de températures, d’hygrométrie et de pression. Christophe Capdeville décrit les phénomènes. « Ces variations font évoluer la pression dans les barriques. En surpression le vin aura tendance à pénétrer le bois de la barrique et à récupérer les composés de ce bois. En dépression, le vin revient dans la barrique accompagné d’une entrée d’air et d’oxygène venant de l’extérieur. On a bien sûr besoin d’oxygène, mais en petite quantité, car sinon on expose le vin à des accidents ». Des variations qu’il faut donc contrôler et qui ont amené le château à placer des capteurs de température et d’hygrométrie mais aussi des capteurs d’oxygène dans des barriques tests choisies en fonction de leur place dans le chai. Car la température n’est pas tout à fait la même selon l’endroit.

Un nouveau chai
Pour réduire l’influence de ces phénomènes et mieux les maîtriser, Brane-Cantenac a entrepris la construction d’un chai de 500 m2. Il sera climatisé, en intégrant des contraintes eco responsables, et l’air y sera brassé pour homogénéiser les températures et l’hygrométrie. 

La maîtrise de l’élevage est un des grands leviers qui aura fait progresser le style du château et la qualité de ses vins depuis une quinzaine d’années: preuves à l’appui aujourd’hui.   

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Une équipe de France de sommellerie « olympique »

La semaine passée, lors du conseil d’administration de l’Union de la sommellerie française au Touquet, le président Fabrice Sommier a dévoilé la composition d’une équipe de France de sommellerie.

Gaëtan Bouvier, Romain Iltis, Pascaline Lepeltier, Florent Martin et Philippe Troussard constitueront l’équipe de France de sommellerie pour les compétitions internationales à venir. « Nous voulons préparer une équipe telle une équipe olympique, pour les compétitions internationales de haut niveau en sommellerie. Jusqu’à présent, nous avions une préparation qui était souvent un peu disparate, chacun dans son coin. Nous voulons donc un entraînement plus collectif, pour des sujets qui ne sont pas forcément des points de connaissances. Le candidat, ces points, il va les apprendre lui-même, par contre tout ce qui est préparation physique et mentale, c’est bien d’avoir un peu plus d’ouverture extérieure » dévoile Fabrice Sommier. Ils seront coachés tous ensemble pour le concours du Meilleur Sommelier d’Europe à Belgrade en novembre 2024, puis pour celui du Meilleur Sommelier du Monde au Portugal en 2026.

Le conseil d’administration a lancé par ailleurs les inscriptions pour le concours de Meilleur Sommelier de France ce lundi 16 octobre, jusqu’au 31 décembre.

Un bootcamp de haut vol
Un « camp d’entraînement d’élite », tout en anglais, les réunira en novembre à Mâcon (71). « Nous allons faire venir des Masters of Wine de Londres, certain de nos partenaires, des intervenants qui viendront de différents horizons, pas forcément tous issus de la viticultures d’ailleurs, ni de la sommellerie, avec un ancien sportif de haut niveau médaillé d’or au JO par exemple. Nous voulons travailler sur beaucoup de points de théorie et de technique, mais aussi sur la dégustation, la préparation mentale, l’éloquence, le relooking et la sophrologie. »

« Nous souhaitons donner le maximum pour que la France redevienne première sur un titre international et donner aux candidats la chance d’aller au bout de leur rêve et des nôtres » conclut Fabrice Sommier.

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20ème édition du Rallye Sainte-Victoire, le succès toujours au rendez-vous

877 inscrits, 324 équipes pour la vingtième édition du Rallye de la Sainte Victoire qui affiche toujours complet avec un succès grandissant.

A n’en pas douter, le Rallye Découverte des Vignerons de la Sainte-Victoire qui fêtait cette année ses 20 ans (avec juste deux ans d’interruption covid en 2020 et 2021) a fait ses preuves. « D’une idée entre copains, parmi les vignerons de la future dénomination en Côtes-de-Provence Sainte-Victoire, c’est devenu une véritable machine de guerre et puisque la manifestation remporte un franc succès, bien que l’on se repose régulièrement la question, on ne change rien pour l’instant » commente le président de l’appellation Olivier Sumeire. La manifestation avait été initialement conçue avec la jeune chambre économique du Pays d’Aix pour créer de la notoriété pour cette jeune appellation. Elle est désormais soutenue par la métropole Aix-Marseille, le Département, la Région, la ville de Trets, le Crédit Agricole Alpes Provence, les syndicats des Côtes-de-Provence… Au départ, au gymnase de Trets, les équipes ont dans leur totbag carnet de route, verre gravé, panneau du rallye pour leur véhicule, une bouteille de rosé (pour fêter la fin du questionnaire, pas pour conduire) et un Sam désigné. À l’arrivée, de nombreux lots à gagner pour les meilleures réponses aux questionnaires : des verres, des vins, des séjours, des visites d’immersion et des ateliers d’assemblage dans les caves de l’appellation, mais également, grâce aux partenaires du rallye, (Ailleurs Voyages, la station de l’Alpe d’Huez… ), des séjours à la montagne, des pass de ski, des billets pour les matchs de l’OM, et même pour cette 20e édition, un voyage en Crète. Sur le parcours, des énigmes, cette année sur appli smartphone à télécharger, à résoudre à partir des échanges avec les producteurs (24 caves participantes) et des indices dans les caveaux pour trouver la prochaine étape, « Il ne s’agit pas d’une course de vitesse mais d’une balade gourmande et ludique, d’une découverte de l’AOC Sainte-Victoire en allant à la rencontre des vignerons » précise le directeur de l’association des vignerons de l’appellation Jean-Jacques Balikian. « Apparemment, le rendez-vous plaît beaucoup, car nous avons plus de la moitié des participants fidèles qui reviennent régulièrement ».

Photo lauréate du concours photo

Ateliers et activités multiples
Au programme, des activités variées telles que des ateliers de vinifications, des dégustations à l’aveugle ou sur cuves, des jeux de reconnaissances des cépages, des arômes, des traces de dinosaures avec le Muséum d’Histoire Naturelle d’Aix, l’apprentissage de la vinification ou de l’assemblage, l’histoire du domaine ou de la région… sans parler des propositions annexes (concours de pétanque, de fléchettes, de tir à l’arc, marché de producteurs, exposition de vieilles voitures, de machines agricoles…  A la troisième étape, différente pour chaque équipe, un déjeuner en caveau ou en chai attendait les participants avec un menu unique aux accents provençaux, veau aux olives, riz de Camargue aux champignons, fromages et tarte de saison.

Outre une balade dans un décor impressionniste enchanteur sous grand ciel bleu, (après les pluies inquiétantes mais bienvenues des jours précédents), le Rallye est l’occasion de découvrir les vins, les villages, les vignerons, l’environnement, le Grand site de la Sainte-Victoire, dans un cadre labellisé depuis 2013 Vignobles & Découvertes, et de mieux connaître la première dénomination régionale des Côtes-de-Provence décrochée en 2005 , et en passe de devenir le premier cru des Côtes-de-Provence d’ici un an ou deux.

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