Décès d’un grand vigneron jurassien, Pascal Clairet

Pascal Clairet, vigneron charismatique du Jura, a décidé de nous quitter la semaine dernière à 58 ans. Il était l’un des pionniers des vins travaillés en levures indigènes, sans SO2 ni filtration, revendiquant des vins « naturels » depuis déjà une trentaine d’années, et ardent défenseur du bio et de la biodynamie.

Ancien technicien agricole, Pascal Clairet avait créé en 1991 avec son épouse Évelyne le domaine de la Tournelle à Arbois (39). « Les premières années, nous avons gardé tous les deux un travail, moi à la Chambre d’Agriculture, Évelyne comme technicienne au Syndicat des Côtes-du-Rhône et nous avions loué d’abord un vignoble à l’extérieur d’Arbois », nous racontait-il l’an dernier lors d’une visite de sa magnifique cave voutée en pierre où il aimait essayer sans cesse de nouvelles méthodes et de nouveaux contenants. Ile couple suit diverses formations en œnologie et apprend aussi beaucoup des vignerons emblématiques du Jura comme Pierre Overnoy. Puis ils rachètent peu à peu quelques parcelles, aujourd’hui 5 ha pour les blancs (savagnin, chardonnay), 3 ha pour les rouges (ploussard, trousseau, pinot noir). « Nous avons voulu rapidement travailler en bio [certifié en 2010] puis en biodynamie, en vendanges manuelles, en grappes entières, chargées dans des conteneurs de 20kg pour préserver le raisin, et vinifier en levures indigènes, prendre le temps de faire des vins droits, de changer la futaille et nous avons démarrer les vins nature à partir de 2000 ». Toujours en quête de qualité et de précision dans les élevages, il a été aussi l’un des premiers à lancer un savagnin ouillé passant deux ans en pièces de 600 l. (Fleur de Savagnin), un vin passerillé sur souche (Solstice), un savagnin orange, (Ambre de Savagnin) un poulsard en macération carbonique (Uva Arbosiana)…

Un grand défenseur du bio et du sans sulfites

Pascal et Évelyne ont aussi ouvert en 2006 un restaurant-bar à vin au coeur d’Arbois, dans les fortifications du 12e siècle avec une magnifique terrasse au-dessus de la rivière de la Cuisance et un caveau de dégustation à la décoration vintage d’une ancienne salle de classe sous le regard bienveillant de Pasteur. Le charme de l’endroit, uniquement ouvert en saison, et la passion du patron en faisaient un lieu toujours bondé. A la carte, au vin ou à la bouteille, les vins du domaine et ceux d’une dizaine de vignerons travaillant avec la même philosophie et sans soufre ajoutés. Pascal Clairet était d’ailleurs l’un des piliers de l’association Le Nez dans le Verre qui promeut depuis une dizaine d’années des vins obligatoirement bio sans intrant du Jura et dont il avait repris la tête l’an dernier à la suite de Jean-Etienne Pignier.

Pascal Clairet était reconnu unanimement comme un grand vigneron toujours prêt à partager ses connaissances. « C’était un pilier d’Arbois toujours solide et de tous les combats, très engagé dans la défense du bio, une personnalité arboisienne très appréciée, conclut Olivier Badoureaux, directeur de l’interprofession des vins du Jura. Le vignoble jurassien est particulièrement marqué par sa disparition dans un contexte difficile où les vignerons sont de plus en plus fragilisés et perdus après de tels drames, surtout après le décès de Laurent Vaillé il y a quelques jours et de Denis Benoît du Cellier Saint-Benoît il y a deux ans ». Une cérémonie civile a lieu ce jour à 10H sur la place de l’église de Montmalin sans fleurs ni plaques mais des dons aux Vendanges Solidaires seront acceptés.

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[PRIMEURS] Frédéric Castéja, “un 2020 à ne pas manquer”

Tout au long de la période des Primeurs et en avant-première du n°71 de Terre de Vins qui sortira en kiosques le 19 mai prochain, des figures du vignoble bordelais nous font partager leur regard sur le millésime 2020 et la campagne qui s’annonce.

Aujourd’hui : Frédéric Castéja, Directeur Général de la maison Borie-Manoux et responsable lagrandecave.fr
Quel intérêt pour le consommateur à acheter ce millésime 2020 en primeur ?
« Les volumes sont en baisse cette année en raison des conditions météorologiques. Il y aura moins de vin à la vente, donc acheter en primeur permettra aux clients d’encaver des vins de très belle qualité, pour ne pas le regretter dans trois ou quatre ans. Déjà très charmeur et gourmand, ce 2020 se bonifiera avec quelques années de garde. »
Cet achat s’opérera-t-il à des prix intéressants ?
« C’est un peu tôt pour le dire, je ne suis pas dans la tête des propriétaires, mais je pense qu’ils seront raisonnables par rapport à l’an dernier ou à d’autres millésimes plus anciens. Encore une fois, il y aura un vrai bon rapport qualité-prix dans ces primeurs, comme ce fut déjà le cas en 2019. »

Terre de Vins n°71, spécial Primeurs 2020 à Bordeaux, en kiosques le 19 mai.

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“Beaujolais, Gloires et déboires” : un ouvrage de référence sur l’histoire récente du vignoble

Dans son ouvrage « Beaujolais, Gloires et déboires », le journaliste David Bessenay retrace l’histoire mouvementée du Beaujolais. Un livre qui se lit presque comme un roman policier.

Le Beaujolais aura fait couler autant de litres de primeur que d’encre. Son histoire récente (depuis les 50 dernières années) est faite de changements, rebonds, crises, amours, désamours, rumeurs, conquêtes, et batailles.
David Bessenay, natif de la région et journaliste, retrace dans son livre riche et documenté (publié aux Editions Héraclite) toutes ces années d’histoire, étayées par des témoignages, anecdotes croustillantes et surtout de nombreux faits, faisant de son ouvrage un écrit digne d’une série à rebondissements et qui se lit aussi bien dans une optique professionnelle que comme un roman policier.

Focus sur le Beaujolais Nouveau

L’aventure du primeur est fondatrice de l’histoire moderne du vignoble, bien qu’elle ne soit pas nouvelle pour autant. Le nouveau est ancien, mais la cadence et l’industrialisation qui en font sa caractéristique (et ses malheurs) date de la deuxième moitié du 20è siècle.
Au-delà de l’image d’Épinal que l’on peut en avoir, les données rapportées par David Bessenay sont passionnantes, tout autant que la remise en perspective du « cas primeur » et l’analyse de ses conséquences, bonnes ou mauvaises, sur l’économie et la sociologie de la région.
C’est bien là la principale plus-value de cet ouvrage, préfacé par Jacques Dupont, notre confrère du Point, que de nous faire plonger dans un écosystème complexe : parler en profondeur du primeur implique d’évoquer les interactions économiques, sociologiques, politiques et bien entendu viticoles pour en prendre la mesure.
Et comment on en est arrivé à une forme de radicalisme concernant le nouveau : « on est passé de la critique à la caricature », comme le souligne Périco Legasse (rédacteur en chef de Marianne), dont la plus célèbre manifestation populaire réside dans cette petite phrase moqueuse qui aura accompagné la sortie des primeurs pendant plusieurs années : « alors, il a le goût de quoi, cette année ? »

Le fond du tonneau

Le bug de l’an 2000 n’aura pas eu lieu, sauf en Beaujolais.
Ces premières années de millénaire auront été celles de la consécration du malaise et d’une certaine descente aux enfers, finissant d’achever une opinion publique déjà fragile sur le vignoble, ainsi que les reliefs du vignoble, quels qu’ils soient : les arrachages de vignes auront été nombreux, la baisse du nombre d’exploitations massive (quasiment 50%), la crise de gouvernance entraînant des modifications syndicales majeures, et vit la mise en lumière de certains paradoxes propres au Beaujolais.
A commencer par celui du gamay, cépage encensé par la presse spécialisée mais boudée encore à l’époque par les consommateurs, ou encore sa relation faite d’amour et de haine avec sa cousine la Bourgogne : le Beaujolais doit-il sortir totalement de son giron et construire son identité seul, voire contre celle de son imposante voisine (qui entretient avec lui des rapports parfois hypocrites quand on sait l’intérêt commercial qu’elle peut avoir en Beaujolais), ou au contraire s’affirmer de sa filiation nordique ?
Pas de spoiler alert : la suite de cette aventure aux accents de mythologie vous attend dans les pages du livre.

Ouverture vers le futur

Puis vint le temps du renouveau, car ce qu’on ne peut enlever au Beaujolais, c’est sa résilience.
Changements de pratiques viti-vinicoles, renouveau des générations et avec elles un nouveau souffle, exploration de nouveaux marchés, réhabilitation du primeur et mise en place de nouvelles pratiques, augmentation du nombre des installations, progression de la viticulture bio et biodynamique, prise en main par l’Interprofession d’un nouveau positionnement commercial et marketing pour redorer le blason de ses cuvées, via une segmentation des produits en fonction de leurs prix et (a priori) de leur profil de vin.
Si le vignoble a su remonter d’ores et déjà quelques pentes et gagner (ou reconquérir) des consommateurs, toutes les batailles ne sont pas encore réglées, sa sociologie et ses pratiques étant encore aussi diverses que sa géologie.
Le Beaujolais, vignoble « musette » abreuvé de convivialité et de partage, pourrait tout aussi bien faire l’objet d’un livret d’opéra-rock.
« Beaujolais is not dead », annoncent Fabien et Claire Chasselay du domaine du même nom : la suite au prochain épisode !

336 pages, Éditions Heraclite.
19€ en librairie.
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