Intempéries dans le Gard : le vignoble durement frappé

Le ciel est tombé sur la tête des vignerons gardois en début de semaine dernière. Aigues-Vives, Vergèze, Calvisson et Codognan font partie de ces villages où la vigne n’a pas été épargnée.

Orages, inondations, grêle, c’est un déluge qui s’est abattu sur le sud de la France le 14 septembre dernier. Les images de l’autoroute A9, à proximité de l’échangeur de Gallargues entre Nîmes et Montpellier, ressemblant à une rivière en crue avec des conducteurs hélitreuillés, ont marquées les esprits. Dans les vignobles environnants, les dégâts sont importants. « Les communes les plus impactées se situent dans un triangle entre Sommières, Quissac, Gallargues », précise Anne Sandré, responsable du pôle viticulture à la Chambre d’agriculture du Gard. « De fortes précipitations, entre 250 et 300 millimètres ont provoqué des inondations, des ravinements, du limonage, des arbres arrachés. Deux cours d’eau ont débordé : la Vistre et le Rhôny ».

A Codognan, Frédéric Saccoman, directeur général de la cave coopérative « Vignoble de la Voie d’Héraclès », productrice de 100 000 hectolitres,en IGP, Vin de France et Costières de Nîmes (certifiés AB à 90%), a vécu des heures angoissantes. « Nous étions dans l’œil du cyclone. Nous avons eu 350 millimètres d’eau et avons du arrêter la cave durant 24 heures. Aucuns incidents sur le site qui a été bien conçu, mais une coupure d’électricité a stoppé les pressoirs qui été tous chargés. Nous avions commencé de vendanger les blancs le 2 août. Il nous reste à rentrer 200 hectares sur les 1200 ».

Déjà impactés à hauteur de 50%, voire plus, par le gel printanier, les viticulteurs voient leurs vignes inondées, limonées, couchées par les rafales de vent ou grêlées, particulièrement en fin de vallons. Anne Sandré conclue : « L’eau a baissé mais ce sera compliqué de vendanger. Les blancs et les rosés sont à peu près tous rentrés mais il restait les rouges haut de gamme et les cépages tardifs comme le cabernet. Après le gel des cépages précoces, les vignerons comptés sur eux ».

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Beaumes-de-Venise joue sur les deux tableaux

L’appellation de la vallée du Rhône méridionale tire bien son épingle du jeu avec son cru rouge mais tente de faire (re)découvrir son muscat aux trois couleurs, notamment via l’œnotourisme.

A l’heure où les vendanges commencent, l’année a été éprouvante pour Beaumes-de-Venise. Après le gel et le mildiou, le vignoble vauclusien a souffert d’un grand incendie à la mi-août, la même semaine que le Var, touchant directement une cinquantaine d’hectares de vignes (dont 20 détruits) et près de 250 de forêts dans les Dentelles de Montmirail. « On peut s’attendre à environ 10-15% de pertes de volumes, estime Claude Chabran, le président de Rhonéa et co-président de la section interprofessionnelle. Mais au global, l’appellation se porte plutôt bien avec un prix du vrac à 360€/hl au lieu de 220€ quand nous n’étions pas encore cru [avant 2005] mais juste en Côtes-du-Rhône Villages. Les cours n’ont pas baissé avec la crise sanitaire mais il faut reconnaître qu’il y a peu de vrac en Beaumes, la coopérative vendant quasi intégralement sa production en conditionné ».

Après la création de plusieurs caves indépendantes, Rhonéa qui représentait les trois-quarts des volumes de l’AOC au début du siècle n’en pèse plus que la moitié, près de 12 000 hl en rouge sur les 23 000 du cru, 3000 en VDN sur les 55 000 hl au total « Notre force est d’avoir su maintenir une bonne entente entre la coopérative, la quarantaine de caves particulières et le négoce », estime Claude Chabran. La coopérative a par ailleurs créé il y a trois ans une SIC à financement participatif, à hauteur de 3 M€, pour acheter une trentaine d’hectares de vignoble confiés directement ou en fermage à de jeunes vignerons afin de les aider à s’installer ou à compléter leurs revenus. « Et on achète ce qui se présente pour aider les jeunes à s’en sortir. Le passage en cru a bien aidé et en a même sauvé quelques-uns au moment où les ventes de VDN s’effondraient ».

L’œnotourisme pour faire découvrir le rouge ou le muscat

En 20 ans, la production de muscat de Beaumes-de-Venise est passée d’environ 15 000 hl à 5000 hl et l’arrivée des muscats rosés (5-6%) et rouges (1%) n’a pas suffi à relancer l’attrait des consommateurs pour ces vins « sucrés » en désaffection. « Il est loin le temps où s’exportaient 200 000 bouteilles par an en Grande-Bretagne notamment chez Sainsbury; aujourd’hui, ce serait plutôt 30 000 demi-bouteilles ». L’export pour l’appellation représente quand-même entre 20 et 25%, principalement en Europe du Nord, aux Etats-Unis, au Japon, en Asie du Sud-Est… »

Aux côtés du Beaumes-de-Venise rouge (à 50% minimum de l’encépagement en grenache et 25 à 50% de syrah pouvant être complétés par du mourvèdre, du carignan, du cinsault, de la counoise… et même 10% de cépages blancs), l’appellation aimerait obtenir un jour un classement en blanc à majorité muscat petits grains associé au viognier et au grenache blanc sec « mais le dossier traine depuis des années car le muscat petits grains avait été été abandonné dans la vallée du Rhône et l’Inao ne tient pas à le voir réapparaître dans les cahiers des charges ». Aujourd’hui l’appellation se concentre sur le développement de l’œnotourisme avec comme atout majeur les magnifiques paysages des Dentelles qui bénéficie déjà du label Vignobles & Découvertes. L’occasion de faire découvrir dans les caves et les restaurants des environs des nouveaux accords, la cuisine méditerranéenne et le chocolat avec les beaumes-de-venise rouges, les fromages à pâte persillée, les desserts aux fruits et même du saumon mariné avec un muscat.

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Castillon : le Clos Louie fait de plus en plus parler de lui

Discret par sa taille et par le tempérament de ses propriétaires, le domaine en Castillon-Côtes-de-Bordeaux, lové à deux pas des Grands Crus Classés de Saint-Emilion, sort de l’ombre par la qualité des vins produits.

La tronche des cadavres qui trainent dans le chai donne toujours de sérieux indices. Au Clos Louie, on aperçoit sur un meuble des bouteilles vides de Markus Molitor, Gérin, Tempier, Cotat, Huet…, c’est rassurant. « Les vins des autres sont riches d’enseignements », prévient le maître des lieux, Pascal Lucin, qui, avec sa voix rocailleuse, ne parle jamais pour ne rien dire. Son implantation dans les Côtes de Castillon est une modeste histoire de famille. Au début des années 2000, il hérite de quelques ares sur la commune de Saint-Philippe-d’Aiguille qu’il complète d’un achat à sa sœur. Libournais, millésime 63, Pascal Lucin est déjà dans le vin avec dans sa poche un BTS, un DUT et le DUAD. Il a fait ses armes du côté de Bourg et de Blaye au Château Garreau. En 2000, il intègre le Château Grand Pontet, Saint-Emilion Grand Cru Classé (actuellement racheté par le Château Quintus), où il s’apprête à réaliser aujourd’hui son 21ème millésime. Reconnu sur la place par son travail en ce lieu, Pascal Lucin a écrit parallèlement l’histoire de son Clos Louie. Mais rien n’aurait été possible sans sa compagne, Sophie. « Je me destinais à être prof d’anglais et je me suis davantage vue dans les vignes, il y a pire n’est-ce pas ? », dit-elle en retirant ses petites lunettes colorées.

En 2012, le couple acquiert une maison adossée à un chai sur la commune de Saint-Genès de Castillon, un havre de paix qui jouxte l’appellation Saint-Emilion, en l’occurrence les Châteaux Fleur Cardinale et Valandraud. Aujourd’hui, Sophie et Pascal caressent 4,5 hectares plantés de vieux merlot, de vieux malbec, de cabernet franc et de cabernet sauvignon. « Nous jonglons avec ces cépages et avec deux types de sols, des argiles ferrugineuses du côté de Saint-Philippe d’Aiguille et des sols argilo-calcaires du côté de Saint-Genès », souligne Pascal. Dès 2003, les propriétaires du Clos Louie ont choisi la conversion en agriculture biologique pour une certification en 2012 et plus encore en biodynamie à compter du millésime 2019. « J’ai découvert cette pratique au milieu des années 90 au Château Garreau, j’ai tout de suite compris que c’était l’avenir, il y a une logique, c’est inspirant, ça donne du sens à notre travail », explique Pascal avant d’ajouter en montrant son dynamiseur : « Quel bonheur de préparer mes tisanes avec ma fille Léopoldine, il règne un silence apaisant, on sait pourquoi on travaille ». Au fil des millésimes, les vins du Clos Louie se sont fait une réputation avec notamment une clientèle de particuliers fidèle. Ici règnent la vitalité et la profondeur, la finesse et la fraîcheur. « Nous n’aimons pas les vins assis, pâteux, mous, nous aimons l’éclat du fruit et le côté racé », résume le couple. On devine facilement le prénom de l’autre enfant par la cuvée sur le fruit « Louison et Léopoldine » (autour de 25€), un assemblage de merlot et de cabernet franc. La cuvée Clos Louie (autour de 40€) convoque quant à elle tous les cépages et principalement les vieilles vignes. Le dernier millésime en bouteille, le 2019, est une leçon de précision et de touché. On n’a pas fini d’entendre parler du Clos Louie qui montre une fois de plus les trésors qui naissent dans les Côtes de Castillon.

Clos Louie
Sophie et Pascal Lucin-Douteau
1, Terres Banches, 33 350 Sint-Genès-de-Castillon, 0557744663

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Une escale “Explore Cognac” à l’île de Ré

On embarque pour une escale Explore Cognac avec la coopérative de l’île de Ré qui a ouvert un nouveau caveau et développé des activités œnotouristiques pour faire savoir que l’on produit vins, pineaux et cognacs dans cette île charentaise.

« Les touristes viennent à l’île de Ré pour se baigner sur les plages ou pour faire du vélo mais ils ne savent pas qu’on y produit du vin [en IGP Pays Charentais] et encore moins du cognac », déplore Stéphane Thomas en charge de l’œnotourisme à la coopérative Uniré. Celle-ci a donc décidé de le faire savoir en s’offrant un nouveau caveau de 350 m2 et en embauchant un sommelier. La coopérative, longtemps producteur monopolistique dans l’île (jusqu’en 2018), compte toujours une quarantaine d’adhérents sur 500 hectares plantés pour moitié en ugni blanc (destiné à l’élaboration du cognac et du pineau), le reste en sauvignon, chardonnay et colombard pour les blancs, merlot, cabernets et négrette pour rouges et rosés (une bouteille sur deux est vendue en rosé, 30% en blancs, le reste en rouge pour une production d’environ 1 million de bouteilles par an). Priorité avait d’abord été donnée aux investissements dans une nouvelle salle des pressoirs, une chaîne d’embouteillage et une réorganisation de la réception des vendanges. « Il y avait déjà des visites de caves mais inadéquates sur un lieu de travail au milieu des pressoirs. Nous avons donc axé le parcours sur la distillerie autour de l’alambic de 120 hl, l’un des plus grands de la région, et dans les chais de vieillissement qui abritent les pineaux et cognacs d’Uniré mais également ceux de la maison Camus dont une partie est stockée au fort Vauban La Prée ».

Au comptoir, à vélo ou à cheval

Après avoir perfectionné ses connaissances en eaux-de-vie et pineaux, Stéphane Thomas s’est attelé à développer l’œnotourisme et la présence de la coopérative sur les réseaux sociaux. L’ancien caveau, refait à neuf avec comptoir à dégustation, a été reconverti en salle de dégustation et de séminaires pour développer l’activité auprès des entreprises de la région avec des ateliers de dégustation et de mixologie. Outre les dégustations après chaque visite, l’animateur-sommelier y a mis en place, dans le cadre des expériences Explore Cognac, des initiations aux accords mets-pineau-cognac avec saucisson, fromage de chèvre et chocolat à la fleur de sel. Les visiteurs peuvent également opter pour la balade commentée à vélo les jeudis matins avec pauses dégustations face à le mer ou dans les vignes, et et celle à cheval, le long des parcelles, en fonction des marées avec dégustation aux écuries au retour. L’occasion d’apprendre que l’implantation des vignes dans l’île de date pas d’hier mais de l’arrivée des moines cisterciens au 13e siècle à l’abbaye des Chateliers de La Flotte. Que les bâtiments de la distillerie n’ont pas brulé mais que les vapeurs d’alcool nourrissent un champignon microscopique, le torula, qui noircit les murs. Que le pineau des Charentes, mélange d’un quart d’eau-de-vie de cognac et trois-quarts de moûts de raisin, vieillit ici dans des foudres cinquantenaires, 2 ans pour les rouges, trois pour les blancs. Qu’un hectare de vigne équivaut à 4-5000 pieds soit la surface d’un terrain de foot…

La cave rhétaise sous la direction de Christophe Barthère a d’ores et déjà décroché le label Qualité Tourisme, « une reconnaissance qui va nous aider à sensibiliser les offices de tourismes et à créer un réseau de partenaires notamment hôteliers » comme avec l’’Auberge Paysanne de la mer à Saint-Martin-en-Ré ou le Richelieu, hôtel-restaurant 5 étoiles à La Flotte qui vient d’être entièrement restauré.

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