[Entretien] Jean-Rémy Rapeneau, Champagne Charles de Cazanove

A l’occasion de son élévation au rang de dignitaire de l’Ordre des Coteaux, Terre de Vins est allé rencontrer Jean-Rémy Rapeneau, un jeune directeur commercial plein d’allant qui n’a pas eu froid aux yeux en supervisant la création ex-nihilo du réseau de distribution international du groupe familial.

Vous venez d’être élevé au titre de dignitaire de l’Ordre des Coteaux, c’est un grand honneur en Champagne, comment l’avez-vous vécu ?

Comme je l’ai dit, jamais je n’aurais pensé un jour rentrer dans un « Ordre » mais j’avais mal compris au départ le sens de ce terme en français : « Order » en anglais signifie littéralement « commande ». Alors évidement, en tant que voyageur de commerce, c’est un mot gratifiant dans le registre de la performance. Plus sincèrement, cet engouement pour cet Ordre, nous le devons à Pierre Emmanuel Taittinger, grâce à lui et son dévouement éternel pour notre famille, nous avons pu réaliser nos premiers chapitres privés au Château de Bligny…

Une juste récompense lorsque l’on voit le bel itinéraire de votre groupe familial…
Ernest Rapeneau, mon arrière-grand-père, a commencé marchand de vins et négociant dans les années 1900 à Hautvillers. Son fils Bernard a repris le flambeau. En 1979, il a racheté la maison GH Martel avec ses deux fils. Jean-François était en charge de la partie commerciale. Christophe, mon père, était l’œnologue du groupe. Parallèlement, les deux frères qui croyaient au terroir, ont très vite voulu investir dans le vignoble. Ils ont commencé à planter en 1973 et ont réussi à réunir un domaine en propre de 200 hectares réparti sur 64 villages, entièrement certifié HVE niveau 3, auxquels s’ajoutent l’approvisionnement de 700 hectares cultivés par 500 vignerons partenaires. En 1999, ils ont racheté le château de Bligny, le seul château Récoltant manipulant de Champagne, avec un vignoble de 30 hectares sur la Côte des Bar. Enfin, en 2003, ils ont acquis la Maison Charles de Cazanove. Aujourd’hui, nous sommes l’un des groupes familiaux indépendants les plus importants.

Notre développement commercial jusqu’aux années 2000 était axé à 100% sur la France. Nous avons commencé en même temps que la Grande Distribution il y a une cinquantaine d’années. Ses opérateurs cherchaient des fournisseurs sérieux, qui partageaient leurs objectifs de croissance. Nous sommes devenus leader sur ce secteur jusqu’à ce que la GD change de stratégie et nous aussi. Depuis fin 2008, sans abandonner complètement la GD, nous nous sommes réorientés vers l’export. Partant de zéro, nous avons réussi en dix ans à constituer un réseau de plus de 400 distributeurs répartis à travers 75 pays. A la veille du COVID l’export s’équilibrait ainsi avec le marché intérieur à 50/50. Cette réussite à l’international repose sur la diversité de nos marques. D’un côté Cazanove, une marque festive, dans l’ère du temps, qui sait s’adapter aux événements avec ses sleeves, sa dernière cuvée bio ou son côté cabaret. De l’autre, GH Martel, une maison plus traditionnelle, dont les caves sont classées à l’UNESCO, fondée sur des valeurs familiales. Entre les deux, le château de Bligny, plus centré sur le terroir, idéal pour les sommeliers qui vont pouvoir trouver une collection de cuvées plus pointues, avec entre autres des monocépages.

La Maison Charles de Cazanove réalise de nouveaux aménagements œnotouristiques…
Notre renforcement à l’export amène de plus en plus nos clients à nous visiter. Or nous avons cette chance que n’ont pas d’autres marques, nous ne sommes pas seulement des noms, nous avons derrière de véritables maisons. En ce qui concerne Cazanove, il faut comprendre que le champagne est quelque chose de sérieux, mais avec lequel on peut s’amuser. Les Rémois ont tendance à oublier son aspect festif pour se focaliser seulement sur la complexité du vin. Notre approche chez Cazanove se veut donc plus expérientielle. Elle n’est pas axée sur la traditionnelle visite de cave. C’est dans cette optique que nous avons créé plusieurs salons à découvrir dès janvier prochain, souvent ludiques, où vous trouverez par exemple un jeu de dames géant composé de bouteilles de champagne et d’autres surprises qui réinterprètent les codes de ce produit riche en histoire. Avant le covid nous avions déjà 20.000 visiteurs/an. Nous sommes idéalement situés dans le cœur historique de Reims, en face de la Porte de Mars. Par notre proximité de l’entrée routière et de la gare, nous sommes la première Maison de Champagne que les voyageurs voient quand ils arrivent et la dernière lorsqu’ils repartent.

Vous êtes évidemment tombé dans la marmite du champagne quand vous étiez petit, quel a été votre cheminement professionnel ?
Adolescent, je travaillais déjà après l’école pour faire les visites, les vendanges et plus tard les salons. Je me suis découvert la fibre commerciale. J’ai fait NEOMA Rouen, j’ai beaucoup voyagé pour apprendre les langues, notamment en étudiant un an à Londres à l’université de Westminster. J’ai eu l’opportunité un été de me rendre aux Etats-Unis et de découvrir les wineries américaines, j’ai décidé de rester et j’ai commencé à m’occuper de l’export pour les USA et le Canada. Aujourd’hui, nous avons réussi à dépasser là-bas les 600.000 bouteilles ce qui en fait l’un de nos plus beaux marchés avec l’Australie (600.000 bouteilles également). J’ai même obtenu la Green Card : à force de m’investir j’étais devenu l’un d’eux ! Pour moi, c’est une sorte de « personal achievment ».

www.champagnedecazanove.com

Cet article [Entretien] Jean-Rémy Rapeneau, Champagne Charles de Cazanove est apparu en premier sur Terre de Vins.

Vendanges : fumée blanche en Médoc

C’est le top départ des vendanges pour les futurs vins blancs du Médoc qui connaissent chaque nouvelle année une demande toujours plus forte. Au château Lynch-Bages, le premier coup de sécateur se fera demain, jeudi 9, avec un retard de 10 jours par rapport à l’an passé.

Dans ce coin de Pauillac, sur les 7 hectares de vignes pour le blanc du domaine, on commence par les jeunes sauvignons, puis la muscadelle, les vieux sauvignons et enfin les sémillons. « Ça se présente bien, l’état sanitaire est très correct malgré les pressions de mildiou, on se dirige vers des degrés pas très élevés, c’est-à-dire des vins avec de la fraîcheur et de la tension, on va bâtonner par la suite, l’élevage travaillera les vins pour gagner en rondeur », explique le directeur technique Nicolas Labenne. Au château Lynch-Bages, le millésime 2021 pourrait regarder vers les sauvignons de Sancerre.
Non loin, au château Talbot, débuteront les hostilités en début de semaine prochaine pour aller chercher un style plus riche, plus aromatique. Comme partout, la saison fut compliquée mais, là aussi, il n’y a pas d’impact notable du mildiou. « Je crois que c’est une chance de ne pas être en bio, nous avons été épargnés grâce à ça. 2021 semble rappeler 2014 en termes de millésimes, mais en fait on a un retournement de météo plus tardif en 2014, on a eu en 2021 un joli cycle depuis début août », précise Jean-Michel Laporte, le directeur du château Talbot qui compte 5 hectares de sauvignons blancs, gris et du sémillon. Pour la cuvée Le Caillou, les équipes du château Talbot aime aller chercher les maturités. Ainsi, le top départ est pour lundi ou mardi prochain. C’est le timing également choisi du côté de Saint-Seurin-de-Cadourne, au château Doyac, le fameux Cru Bourgeois Supérieur avec sa cuvée de blanc Le Pélican. Des dégustations de raisins à la vigne viennent d’être effectuées et la décision a été prise par la famille de Pourtalès de décaler les vendanges à lundi prochain. « C’est encore assez acide mais au niveau aromatique, ça se présente très bien, on va commencer par les parties les plus calcaires, notre vigne travaillée en biodynamie a été très peu touché par le mildiou, le sauvignon blanc est resté sain », souligne Clémence de Pourtalès. Ça s’annonce bien pour le troisième millésime blanc du château Doyac. « On sent un réel engouement pour le blanc », ajoute Clémence.

Cet article Vendanges : fumée blanche en Médoc est apparu en premier sur Terre de Vins.

Pessac-Léognan : les blancs secs finalement au top

Après avoir subi le gel en avril et des pluies abondantes en juin, le mois d’août chaud a permis à la vigne du Bordelais de rattraper son retard et de produire une vendange plutôt saine avec un niveau de qualité très satisfaisant. Zoom sur les blancs de Pessac-Léognan

Des calamités climatiques préjudiciables…

Philippe Dulong, œnologue du Laboratoire Œnologique Dulong Chaminade SCM à Cadillac, décrit les accidents climatiques qui se sont abattus sur la France et qui n’ont pas épargné le vignobles bordelais. « On a eu tous les degrés de gel en Pessac-Léognan, et, en juin, on a eu 200 à 250 mm de pluie. Il y a eu de la coulure et la grappe a filé, c’est-à-dire que la repousse a avorté », il n’y a parfois pas de grappe décente. « En juillet, s’il y a eu un peu d’eau, c’est la fraicheur et l’humidité qui ont rendu compliquépe la conduite de la vigne. On a des résultats face au mildiou très différents. Et puis c’était sans compter sur les insectes piqueur-suceur, comme la cicadelle verte dont les larves peuvent provoquer des grillures sur les feuilles en cas de fortes populations. Les vignes placées en bordure de forêt, comme c’est souvent le cas en Pessac-Léognan, en ont été victimes. Les vendanges s’annoncent donc très hétérogènes. »

… mais un rebond qualitatif

Pour les propriétés peu touchées par le gel notamment, l’année se présente bien. « Les quantités sont abondantes », nous dit Philippe Dulong. « Le poids des baies est en général 30 à 40 % supérieur à la moyenne et elles sont assez sucrées. » C’est le résultat d’une évolution rapide depuis le 17 août : les quatre dernières semaines ont été « chaudes et ventées, ce qui a contribué à la concentration des baies. » Contrairement aux quelques années précédentes « la plante a encore de l’eau, et on est au-delà de 12 ° en potentiel. »

Autre caractéristique, « on a une acidité importante mais qui se dégrade actuellement avec la chaleur ». Ce processus doit nous amener « à une acidité sans excès », ce que confirme Jean-Christophe Mau du château Brown. « Les sauvignons blancs se dégustent très bien, les peaux sont bien croquantes et l’acidité est en baisse actuellement, autour de 4 à 4,5. A priori on s’achemine vers des vins plus tendus que ceux de 2020, davantage sur la minéralité. » Et sur les arômes, Jean-Christophe Mau ne cache pas son optimisme : « La fraîcheur du printemps et du mois de juillet n’a pas brûlé les arômes, les sauvignons sont vraiment très aromatiques. » Pour les sémillons on attendra encore une dizaine de jours : ceux-ci ont besoin de se concentrer car les baies sont grosses actuellement. La météo annoncée pour les dix prochains jours est plutôt favorable.

Laurent Cogombles, du château Bouscaut (cru classé en blanc et en rouge en 1953), va dans le même sens. « On a un profil différent de 2020 qui laisse envisager une puissance et un éclat aromatique. Je n’ai jamais été partisan de récolter des raisins en regardant uniquement les résultats d’analyses. Je goûte : cela suppose de l’expérience mais la bouche est sans doute la meilleure machine calibrée pour ramasser les raisins au moment où il faut. Actuellement, on goute des raisins qui ont un bel équilibre et du potentiel.
Quant au calendrier de vendanges, « on retourne dans des standards » nous dit Jean-Christophe Mau : ramasser des blancs vers le 10 septembre, pour les blancs, c’est plutôt la normalité.

Des vendanges un peu acrobatiques

L’hétérogénéité se retrouve jusque dans les grappes à l’intérieur desquelles on observe des différences de maturité. Philippe Delong indique que certains châteaux ne feront qu’un seul passage dans le rang et que, après avoir passé les grappes à l’érafloir, ils pourront effectuer un tri des baies grâce à la densimétrie. Mises dans un bain, les baies qui flotteront seront ramassées pour être consacrées au deuxième vin par exemple. Les châteaux qui ne sont pas équipés pour la densimétrie feront un seul passage et pourront effectuer leur sélection dans le rang avec deux paniers. Ou bien réaliser plusieurs tries (ou passes) sur le même pied, ne récoltant que les grappes à maturité (c’est ce que fait le château Bouscaut) : mais cela suppose des moyens en personnel et une organisation pointue (certains merlots tardifs pouvant être vendangés avec les premiers cabernets).

Et les rouges ?

Là aussi, on revient de loin. Au 15 août, on était en retard, mais depuis 4 semaines, le beau temps, le vent et des nuits un peu fraîches ont été les meilleurs garants de la qualité du raisin. « On y est » se félicite Philippe Dulong. « Les petits arrosages annoncés pour ces prochains jours vont être bénéfiques pour les rouges. On est actuellement à 10 ou 11 degrés. » Comme pour les blancs, le niveau des acides est assez élevé « mais ca se dégrade très vite car la maturation est enclenchée. Je suis assez optimiste pour les 15 prochains jours. » On peut espérer « une belle vendange pour les merlots de première génération (ceux qui n’ont pas subi le gel). Ça se présente bien. »

Après une période morose due aux accidents climatiques, le sourire est revenu à Pessac-Léognan pour ces vendanges en blanc, un blanc qui s’annonce qualitatif et qui participe grandement à l’image de cette appellation.

Cet article Pessac-Léognan : les blancs secs finalement au top est apparu en premier sur Terre de Vins.