R?unie le 15 avril sous l’?gide de son pr?sident Christian Paly, la Commission permanente vin AOC de l’
Un gel historique en Côtes-de-Gascogne et Armagnac

Les vignobles gascon, gersois et pyrénéen semblent moins impactés au global que ceux du Lot et du Tarn mais les dégâts sur certaines parcelles n’en sont pas moins considérables.
Plus de 15000 hectares sont concernés dans le Gers, 70 a 90% des bourgeons ont gelé dans le Bas-Armagnac et à Saint-Mont, 60% en Côtes-de-Gascogne. « 1200 ha de jeunes vignes ont gelé dans le sud gersois et au-delà du rendement, il s’agit de pertes de fonds car certains jeunes ceps ne pourront pas s’en remettre et vont mourir, déplore Christophe Bou, président de l’interprofessionnel des vins du Sud-Ouest. Il faut admettre que c’est du jamais vu en intensité et en durée avec des températures entre -2°C et -5°C, parfois plus dans les bas-fonds ». Le gel a particulièrement frappé le vignoble au nord d’une ligne entre Riscle et Fleurance, dans le Condomois, en bordure des Landes et à Tursan.
Des ballots de foin qui n’ont servi à rien
Dans les Côtes de Gascogne, « on espère avoir quand même quelques raisins grâce aux contre-bourgeons et à quelques pousses qui ont survécu mais la floraison ne sera sans doute pas normale avec des risques de coulure et de millerandage, déplore Alain Desprats, directeur de l’IGP. L’épisode s’annonce encore plus grave que celui de 1991 ou nous n’avions eu qu’une moitié de récolte ». Deux nuits de gel à -4-5°C pendant plusieurs heures les 7 et 8 avril et un nouvel épisode la semaine dernière à -1-3°C ont fait beaucoup de mal « et les ballots de foin brûlés pour faire de la fumée n’ont servi à rien car ça ne peut jouer que sur 1 ou 2°C. Nous allons sans doute réfléchir à l’installation d’éoliennes ». Colombard, gros manseng, chardonnay et merlot ont été particulièrement affectés, un peu moins le sauvignon, l’ugni blanc et le cabernet sauvignon plus tardifs. Plus de la moitié des opérateurs de Côtes-de-Gascogne sont assurés via les contrats de groupe des coopératives et des Vignerons Indépendants « mais nous sommes sur des produits plutôt à consommer dans l’année, reconnaît Alain Desprats. Nous ne pouvons donc pas jouer sur les stocks. Avec tant de volumes en moins, on va forcément perdre des parts de marché que l’on va mettre des années à retrouver ».
A Madiran et Pacherenc du Vic-Bilh, les dégâts sont très hétérogènes avec des pertes de bourgeons entre 30 et 50%, surtout sur la zone gersoise avec des parcelles atteintes à 90, voire 100%. « Le tannat assez précoce a été bien touché mais on espère que les bourgeons fructifères de ce cépage plutôt productif repartiront, analyse le président de l’appellation Pascal Savoret. Mais il y aura forcément un manque de production sur les rouges et après la petite récolte de 2020 à cause du stress hydrique, c’est dur ! » Peu de vignerons assurés en revanche dans l’appellation (5 a 10%, essentiellement des coopérateurs).
Remettre sur la table une réserve climatique
L’Armagnac va également payer un lourd tribut cette année à Dame Nature, « bien pire qu’en 1991 selon les Anciens alors que l’on avait récolté que 7000 hl d’alcool pur cette année-là contre 23 000 deux ans plus tard ; ça donne l’ampleur de la gifle », assène Olivier Goujon, directeur du Bureau National Interprofessionnel de l’Armagnac (BNIA). « Le Bas-Armagnac côté Landes est même touché de 80 à 100% et plus on monte vers le Haut-Armagnac et la Ténarèze, plus les dégâts sont disparates, entre 50 et 70%. Il ne reste plus qu’à attendre ce qui va sortir d’ici début mai ». C’est aussi ce qu’attendent les partenaires viticulteurs de la maison armagnacaise Dartigalongue qui ont gelé de 50 a 90%, essentiellement en baco. « Il y aura peu d’eaux-de-vie cette année et nous allons devoir freiner certains marchés d’autant plus que nous poussons la blanche en mixologie depuis deux ans et que pour ce produit, on peut moins jouer sur les stocks, explique le directeur Benoît Hillion. Cela nous rappelle brutalement que nous travaillons avec un produit agricole plus aléatoire que le gin ou la vodka. Heureusement, nos appros sont sur différents terroirs, ce qui limite les risques mais en Armagnac, nous n’avons pas de réserve climatique comme à Cognac [un stock d’eaux-de-vie en cuves et non en vieillissement, libérable les mauvaises années] ; il va peut-être falloir poser ce sujet sur la table dans les prochains mois… »
En attendant, le BNIA va étudier avec l’ODG des dérogations exceptionnelles pour permettre d’augmenter les rendements du cahier des charges afin d’aider les producteurs qui n’auront pas ou peu de récolte.

(Photo St Martin Cotes de Gascogne ©DR)
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Chartron et Trebuchet de retour sur le devant de la scène bourguignonne

L’une des maisons emblématiques du « triangle d’or » Meursault-Puligny-Chassagne renaît, après une perte de vitesse liée à des reprises successives. Aux commandes depuis 2016, le groupe François Martenot (Grands Chais de France) compte bien refaire de cette signature une référence en Côte de Beaune.
Déstabilisée par une série de rachats, la maison Chartron et Trébuchet était passée sous les radars ces dernières années. Avec des approvisionnements non renouvelés et une qualité fluctuante sur certaines cuvées, la maison de négoce – de grande réputation mondiale dans les années 1980 et 1990 – commençait à s’essouffler. En rachetant la marque en 2016, le groupe François Martenot (Grands Chais de France) avait pour projet de renouer avec ce passé.
Un travail sur l’élevage
« L’idée était de retrouver des vins blancs vinifiés et élevés avec précision », rapporte Serge de Bucy, responsable achats vins et œnologie du groupe François Martenot. « En vinification, nous avons notamment investi dans la maîtrise du froid. Sur l’élevage, un travail de fond a été réalisé, avec un renouvellement du parc à fûts, et une réflexion sur les chauffes. On a aussi ajusté le tir sur la proportion de fût neuf. L’idée étant de patiner les vins sans les abîmer. »
L’œnologue insiste toutefois : « nous voulons aussi travailler en accord avec la philosophie des fondateurs de l’époque et rester en lien avec l’histoire de Chartron et Trébuchet ». Ainsi les cuvées phares du négoce historique, comme le Puligny et le Meursault, sont toujours au centre de la gamme. Côté élevage, les fûts proviennent toujours des mêmes des tonneliers bourguignons. Un lien avec les origines de la maison également symbolisé par l’étiquette, qui a conservé son emblématique liseré bleu.
Coup de coeur : Meursault 2018, Chartron et Trébuchet
La robe, or pâle, dévoile un nez de fleurs et d’agrumes. Une fraîcheur que l’on retrouve en attaque, et gagnant peu à peu en amplitude. Un blanc charnu se dévoile alors. Sa texture se veut à la fois onctueuse et minérale. Joli persistance, qui devrait encore s’accroître avec les années.
En quelques dates
1859 : fondation du domaine Jean Chartron
1984 : Jean Chartron, vigneron, et Louis Trébuchet, négociant, s’associent pour créer la maison de négoce Chartron et Trébuchet, à Puligny-Montrachet
2004 : Rachat de Chartron et Trébuchet par la société Béjot Vins et Terroirs
2016 : Rachat de Béjot par la maison François Martenot (propriété du groupe Grands Chais de France)
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Le gel va peser sur le prix des primeurs
Quentin Chaperon, directeur du Sourcing et des Relations Ch?teaux au sein de la soci?t? de n?goce U’Wine
Covid-19 : le marché mondial du vin chamboulé en 2020

Consommation globale en baisse, champagne pénalisé, succès accru des vins sous emballage carton: le marché mondial du vin a été perturbé par la pandémie de Covid-19 mais s’est montré plutôt résistant, selon l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV).
La consommation mondiale de vin a baissé de 3% en volume en 2020, un recul significatif mais moindre que redouté par les professionnels du secteur au regard de l’ampleur de la crise sanitaire, a annoncé mardi l’organisation, dont le siège est à Paris. Cette consommation est estimée à 234 millions d’hectolitres, soit 7 millions d’hectolitres de moins sur un an, comme lors de la crise financière de 2008-2009, relève l’OIV. C’est son plus bas niveau depuis 2002.
Toutefois, pour l’OIV, compte tenu des incertitudes de l’année 2020, « le secteur vitivinicole n’a pas du tout sous-performé par rapport aux autres produits de base ». En octobre, l’OIV anticipait une chute des ventes mondiales de vin d’environ 10% pour 2020, année marquée par les confinements et les fermetures des cafés, hôtels et restaurants (CHR) mais aussi par les « taxes Trump » sur certains vins européens et les taxes chinoises accrues sur les vins australiens.
« C’était une vision un peu trop négative », reconnaît Pau Roca, directeur général de l’OIV. « La hausse des ventes de vin en supermarché a assez bien compensé » la fermeture des CHR, dit-il à l’AFP. « Le Covid-19 a occasionné toutes sortes de transferts », relève-t-il. Déjà « entre les canaux de distribution, la consommation dans les bars et les restaurants s’étant reportée » sur les ventes dans la grande distribution et en ligne. Transferts ensuite entre les pays, les destinations touristiques étant affectées par l’absence de visiteurs qui ont de ce fait consommé du vin chez eux. Transferts enfin entre vins premium et vins bon marché, au profit des seconds.
« Assez optimiste » pour 2021
Le marché mondial des exportations de vin s’est légèrement contracté en volume (-1,7% à 105,8 millions d’hectolitres) sur un an mais bien davantage en valeur. Le recul est de 6,7% à 29,6 milliards d’euros, marquant la fin d’une décennie de croissance. La demande de vins premium a particulièrement souffert de la fermeture des cafés hôtels restaurants.
La France est restée le premier pays exportateur mondial de vin en valeur, avec 8,7 milliards d’euros de ventes. Mais ce montant a fondu de 10,8% (-1,1 milliard). La plupart des autres grands pays exportateurs ont également vu leur ventes baisser en valeur, à l’exception de la Nouvelle-Zélande et du Portugal.
Les exportations mondiales de vins effervescents ont subi une baisse de 5% en volume et de 15% en valeur. Le champagne, que l’on débouche pour certaines occasions festives a été sévèrement pénalisé par les restrictions sanitaires. En revanche le prosecco italien, moins cher et davantage associé à l’apéritif, s’en est bien sorti, selon Pau Roca.
Le vin en bouteille a représenté 53% des volumes échangés en 2020. Mais un autre contenant se développe de plus en plus: la caisse-outre ou fontaine à vin, souvent appelée « Bag-in-Box » (marque déposée) ou BiB. Ce contenant souple en matière plastique, doté d’un robinet, et protégé par un emballage carton est une sorte de cubi amélioré qui permet une meilleure conservation du vin.
Les « BiB » ont représenté 4% des volumes d’exportation de vin dans le monde. Ils ont progressé de 12% en volume et de 8% en valeur sur un an. Les principaux vendeurs sont l’Allemagne, l’Afrique du Sud et le Portugal.
Pour 2021, Pau Roca se veut « assez optimiste », surtout pour la deuxième partie de l’année. « Je pense qu’on va retrouver un peu de normalité grâce aux vaccins. Et que l’on retrouvera des moments festifs ».
Par Pascale MOLLARD-CHENEBENOIT pour AFP
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Des gels tardifs inédits en Corse

Le gel touche rarement la Corse aussi durement avec des températures à -3° -4°. Il a sérieusement abîmé les vignes de Figari, Sartène, Ajaccio Porto-Vecchio, Bonifacio et Patrimonio affectant en moyenne 20 a 30 % des bourgeons.
Seules les appellation de Calvi, des coteaux du Cap et la côte orientale semblent avoir été épargnées. Ce sont surtout les bourgeons de niellucciu, l’un des cépages emblématiques de l’île, qui ont gelé. « C’est un cépage précoce qui avait déjà débourré alors que les sciaccarellu et les vermentinu n’étaient pas encore sortis », précise Eric Poli, président de l’interprofession des vins de Corse (CIV). La plaine de Figari est sans doute la plus touchée. « On peut s’attendre à une baisse de 30 a 40 % de la production, jusqu’à 60 % chez certains vignerons, estime Jean-Baptiste de Peretti, président de l’AOP. L’impact est bien plus fort et plus étendu qu’en 2017. Un de mes cousins me disait qu’il n’avait pas connu de telles températures depuis 1973. On nous avait annoncé le gel trois jours avant mais comme la veille, le 8 avril, le ciel était nuageux, on ne s’attendait pas à ce que le vent le dégage brusquement, faisant chuter les températures entre -4 et -6°. Le niellucciu, qui avait déjà plusieurs feuilles sorties, a cramé. Les traitements pour sauver quelques bourgeons n’ont pas suffi. De plus, nous sommes en sous-effectif de main d’œuvre à cause de la crise sanitaire, ce qui ne va pas aidé pour retailler. » Ce phénomène long et violent, dans la nuit du 7 au 8 avril, a aussi affecté le Clos Canarelli qui avait déjà perdu 7 ha en 2017 et qui a enregistré de gros dégâts sur une douzaine d’hectares (sur une trentaine au total). Sur certaines parcelles, plus de 80 % des bourgeons ont brulé malgré l’allumage de ballots de foin sur l’exploitation. Sur l’appellation Figari, huit producteurs sur neuf ont été frappés par le ge l; seul le domaine de Piscia de la famille Finidori, très en altitude à 350 m, aurait été épargné.
« On n’avait jamais vu ça sur autant d’hectares »
À Patrimonio où le niellucciu est roi, on n’est pas habitué à des gels aussi tardifs. La majorité des vignerons sur une centaine d’hectares (sur les 450 de l’AOP) ont été touchés et les pertes d’exploitation sont estimées à 50 % pour certains, de l’ordre de 20 % en moyenne. Sans compter les bourgeons verts qui finalement ne se développeront pas comme prévu.
À Porto-Vecchio, au domaine Torraccia, Marc Imbert a constaté deux jours de gros gel le 7 et 8 avril mais également un autre épisode la semaine dernière, très localisé à -3°. « Il a plutôt touché le niellucciu mais je ne suis pas encore allé voir de près, je préfère ne pas voir ça, on attendra plus tard. »
À Sartène, c’est la vallée de l’Ortolo qui a été la plus touchée, en particulier les domaines de Saparale, San Micheli, Pero Longo, de 20 à 40 %. Sur Ajaccio, peu de dégâts sur le sciaccarellu plutôt tardif mais certains secteurs des Clos Capitoro et Ornasca, et de Pratavone le long de la rivière sont plus sensibles au gel. « Nous avons perdu environ 20 % des bourgeons en moyenne, des niellucciu et surtout des grenaches qui ont gelé à 100 % après deux nuits autour de -3°, commente Eloïse Bianchetti du Clos Capitoro. On gèle souvent un peu en bordure de la rivière mais pas avec de telles pertes ; mon père n’avait jamais vu ça sur autant d’hectares. »

Photo F. Hermine
Des éoliennes à l’étude
Le préfet de Corse Pascal Lelarge a déjà fait un tour des vignobles les plus impactés la semaine dernière ; l’Odarc (office de développement agricole et rural de la Corse ) a commencé un diagnostic des dégâts avant d’étudier des aides exceptionnelles au cas par cas, notamment pour des équipements en éoliennes qui rabattent l’air chaud sur les vignes, et qui sont moins polluantes que les bougies ou les brûleurs. « Des exonérations de charges sociales ont également été demandées mais elles aideront surtout les plus gros domaines, précise Jean-Baptiste de Peretti, qui reconnaît que cet épisode va fragiliser les investissements prévus. Il faudra aussi négocier avec l’Inao des dérogations exceptionnelles pour permettre à certains vignerons des achats de raisins. » Encore faut-il que les exploitants aient la trésorerie suffisante, mise à mal par une année de commercialisation difficile, crise Covid oblige. « La Région veut étudier des aides pour des outils de prévention mais les épisodes de gel ici ne sont pas fréquents, estime Eric Poli. Pour l’instant, il faut surtout obtenir des aides directes et rapides pour les jeunes qui viennent de s’installer afin de ne pas mettre en péril leurs exploitations. »
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