Une transition agroécologique à 360° pour la Provence

vignoble Provence©F.Hermine

vignoble Provence©F.Hermine

La Provence est le premier vignoble à bénéficier du plan de relance national pour accélérer, via le programme EnViProv, la transition agroécologique dans tout le vignoble. Une démarche globale et collective pour faire un état des lieux précis avant de définir et diffuser les bonnes pratiques.

Les Vins de Provence entendent prendre le virage de la transition agroécologique sur les chapeaux de roues avec le projet EnViProv. Il va courir jusqu’en septembre 2023 avec un budget de plus de 700 000€ co-financé à 50% par l’Etat via FranceAgriMer et s’inscrit dans le cadre du plan France Relance national qui, après la crise du Covid-19, doit aider à relancer notre économie et à accélérer les transformations écologiques, industrielles et sociales du pays. EnViProv est le premier dossier relevant de la filière viticole à en bénéficier. Piloté par le Comité Interprofessionnel des Vins de Provence (CIVP), il réunit le Syndicat des Vins Côtes de Provence, la Chambre d’Agriculture du Var, le Centre du Rosé et le Cluster Provence Rosé. « L’enjeu environnemental est agronomiquement et économiquement essentiel pour les Vins de Provence, commente Éric Pastorino, président du CIVP. C’est une vraie fierté d’être le premier vignoble à avoir obtenu le soutien du plan France Relance. Cela montre qu’en ayant une approche collective et concertée entre organismes, on peut augmenter nos ambitions et obtenir des soutiens plus forts et durables ».

« Concrètement, il s’agit d’avoir une vision à 360° pour mettre en œuvre ensemble l’analyse du cycle de vie, de la vigne à la mise en marché pour quantifier l’impact environnemental des différentes activités de la filière – et la démarche est inédite à l’échelle d’un vignoble entier, l’accompagnement à la certification environnementale et la mise en œuvre de pratiques vertueuses », détaille Brice Eymard, directeur du CIVP. L’analyse, qui reposera sur 18 indicateurs, permettra d’évaluer notamment les répercussions sur les émissions de gaz à effet de serre (le bilan carbone), mais également sur la disponibilité de la ressource en eau ou sur l’écotoxicité. Pour ce faire, une trentaine d’entreprises représentatives de la diversité du vignoble, seront impliquées dans le projet. Les résultats, qui seront issus d’un modèle développé par l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV), sont attendus mi-2022. Ils serviront de base pour la mise en œuvre de mesures correctives ou amélioratrices.

L’accélération des certifications

L’accompagnement à la certification environnementale est animé par le Syndicat des Vins Côtes de Provence qui est déjà engagé depuis 2019 dans un plan collectif visant à faciliter la mise en œuvre dans le vignoble de la certification HVE de niveau 3. Elle concernera 400 domaines d’ici fin 2021, un chiffre qui a doublé en un an. « Il faut en priorité convaincre les plus grosses exploitations de s’engager dans la certification pour concerner le plus de surfaces possible », précise Brice Eymard. En 2020, 17% du vignoble était en bio et 15% en HVE; en 2021, le bio franchira la barre des 20%, le HVE avoisinera les 25% (environ 6700 ha), soit 45% des surfaces engagées dans le développement durable et un objectif de 100% d’ici 2030.

« A raison de 3 ou 4 réunions par mois, nous avons engagé un véritable travail en commun avec nos partenaires tels l’ICV, Aix Œnologie, la Chambre d’Agriculture et Racine pour mutualiser et communiquer sur la démarche à l’échelle du vignoble ». Au travers d’équipements dédiés, le Centre du Rosé mettra en œuvre des programmes de R&D et de démonstration pour améliorer les pratiques en cave et dans les vignes. La Chambre d’Agriculture du Var conduira un observatoire des pratiques dans le vignoble et un accompagnement des entreprises pour adapter la conduite de la vigne. Une étude sera également menée sur l’impact technico-économique de la mise en place de pratiques vertueuses sur les exploitations. Le Cluster Provence Rosé, au travers de son groupe Sol Vivant, mènera un programme d’étude pour analyser et améliorer la biomasse dans les sols. L’objectif est d’accompagner 500 exploitations en deux ans.

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Sommellerie : Bastien Debono vainqueur du Master of Port

Homme du vin au sein du Restaurant Yoann Conte, en Haute-Savoie, le Provençal était opposé en finale à Antoine Lehébel et Maxim Plumier. Mais c’est tout au long de l’épreuve qu’il a exprimé sa passion pour les vins de Porto.

En 2019, son parcours s’était arrêté en demi-finale et c’est en spectateur qu’il avait assisté au sacre de Gaëtan Bouvier. Deux ans plus tard Bastien Debono est allé au bout de son rêve en devenant le 19e Master of Port.

Pourtant dimanche, lorsque débutait à Paris la demi-finale qui réunissait les huit candidats retenus en juin dernier après une première sélection, le sommelier formé à Marseille n’était pas au mieux de son aveu même. Un passage à vide d’une trentaine de minutes marqué en particulier par de sérieux déboires au moment d’ouvrir une bouteille de Porto avec un bilame. Mais si la technique lui jouait un mauvais tour à cet instant, Bastien Debono a su reprendre ses esprits pour conclure de manière beaucoup plus performante les onze épreuves organisées dans les salons du Cercle national des armées. Un lieu ou deux semaines plus tôt il était l’un des acteurs de Sommeliers Dating, l’événement organisé par Terre de vins.

La finale l’a opposé à un autre habitué des concours, Antoine Lehébel (restaurant Bon-Bon à Bruxelles) et Maxim Plumier un néophyte à ce niveau qui est en deuxième année d’apprentissage au Martinez (restaurant La palme d’or) à Cannes. De la dégustation avec six vins de Porto à identifier et à classer dans leur ordre de service, du service avec une demi-bouteille à servir à six personnes puis un travail d’accord mets-Porto et enfin l’analyse sensorielle de trois vins de Porto étaient au programme des candidats à tour de rôle. Une épreuve commune avec carafage et service de douze verres concluait les ateliers pratiques.

Initié au Porto en Angleterre

« C’est bien de concrétiser les efforts par des titres mais ces concours permettent aussi de se construire dans sa vie et aussi dans le monde professionnel auquel j’attache une grande importance et une grande priorité aussi », soulignait Bastien Debono à l’issue de la remise des prix organisée dans les locaux de l’ambassade du Portugal. S’il s’est formé au métier de sommelier au lycée Bonneveine à Marseille avant de travailler quelques années à L’Oustau de Baumanière aux Baux-de-Provence, c’est ensuite seulement qu’il a s’est pris de passion pour les vins de Porto. « En travaillant en Angleterre, j’ai bénéficié d’une initiation importante. Là, le Porto accompagne de manière régulière le fromage au restaurant. J’ai donc eu envie de pousser plus loin mes connaissances et je suis vraiment tombé sur un gros dossier… »

Si ce succès ne constitue pas une fin en soi, Bastien Debono s’est fixé une priorité différente pour le mois de janvier au cours duquel il retrouvera d’ailleurs l’Angleterre pour passer les deux premiers niveaux du Court of master sommelier. Mais, déjà demi-finaliste du Meilleur sommelier de France à deux reprises, il risque fort de participer aussi à la sélection au cours du premier trimestre 2022.

Bastien Debono a dominé la finale, effaçant ainsi les doutes nés lors de la demi-finale.

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Médoc : la nouvelle vie de Charmail

Château-Charmail

Château-Charmail

Bernard d’Halluin, après 13 ans à la tête du Château Charmail et l’obtention pour son Cru Bourgeois du rang d’Exceptionnel, s’adosse à un investisseur pour « recréer le grand Charmail d’antan ».

Comme l’ont révélé nos confrères de Sud Ouest, ce 8 novembre 2021 restera une date historique dans l’histoire du Château Charmail. D’une signature chez le notaire, ce cru de Haut-Médoc basé à Saint-Seurin-de-Cadourne ouvre une nouvelle page. Chez le notaire, il y avait d’abord Bernard d’Halluin, un Chti amoureux de vins qui est venu acquérir le Château Charmail en 2008. Il conserve alors l’ancien propriétaire pendant 5 ans – Olivier Sèze – et conduit la petite trentaine d’hectares d’un seul tenant qui domine la Gironde avec de très belles ambitions. Ces dernières trouvent une consécration avec le nouveau classement des Crus Bourgeois de 2020 : Charmail intègre la cour des plus grands, les Exceptionnels.

Une rencontre et un projet

Et après ? « Ma fille ne veut pas prendre la suite, je cherchais une solution et j’ai été mis en contact avec des investisseurs, nous nous sommes entendus sur un projet, celui de recréer le Charmail originel d’il y a trois siècles, c’est-à-dire englobant les châteaux voisins Bardis et Saint-Paul pour un ensemble de soixante hectares à peu près d’un seul tenant, mes interlocuteurs ont validé ce projet en 5 minutes », dit-il ce lundi 8 novembre en sortant de chez le notaire. Pour ce faire, Bernard d’Halluin s’adosse donc à Olivier Goudet et son épouse Valérie Liquard qui est originaire du Médoc. Cette famille Liquard est l’ancienne propriétaire du Château Potensac (aujourd’hui propriété de la famille Delon). C’est d’ailleurs Valérie Liquard qui va présider, avec Bernard d’Halluin, aux destinées du nouveau Charmail. Quant à Olivier Goudet, en sus d’être amateur de vins, c’est un homme d’affaires aux reins très solides. Il dirige un important fonds d’investissement basé au Luxembourg – JAB – dans l’agro-alimentaire, notamment le café. Olivier Goudet et son épouse vivent à Londres. A titre personnel, ils conduisent un portefeuille d’investissements – GL Group – qui compte différentes entreprises dont L’Eclat de Verre (une trentaine de magasins…). « Ce monsieur est une pointure, il vole très haut dans les affaires et pour autant il est simple, tout sauf bling-bling, confie Bernard d’Halluin. On envisage une belle valorisation, avoir une soixantaine d’hectares face à la rivière, c’est exceptionnel mais il faut dire aussi que c’est une affaire sentimentale pour lui de par l’histoire de son épouse, enfin, nous nous sommes tout de suite compris, nous sommes issus de la même école de commerce, l’ESSEC ».

Le montage

Ainsi, Bernard d’Halluin et ses investisseurs acquièrent le Château Bardis et ses quelques hectares à la famille Dailledouze. L’autre achat concerne le Château Saint-Paul qui est un Cru Bourgeois. Il appartenait à la Ciergerie de Lourdes – propriété entre autres de la famille Douste-Blazy – qui a connu d’importantes difficultés financières à cause du COVID. « Sans cette crise sanitaire, ce projet n’aurait pas été possible, on pourrait dire merci COVID, c’est un scenario incroyable, cette rencontre avec un investisseur concomitamment avec la vente de ces deux propriétés », s’étonne encore Bernard d’Halluin. Contractuellement, sur l’ensemble « Charmail-Bardis-Saint-Paul », Bernard d’Halluin détient 34% des parts et prend le poste de gérant jusqu’en 2025. Le directeur technique de l’ancien Charmail, Sébastien Pineau, a aussi des parts dans le projet en tant que jeune agriculteur. « Que les choses soient claires, je ne vends pas Charmail, insiste Bernard d’Halluin. J’ai trouvé un partenaire pour créer le Charmail originel et je peux conserver mes parts ad vitam aeternam, nous prendrons toutes les décisions ensemble ». Ainsi, pour le nouveau classement des Crus Bourgeois qui va s’opérer à partir du millésime 2023 et qui va être promulgué en 2025, l’idée est de proposer le nouveau périmètre pour constituer le grand Charmail. Exit Saint-Paul et Bardis.

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[ENTRETIEN] Jérémy Cukierman : la filière vin face aux enjeux climatiques

Directeur de Kedge Wine School, Master of Wine, Jérémy Cukierman est l’un des co-auteurs (avec le climatologue Hervé Quénol et la journaliste Michelle Bouffard) d’un ouvrage qui explore les enjeux cru changement climatique sur la filière vin.

Quelle est l’ambition de cet ouvrage ?

C’est un livre qui se veut un point d’étape, rappelant ce qu’est le changement climatique, son origine anthropique, et qui analyse les différentes conséquences de ces évolutions sur la filière viti-vinicole. Il essaie de mettre en avant toutes les pratiques vertueuses et stratégies d’adaptation pour faire face à ces enjeux, afin que nous soyons tous les acteurs d’une transition environnementale nécessaire, tout en continuant en produire du vin dans nos grands terroirs.

Selon vos conclusions, quels sont les enjeux auxquels est confrontée la viticulture de demain ?

Si je devais résumer : la nécessité d’être beaucoup plus flexibles face aux variabilités accrues, aux épisodes extrêmes que va nous réserver le climat dans une même saison, des précipitations au stress hydrique, des maladies cryptogamiques aux risques de chaleur intense, ce qui nous oblige à travailler la vigne de façon toujours plus intelligente, sans mode d’emploi ni recette toute faite. Tout en préservant l’expression des grands terroirs et la typicité de nos vins, dans une recherche d’équilibre acidité-alcool, de fraicheur… Face à cela nous pouvons tous être acteurs, en consommant mieux, en recyclant mieux, en réduisant notre empreinte carbone, mais aussi en contribuant au partage du savoir.

Quels sont les vignobles en première ligne ?

Les régions les plus urgemment concernées sont celles qui sont sur le point d’atteindre une asymptote chaleur-maturité, et ce ne sont pas forcément les régions les plus chaudes. La question du pinot noir en Bourgogne n’est pas à ignorer à long terme… Bien sûr, d’autres vignobles sont déjà au pied du mur, en Australie, en Afrique du Sud, en Californie (avec des incendies récurrents). Le pourtour méditerranéen est lui aussi concerné, avec en France le Rhône sud et le Roussillon où se posent souvent des soucis de stress hydrique. Mais on a aussi des variables, selon l’altitude des vignobles. Ce qui est encourageant, c’est que certaines de ces régions se posent déjà en exemples, car elles ont anticipé sur le sujet depuis plusieurs années, et continuent de produire des vins très élégants malgré le contexte climatique. Vitis vinifera a de nombreuses ressources quand on la traite avec intelligence. C’est aussi l’objet de ce livre : porter un message d’espoir.

« Quel vin pour demain ? Le vin face aux défis climatiques »

Editions Dunod, 304 pages.

Cet entretien a été publié dans Terre de Vins n°74, actuellement dans les kiosques.

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