Médoc : De belles vendanges en perspective

Loin des Cassandre alimentés par un début d’été humide et la pression du mildiou, Antoine Médeville, co-dirigeant du laboratoire Oenoconseil remet l’église au milieu du village en annonçant de beaux volumes et de la qualité.  

Pouvez-vous nous refaire l’histoire du millésime 2023 ? 
2023 s’est engagé sur les traces de 2022 en termes de précocité avec un débourrement et une floraison extrêmement précoces. Le week-end de l’Ascension fut marqué par le début de la floraison, alors que sur les terroirs moins précoces elle s’enclenchera une semaine plus tard. Rapide et homogène, la floraison fût complète avant la fin du mois de mai sur les terroirs des grands cabernets sauvignons du Médoc. Encore une fois très proche des bases de 2022. À ce stade le nombre et la taille des grappes laissent entrevoir une jolie récolte que la coulure viendra légèrement modérer avec, une fois n’est pas coutume, une coulure plus importante sur le cabernet sauvignon. S’en suit un mois de juin tourmenté avec de nombreux épisodes orageux et des températures bien au-delà des normales saisonnières qui augmentent aussitôt la pression quant à la maladie au vignoble. Juillet sera moins arrosé mais continuellement humide. Le millésime 2023 s’est construit dans le travail avec une pression omniprésente et une pousse rapide de la vigne ne laissant aucun répit aux équipes au vignoble.

On entend parler que de mildiou, quelle est la réalité de la situation ? 
Il a été le fil rouge des vignerons et les a obligés à être vigilant et combatif d’un bout à l’autre de la campagne. Localement et en fonction des méthodes culturales, sur certaines propriétés en Gironde, les pertes sont importantes. La boîte à outils se resserre pour lutter contre cette maladie et c’est aussi une raison pour laquelle les vignerons ont exprimé leur ras le bol, dans un contexte global déjà bien perturbé. Cela étant dit, nous constatons actuellement en sillonnant le vignoble une récolte abondante en Médoc et les rendements devraient être, à l’échelle de cette région, les plus haut depuis un bon nombre de millésimes. Après trois semaines dans les parcelles à déguster les raisins, nous constatons peu de problème de mildiou sur grappes et nous avons beaucoup de mal à comprendre l’emballement médiatique estivale. Nous pensons qu’il serait préférable de ne plus juger un millésime sur la base de conditions climatiques ou autre pression maladie. C’est malheureusement ce qui a été fait avec ce millésime 2023.

En blanc comme en rouge, vers quel millésime se dirige-t-on, aussi bien s’agissant de la quantité que de la qualité ? 
Depuis la mi-août, nous traversons une période historiquement chaude pour une fin d’été. Comme entrevu depuis le débourrement, 2023 est un millésime précoce, seulement quelques jours plus tardifs que l’historique 2022. Les blancs seront terminés à la fin de semaine prochaine et tant au niveau de la qualité que des volumes nous sommes satisfaits. Une certaine hétérogénéité causée par la charge nous a amenés à réaliser, le plus souvent, des vendanges par tris. Les jus à la sortie du pressoir offrent une belle acidité et une aromatique nette qui devrait se révéler durant la fermentation alcoolique. Pour les rouges, les premiers merlots sont en cours de récolte. Il s’agit pour le moment de jeunes parcelles alors que le cœur des merlots débutera à partir du lundi 11 septembre. Comme je vous le disais auparavant, en Médoc, les rendements seront au rendez-vous. Au niveau de la qualité, la période de forte chaleur que nous traversons est globalement positive même s’il existe toujours des exceptions, par exemple sur de jeunes parcelles aux sols filtrants. Nous devons rester vigilants car en fonction des terroirs, de la charge et de l’état des feuillages les chaleurs quasi-caniculaires de ce début de mois de septembre ont un impact totalement différent d’une parcelle à une autre. C’est notre suivi de terrain et notre sens de l’observation qui feront la différence pour ramasser chaque parcelle à son optimum de maturité et surtout ne pas basculer sur des notes de sur-maturité. Si les conditions climatiques se maintiennent cela pourrait nous offrir de belles vendanges étalées. 

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Cognac « Comptons sur la dynamique de tous les acteurs de la filière »

Après une quinzaine d’années de folie, le marché du cognac connaît quelques doutes. À l’approche de la vendange du millésime 2023, Johann Landreau nous délivre sa lecture de la situation. En tant que directeur-général du groupe Landreau et vice-président d’Impaact, il est au cœur du combat en accompagnant de nombreux viticulteurs de la région.

Avec notamment votre département Agro et Solutions, vous accompagnez des viticulteurs dans le cognaçais, pouvez-vous nous refaire l’histoire de ce millésime suspendu à une forte pression du mildiou ? 
Les quelques jours qui précèdent la récolte sont souvent signe d’anxiété, d’impatience, un climat d’avant-match règne sur le vignoble… Ce n’est pas mon moment préféré, les scénarios fusent, les prévisions de rendement gonflent et diminuent selon la météo du jour. Mais les jeux sont faits depuis longtemps, l’initiation florale de la campagne précédente, les paliers de production mis en réserve depuis quelques années et la bataille climato-cryptogamique de cette année devrait payer. On parle de récolte du siècle mais restons prudent.

Mais le quota du rendement est faible cette année en raison de la conjoncture…
En effet, ainsi, en grande majorité, le rendement annuel maximum autorisé de 10,50 hl AP/ha devrait être atteint, l’excédent permettra de réaliser de la réserve climatique. Malheureusement il y a quelques secteurs, comme le sud de la Charente-Maritime, qui ont été très touchés par la grêle ou de fortes pluviométries sur mai et juin, ces agressions ont engendré d’énormes contaminations de mildiou, qui, dans certains cas, ont réduit la récolte de façons drastique. 

Est-ce le moment idéal pour juger des nouvelles pratiques environnementales ?
Clairement. Les méthodes agro-environnementales dans la production du cognac ont permis de déplafonner les rendements de manière durable tout en sortant de notre zone de confort. La forte réduction d’utilisation de produits CMR (Cancérigène Mutagène Reprotoxique) par le remplacement de biocontrôle ou de matières actives moins toxiques demande une adaptation fine des méthodes d’applications. La chimie lourde a rendu service dans un sens mais nous avait donné de mauvaises habitudes. L’observation et la formation sont encore nécessaires pour dompter ce nouveau challenge « écolonomique » qui passera par des grands axes comme le digital, la robotique, la génétique et surtout la résilience de tous les acteurs.

L’envol du coût des matières premières, l’affaissement du marché du cognac, quel est votre état d’esprit à l’endroit de la situation économique de la région ? 
L’inflation sur les matières premières correspond totalement aux enjeux de demain. Elles ne peuvent pas être utilisées à l’infini mais nous en avons besoin. Nous prenons tous cette envolée des prix en pleine face. On dit qu’il est intéressant de sortir de notre zone de confort mais entre la hausse des matières premières, les besoins en main d’œuvre qualifiée, les agressions climatiques et un business plan en baisse, il faut avoir le moral. Un bon cognac se fait sur plusieurs années, je ne pense pas que nous devons nous arrêter sur une campagne. Les efforts menés depuis quelques années ont payé, le vignoble se reboise, les rendements explosent, des hectolitres sont mis de côté, la protection de l’environnement devient une priorité. Les méthodes évoluent parallèlement à une croissance folle des surfaces par individu, ce marathon de la performance est fatiguant mais nécessaire. En prenant ces risques je pense que nous construisons l’avenir de la filière sans négliger l’impact sociétal des méthodes. Comptons sur la dynamique de tous les acteurs de la filière afin de grandir ensemble.

Quels sont les signes favorables pour l’avenir à l’approche de cette campagne de vendanges 2023 ? 
Les nouvelles plantations vont donner une bouffer d’oxygène dans la conduite du vignoble. Les belles années ont permis de remettre à flot l’outil de production et les exploitations se sont modernisées. Personne ne s’est endormi, les investissements ont été réalisés. Sans cela la petite tempête programmée aurait été beaucoup plus difficile. La morosité ne doit pas être là, même si la prudence est de rigueur, nous avons la chance d’avoir quelques belles locomotives pour assurer la promotion et la mise en marché de nos belles eaux-de-vie. Prudence, confiance : les racines du cognac sont bien profondes pour continuer de faire rayonner le produit sur tout le globe.

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Le sens de la fête (des vendanges)

La famille Arrivé aime faire les choses bien pour que leurs vins du Talmondais soient à la hauteur de leurs ambitions. A l’occasion des vendanges manuelles, cette locomotive des vins charentais a dressé une très grande table, à l’ancienne.   

Ce vendredi 8 septembre, à quelques pas des carrelets aux pattes dans l’eau turquoise et du village mythique de Talmont-sur-Gironde, une soixantaine de personnes levaient un verre de bourru. « Nous voulons faire comme autrefois, réunir nos employés, nos anciens salariés, nos amis, les deux à la fois d’ailleurs », explique Bruno Arrivé, propriétaire entre autres des vins du Talmondais. Ici quelque 6 hectares sont vendangés à la main : les pinots noirs, les gamays et ce vendredi les chardonnays. Les plus belles vignes ont droit à ce traitement de faveur pour en extraire le meilleur. La récolte est d’ailleurs très jolie, très saine, le vignoble en agriculture biologique n’a pas beaucoup souffert du mildiou, il y a une concentration à la fois de sucrosité et d’acidité. « Nos terroirs calcaires nous sauvent, ils conservent l’eau, il nous reste les sauvignons à ramasser », ajoute Bruno.  Cette qualité des vins du Talmondais s’explique aussi par une autre raison que Laurie, fille de Bruno, ne manque pas de rappeler : « Avec mes parents et mon frère Guillaume, nous faisons tout de A à Z, de la pépinière à la bouteille, en passant par la distillation pour ce qui est du cognac ». L’énergie débordante de Laurie est une marque de fabrique, un supplément d’âme que l’on retrouve dans la bouteille La Dame Blanche et le reste de gamme. « Nous mettons du cœur à l’ouvrage, nous sommes très famille et les femmes comptent beaucoup, sans mes grands-mères, ma mère, les salariées, rien ne serait possible », confie Laurie dans un sourire aussi large que l’estuaire. Avec ce repas à l’ancienne, la famille Arrivé célèbre les 20 ans du Talmondais, les 60 ans de Bruno et les 80 ans de la grand-mère Éveline. Ça fait beaucoup de bougies à souffler ! Ce premier vignoble bio de Charente-Maritime n’a pas fini de tirer les vins charentais vers le haut. D’importants projets oenotouristiques sont en cours dans un site, pour ceux qui sont déjà allés à Talmont, à couper le souffle. En attendant, le Bourru du Talmondais est commercialisé et c’est du bonheur à 3,90€ la bouteille…

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La Chapelle de Jaboulet sur la place de Bordeaux

La Chapelle et Le Chevalier de Sterimberg sont désormais confiés à un cercle restreint de négociants par lintermédiaire de courtiers bordelais. La mise en marché de ce cru rhodanien sur la place de Bordeaux est effective depuis ce jeudi 31 août avec le millésime 2021 de La Chapelle et du Chevalier de Sterimberg, complétés par les millésimes 2006, 2011, et 2013 de La Chapelle.

Les deux vins prestigieux en Hermitage de la maison Paul Jaboulet Aîné sont dorénavant regroupés et gérés sous une entité propre Domaine de La Chapelle, indépendamment du reste du patrimoine viticole du groupe « Depuis presque 20 ans, nous travaillons à pérenniser un patrimoine unique avec humilité et passion et à révéler le génie de ce lieu hors du temps, commente Caroline Frey à la tête des vignobles du groupe Frey. Nous travaillions déjà historiquement avec la place de Bordeaux pour notre cru classé, le château La Lagune, et comme La Chapelle fait partie des plus grands vins du monde, nous avons souhaité rester dans cet écosystème, ce petit club de vins d’élite y compris pour la distribution ».

La Chapelle est incontestablement le fleuron de la maison Jaboulet (Paul et son frère Henri avaient racheté la chapelle sur le flanc de la célèbre colline de l’Hermitage en 1919). Fondée en 1834, elle est restée familiale jusqu’en 2006, date de son acquisition par la compagnie financière Frey dirigée par Jean-Jacques Frey. Il confie à sa fille Caroline, les 125 hectares de vignoble du Rhône nord en appellations Hermitage, Crozes-Hermitage, Saint-Joseph, Cornas, Côte Rôtie, Condrieu et en Rhône sud, Châteauneuf-du-Pape. La jeune œnologue dirige également le château La Lagune, troisième Grand Cru Classé 1855 en Haut-Médoc, le château Corton C en Bourgogne et possède une petite parcelle de 2 hectares dans le Valais en Suisse où elle réside.

L’un des principaux propriétaires de la Colline
En haut de la colline, une vue de carte postale à 360° sur les méandres du Rhône, entre Drôme et Ardèche, et sur la ravissante chapelle construite par le chevalier Henri Gaspard de Sterimberg de retour des croisades contre les cathares. Caroline Frey, sportive de haut niveau et grande amatrice de randonnées en montagne, aime particulièrement s’y promener. « Mon attachement à ce vignoble est sentimental. Chaque personne qui gravit la colline jusqu’à la Chapelle, sur les pas du Chevalier de Sterimberg qui s’y installa au 13ème siècle, y cultiva la vigne et donna son nom à l’appellation Hermitage, ressent l’émotion et l’énergie de ce lieu mythique ».

Les Domaines Paul Jaboulet Aîné sont parmi les principaux propriétaires de vignes en Hermitage (avec M. Chapoutier et la cave de Tain) : 26 hectares sur les 136 sur la colline, 21 hectares en rouge pour la Chapelle et la Maison Bleue, deuxième vin appelé jusqu’au millésime 2014 La Petite Chapelle, 5 ha de blanc pour la cuvée Le Chevalier de Sterimberg. Le vignoble, certifié Haute Valeur Environnementale en 2015, a été converti en bio (certifié depuis le millésime 2016), et conduit en biodynamie. Caroline a terminé les vendanges des blancs la semaine dernière, elle suivra celles des syrahs avant la fin de la semaine pour « ce beau millésime certes fortement marqué par la canicule mais épargné par les incidents climatiques ».

Bientôt un nouveau chai

La Chapelle est issu d’un assemblage de syrah exceptionnelles entre 45 et 95 ans, sur les grands terroirs de l’ouest de l’Hermitage, notamment Les Roucoules, le Méal, les Bessards, vendangées à la main en caissette avec un élevage sous bois de 15 à 18 mois (dont 15 à 20% neuf) dans le chai au pied de la colline, à la sortie de Tain. 30 à 80 000 bouteilles sont produites selon les millésimes. Les parcelles de blanc sont davantage réparties sur les coteaux. Un chai d’exception est en cours de développement. L’architecte danois de réputation mondiale, Bjarke Ingels, auteur notamment de la manufacture Audemars Piguet ou du restaurant Noma, a été choisi pour ce projet ambitieux. « Plus que pour sa renommée, Bjarke nous a séduits par sa sensibilité, son talent à s’imprégner d’une histoire, à respecter un lieu et à faire vivre la légende de La Chapelle de manière contemporaine et durable » confie Delphine Prost, la sœur de Caroline qui va suivre ce projet.

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Rendez-vous à la bastide

Ferme fortifiée de Templiers puis couvent de dominicains avant d’être nationalisée lors de la révolution française, le domaine de La Bastide est entré dans la famille Boyer en 1988. La belle propriété de 85 hectares de vignes s’étend entre chênes truffiers et lavandes sur les terrasses caillouteuses de Visan, dans l’enclave des papes. Les garrigues et sables du miocène de Suze la Rousse, située dans la Drôme voisine, accueillent les 28 hectares d’une autre entité dénommée La Petite Verdière.

Vincent Boyer et sa femme Stéphanie s’attachent à protéger l’héritage. Outre la certification AB, des plantations de haies, des semis de champs de fleurs recréent la biodiversité. En collaboration avec la Ligue de protection pour les oiseaux et le département de la Drôme, ils participent à un programme de préservation d’espèces telles l’outarde canepetière, l’oediprède criard et l’alouette lulu.

Vincent Boyer propose dans sa gamme de Côtes du Rhône et Villages Visan et Suze la rousse, un IGP qui nous a tapé dans l’oeil. Son Rendez-vous à la bastide est une petite bombe d’arômes et de fraîcheur ! Son assemblage sauvignon, viognier et muscat, explose de fruits jaunes et blancs où domine la poire William. Charmeur, gourmand, appétant, avec un peu de gaz dû à sa prime jeunesse, il déborde de légèreté. Sans prétention mais rudement efficace pour l’apéritif, avec un feuilleté au chèvre frais.

Domaine de la Bastide (84)
Rendez-vous à la bastide – IGP Méditerranée – 4,80 €

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La vendange 2023 en Champagne en sept caractéristiques

Poids des grappes record, avance des chardonnays, tri… La récolte 2023 en Champagne vient de démarrer avec son lot de particularités. Le stress du mois d’août lié à l’apparition de pourriture laisse place à l’enthousiasme d’une récolte généreuse et qualitative, soutenue par une météo de nouveau favorable.

1 – Des degrés peu élevés, mais une aromatique expressive
À fin août, la charge aromatique des raisins était plus avancée que leur degré potentiel. Un constat en négatif de 2022. Les raisins ont profité d’une campagne « sereine, très peu de gelées et de grêle, mildiou et oïdium contenus », commente le Comité Champagne. « Ce que je goûte est bon. Mais, pour moi, pour le moment, ce n’est pas mûr », constate Alice Tétienne, cheffe de caves de la maison Henriot. La cueillette des partenaires de la maison démarre ce 6 septembre, mais celle du vignoble a été décalée à lundi prochain.

Atypique, le millésime 2023 ? Jean-Baptiste Lécaillon évoque une vendange plutôt « classique ». Le chef de caves de la maison Roederer et coprésident de la commission technique du Comité Champagne compare à « une vendange des années 1980 – 1990 ». « On ne parlait pas de degrés à l’époque. Cette année, ils seront faibles, ce qui est plutôt bien car nous aurons des vins élégants, fins. »

2 – Des chardonnays, « magnifiques » et en avance
« Vendangez tous les chardonnays ! », recommande Jean-Baptiste Lécaillon, qui a entamé ce mardi la cueillette par les blancs avec trois jours d’avance. « Ils sont propres, sains, mûrs, se goûtent très bien. Ils sont juteux, les grosses baies seront faciles à presser. » Même constat enthousiaste de la part d’Alice Tétienne. « Il n’y a aucune alerte sur les chardonnays. Ils sont magnifiques et clairement en avance, comme à Vaudemange, où c’est inhabituel. Mais cela dépend des secteurs », tempère l’œnologue. « Pour nous, à Chouilly ou à Epernay, l’aromatique est encore timide donc nous avons décidé de décaler à lundi. »

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3 – Vigilance sur les pinots
« L’inversement climatique est lié à la pluie du mois de juillet. Les pinots n’ont pas eu la chaleur dont ils avaient besoin. » Si la vendange des blancs va être « facile », souligne Jean-Baptiste Lécaillon, celle des noirs sera plus « champenoise ». « Il faut être vigilant à son chemin de cueillette et aux quelques foyers de botrytis afin de trier ce qui doit l’être. » Le résu MATU confirmait fin août également un ralentissement de la prise de degré des meuniers en particulier. « Nous sommes sur un plateau, autour de 7,5 degrés de moyenne, confirme Alice Tétienne ce mardi. Donc nous attendons. » La chaleur retrouvée combinée aux nuits fraîches commençait déjà à favoriser doucement la hausse du degré d’alcool potentiel.

4 – Un poids des grappes record
C’est LA nouvelle qui fait causer. Il suffit de se balader dans les vignes pour le constater : les grappes sont énormes, affichant un poids moyen record de plus de 220 grammes. Avec son petit chapelet de bonnes nouvelles. D’une part, tout le monde devrait atteindre le rendement disponible ; d’autre part, la quantité permet de délaisser les grappes touchées au profit de celles intactes. « Je suis même surprise d’avoir cette aromatique précoce pour ces mastodontes », se réjouit Alice Tétienne. « Pourtant, on aurait pu penser que le sucre serait plus dilué en raison de la quantité de fruits. »

5 – Un tri facilité
À fin août, selon le réseau MATU, « la fréquence moyenne de pourriture grise était de 11,2 % à l’échelle de l’appellation ». Le temps chaud et sec de cette semaine contient la maladie. L’abondance de fruits et le temps chaud et sec facilitent le tri. « On a moins de botrytis qu’en 2004 et en 2002 », souligne Jean-Baptiste Lécaillon. « Mais il faut être bon jusqu’au bout, avoir un collectif d’enfer et que tout le monde joue le jeu jusqu’aux pressoirs. » En espérant que la météo ne vire pas la semaine prochaine.

6 – Sous-charger les caisses
Les grappes pèseront lourds. Potentiellement jusqu’à 60, 70 kg par caisse alors que le poids réglementaire est de 50 kg. Les prochains jours s’annoncent chauds. Préserver les jus s’avère donc une priorité. « Nous avons demandé à nos équipes de sous-charger les caisses pour éviter l’autopressurage », confirme Alice Tétienne. Ce phénomène entraînerait la perte de jus qualitatifs avant même l’arrivée aux pressoirs. « La chaleur va fragiliser les raisins. Il y aura un phénomène de déshydratation auquel faire attention », ajoute Jean-Baptiste Lécaillon.

7 – Un millésime qui peut « surprendre »
« Hors normes » dans ses dimensions physiologiques, la vendange 2023 apporte pour Jean-Baptiste Lécaillon « un goût de nostalgie », pensant à 1995, 1996 ou encore à 2002, 2004. Les premiers moûts donneront le ton, mais le chef de caves trouve la récolte – sa 35ème – « très excitante ». « Je suis optimiste sur la qualité du millésime qui peut nous surprendre par son classicisme et sa fraîcheur aromatique

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Rencontre avec Florent Latour, le nouveau Président de la Maison Louis Latour

Quelques mois après le décès prématuré de son frère Louis-Fabrice, Florent Latour assure désormais la destinée de cette grande maison bourguignonne comme Président du Directoire. Pour Terre de Vins, il s’est livré au jeu des questions-réponses.

Vous venez de prendre la tête de la Maison familiale. Comment se porte-t-elle ?
La Maison Louis Latour se porte très bien. Nous sommes, avec d’autres, causes et conséquences des vents favorables qui portent aujourd’hui la Bourgogne.

Le décès de votre frère remet-il en question l’indépendance de votre Maison familiale ?
Non, au contraire. Le drame de la disparition prématurée de mon frère nous a tous amené à re-réfléchir à ce qui compte vraiment. Pour la famille Latour et ses diverses branches, c’est la tradition. Et la pierre angulaire de notre tradition, c’est notre indépendance.

Quelles sont les évolutions majeures prises par la Maison au cours de ces dernières années ?
Nous avons décidé de porter notre projet œnologique dans plusieurs régions moins connues de la grande Bourgogne : l’Auxois, l’Yonne et les Pierres Dorées.

Souhaitez-vous développer le bio ? La Biodynamie ? Si oui, dans quelles proportions ?
Nous avons toujours eu au sein du Domaine le souci d’être le plus précis possible, parcelle par parcelle, et de minimiser notre impact. Nous avons successivement été reconnus Agriculture Raisonnée, ISO 14001 et maintenant Agriculture Biologique. Ces démarches nous permettent de certifier nos pratiques et d’enrichir notre réflexion sur la mesure de leur impact, d’abord à l’échelle de nos parcelles puis, plus globalement, à travers des outils complémentaires comme le bilan carbone.

Comment la Maison aborde-t-elle le défi du réchauffement climatique (viticulture, travail des sols, cépages résistants, etc.) ?
La Maison a beaucoup profité de ses expériences dans le Sud de la France (Ardèche et Var) pour s’adapter au changement climatique, en particulier en matière de date de vendanges et de réactivité. Nous nous adaptons sans cesse comme l’ont fait nos prédécesseurs mais avec sans doute des délais plus courts. Ainsi, nous avons renoué avec la taille tardive pour se protéger du gel, nous testons actuellement des porte-greffes résistants à la sécheresse, nous explorons nos collections de Pinot et Chardonnay pour faire une sélection massale plus résiliente face aux chaleurs et nous menons avec le BIVB et la Chambre d’Agriculture des essais de conduite alternative de la canopée pour s’adapter aux conditions du millésime. En effet, outre l’adaptation à long terme à travers le matériel végétal, il est important aussi de pouvoir réagir à la diversité des millésimes qui va grandissante…

Quels sont les grands projets que vous comptez mener dans les prochaines années ?
Nous avons évoqué nos nécessaires ajustements face aux changements climatiques. Par ailleurs, notre marque doit continuer à être synonyme de qualité et d’authentique tradition, y compris auprès de générations plus jeunes et plus digitales. Il nous faut aussi accompagner une distribution aux exigences de réactivité logistiques croissantes. J’ai aussi évidemment pour projet le maintien de notre trajectoire familiale avec l’arrivée cet automne d’Eléonore, la fille ainée de Louis-Fabrice, qui représentera, le moment venu, la 12ème génération.

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[Nouveau numéro] Terre de vins : en mode Coupe du Monde !

Pour sa rentrée, Terre de vins passe en mode rugby avec un dossier spécial à l’occasion du mondial qui débute en France cette semaine. Les traditionnelles Foires aux vins de septembre sont également au rendez-vous avec une large sélection de bouteilles.

À l’heure où la France sera le centre d’attention planète rugby, Terre de vins met en lumière des acteurs de l’ovalie pleinement impliqués dans la filière viticole. Rémi Lamerat, Gérard Bertrand, Imanol Harinordoquy et Jacky Lorenzetti prennent la pose en Une de Terre de vins. Ils se confient également sur leur amour pour le vin qui partage de nombreuses valeurs avec leur sport.

Du Luberon à Bordeaux, en passant par le Sud-Ouest
La rubrique « Pépites » vous emmène dans le Luberon avec une sélection de bouteilles à la délicatesse et la complexité aromatique qui caractérisent cette superbe appellation. Le sujet cuisine vous ouvre les portes de « La Pergola », restaurant toulousain aux produits de terroir pleins de générosité. Foie gras, magret de canard ou saucisse de Toulouse, retrouvez les savoureuses recettes de l’établissement accompagnées de plusieurs propositions d’accords mets-vins. Bordeaux est également au menu avec une « Escapade » consacrée aux crus bourgeois du Médoc, ces vins au rapport qualité-prix imbattable derrière lesquels se cachent 250 propriétés à l’histoire et au savoir-faire singuliers, nous vous proposons de découvrir un peu plus cinq d’entre elles.

Foires aux vins : des bons plans à tous les prix
Il était impossible en ce mois de septembre de passer à côté des foires aux vins. Pour vous aider à vous repérer parmi toutes les offres proposées, notre équipe de dégustateurs a joué les éclaireurs pour vous offrir une sélection de 170 cuvées allant de 5 à 130€.  

Terre de vins n°88, 6,90 €.
Abonnez-vous en cliquant ici

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Pourquoi les vendanges à Cognac seront délicates

La récolte 2023 s’annonce « très abondante ». Mais avec le marché américain à la peine, le négoce a des besoins à la baisse. Les viticulteurs sont invités à reconstituer leur réserve climatique.

Pas de gel, pas de grêle et peu de mildiou. Environ 62 000 belles et grosses grappes à l’hectare, d’un poids unitaire moyen de 367 grammes la semaine dernière. Les vendanges au pays du cognac s’annoncent « exceptionnelles », a-t-on appris ce lundi 4 septembre 2023, lors de la réunion de rentrée du syndicat UGVC à Châteaubernard (Charente).

La récolte de l’ugni blanc (le principal cépage des vins à distiller) débutera le 11 septembre, avec une petite semaine d’avance. Elle sera « homogène et très abondante », avec un rendement agronomique parmi les plus hauts des dix dernières années. Il devrait atteindre 145 hectolitres par hectare en moyenne.

Un rendement maximal de seulement 10,5 hl AP/ha
En d’autres temps, ces prévisions auraient enthousiasmé les 4 300 viticulteurs, 260 maisons de négoce et 120 distillateurs professionnels des deux Charentes. Las ! L’affaire est plus délicate. Dans un contexte économique incertain, avec des expéditions en chute libre en Amérique du Nord, le négoce a revu ses besoins à la baisse : seulement 894 518 hectolitres d’alcool pur (hl AP) contre 984 331 l’an passé (soit environ moins 9 %).

Aussi, le comité permanent du Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC) a décidé de refermer un peu le robinet de la production. Le rendement commercialisable maximal est fixé à 10,5 hl AP par hectare (hl AP/ha), contre 14,73 lors de la récolte 2022. Or, cette année, la nature pourrait donner 14,2.

« Cela doit permettre de reconstituer un stock de réserve climatique adapté aux besoins de la filière. Il s’agit là du principal enjeu de la campagne qui démarre », fait savoir le BNIC dans un communiqué diffusé lundi soir. « Faisons de cette situation inédite une opportunité », a ajouté Anthony Brun, le président de l’UGVC.

Que faire des éventuels excédents ?
A ce jour, la réserve climatique est basse au pays du cognac : seuls 89 809 hl AP dorment sous inox. Ces eaux-de-vie encore blanches, non soumises au vieillissement, peuvent être « libérées » et transférées en fût de chêne lors d’aléas climatiques. La réserve climatique se constitue après avoir atteint le rendement commercialisable annuel maximal, dans la limite du rendement administratif butoir (16 hl AP/ha).

Çà et là, dans les six crus et les 83 000 hectares du vignoble du cognac, ce rendement butoir pourrait être dépassé. Une partie de la production devra alors être détruite. Le BNIC met en garde ses adhérents : « Une fois la réserve climatique constituée, le fléchage d’excédents éventuels vers d’autres débouchés devra être géré avec la plus grande rigueur, dans le respect de la réglementation et des grands équilibres de nos filières ». Il est précisé que « l’interprofession et son organisme de défense et de gestion (ODG) seront très vigilants ». Le BNIC souligne que « l’administration a déjà annoncé qu’elle serait particulièrement mobilisée ».

Enfin, il a été indiqué lundi que la demande de nouveaux droits de plantations serait cette année « réduite ». Elle devrait être formulée fin septembre ou début octobre.

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Des blancs secs prometteurs à Pessac Léognan

Si le mildiou et ses effets dévastateurs auront été un thème prégnant depuis le printemps, les blancs secs en Pessac Léognan et sur le terroir de Sauternes ne sont pas absolument concernés. En effet, les cépages blancs ne sont pas sensibles au mildiou et la climatologie leur a été plutôt favorable.

L’été 2023 s’est caractérisé par une climatologie unique. Edouard Kressmann, le directeur technique adjoint du château La Tour Martillac évoque « des pluies d’été qui avaient la forme de douches successives ».  Pas de stress hydrique donc. Wilfrid Groizard, le directeur général adjoint complète : « l’été 2023 a été un peu plus chaud que 2021 tout en restant frais, avec une chaleur un peu tropicale ». Celle justement qui a favorisé le développement du mildiou, mais un mildiou « qui ne touche que très peu les blancs et qui n’a d’impact que sur la quantité, pas sur la qualité » tient à rappeler Jacques Lurton, le Président de l’appellation Pessac Léognan. Un discours tenu par tous les interlocuteurs rencontrés.

Qualité et quantité au rendez-vous.
Des moûts dotés d’une bonne acidité, avec du sucre et du goût en ce qui concerne le sauvignon auquel la climatologie plutôt fraîche de l’été 2023, à Bordeaux, a bien convenu. Marc Perrin, le directeur commercial de Carbonnieux, et son voisin Edouard Kressmann du château La Tour Martillac évoquent des pH autour de 3,10, ce qui permet d’avoir une belle fraîcheur et un beau potentiel de garde. Un discours confirmé par Jacques Lurton: « On a conservé le fruité et l’acidité avec des pH assez bas. Le pic de chaleur de fin aout n’a pas affecté la fraîcheur et a maintenu une belle concentration ». Axel Marchal, professeur d’œnologie à l’université de Bordeaux (ISVV), ne dit pas le contraire : « le temps un peu couvert et les nuits fraiches de cet été ont permis de garder des acidités et le potentiel fruité». Et d’ajouter : « cela fera des vins avec de l’élégance, sur du fruit ».

Quant au sémillon, l’autre cépage emblématique de Bordeaux, il n’est pas encore vendangé mais la météo annonce pour début septembre de la chaleur « que ce cépage aime, à l’inverse du sauvignon » précise Jacques Lurton. Tout est en ordre donc.

Quant aux rendements ceux-ci sont satisfaisants. Carbonnieux et La Tour Martillac sont sur du 45 à 50 hl/ha. Des rendements qui ne s’opposent pas à la qualité « et qui ne sont pas un problème pour les blancs qui s’en accommodent plutôt bien » nous dit Axel Marchal.

Pour ce professeur d’œnologie, « la différence entre les châteaux se fera sur les pratiques viticoles, notamment sur l’effeuillage » qui se révèle parfois être un pari car la météo est changeante. Cet effeuillage permet une meilleure maturation des baies et, en aérant la vigne, diminue les risques d’apparition de certaines maladies cryptogamiques. Mais cela peut tourner en défaveur du raisin en cas de canicule. Dans ce dernier cas, les baies sont alors « cuites » et perdent en acidité et en aromatique. Rien de tel pour le sauvignon bordelais de la rive gauche en 2023. Cette année, la présence de mildiou conduisait à effeuiller, et … il n’y a pas eu de canicule !  Axel Marchal ajoute qu’il y aura probablement « des différences marquées entre les lots car les terroirs joueront leur partie ».

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