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Catégorie : Infos Oenologie
« Info Œnologie » offre un condensé des dernières nouvelles, analyses et tendances du monde viticole. Explorez des reportages sur les régions viticoles émergentes, les techniques de vinification innovantes et les événements viticoles à ne pas manquer. Que vous soyez amateur ou professionnel, nos articles de presse soigneusement sélectionnés vous offrent une expertise variée pour enrichir votre connaissance du vin. Plongez dans des récits captivants sur l’histoire et la culture du vin, tout en découvrant des conseils pratiques pour apprécier chaque gorgée. Avec « Info Œnologie », explorez le monde du vin et savourez chaque instant de cette aventure
L’association des sommeliers de Bordeaux Aquitaine représente 80 adhérents actifs, que ce soient des sommeliers en restaurant, bar à vin, qui dirigent des caves ou en œnotourisme. Entretien avec Jean-Christophe Ollivier son président élu sommelier de l’année 2011 pour la Suisse et maître sommelier de l’Union des sommeliers de France.
Parlez-nous de l’évolution du métier de sommelier ?
C’est un métier qui a beaucoup de mal à recruter, dans le monde entier, on a une dizaine de postes à recruter par jour. C’est un métier passionnant, il faut aimer le vin, voyager, rencontrer des gens et le service en restaurant. Ce sont beaucoup de choses combinées qui peuvent effrayer certains. C’est un très beau métier d’aller faire des dégustations, visiter des propriétés, participer à des concours. Toute personne qui a travaillé dans le monde du vin, qui est actif ou qui a été sommelier dans sa vie professionnelle peut adhérer à l’association sur le site de l’Union de la Sommellerie Française.
Quel est votre parcours Jean-Christophe Ollivier ?
J’ai fait mon école de sommellerie à Saumur. J’ai ensuite évolué durant plusieurs années dans des restaurants étoilés Michelin à travers l’Europe et le monde avant d’arriver à Bordeaux il y a 10 ans. J’ai officié au sein du restaurant Beaurivage à Genève, une des plus belles caves du monde, avec beaucoup de vieux bordeaux. On peut y trouver une quantité de Latour 1945 ou 1947 par cinquante bouteilles, ça fait un peu rêver. Et depuis maintenant 11 ans, je suis à l’auberge Le Pont Bernet, dans le Médoc, avec ma femme.
Quelles sont les actualités à venir pour la sommellerie française ?
Nous sommes 21 régions d’associations, avec entres autres Paris, Nîmes, la Charente etc. et il y a deux nouvelles associations de sommellerie en régions qui vont se créer, celle de l’île de la Réunion et Saint-Domingue/Saint-Barth. Ce sont des sommeliers français qui sont là-bas en poste qui avaient besoin de se réunir pour des dégustations. Et en 2023, la France organise les championnats du monde des Meilleurs Sommeliers du monde à Paris.
Vous aimez les maisons vigneronnes et la Champagne un peu bourguignonne où on travaille le roi des bulles d’abord comme un vin ? Vous adorerez la famille Moutard, ses cépages rares et sa maîtrise de l’alambic. À l’espace Saint-Rémi de Bordeaux Tasting, venez découvrir le nouveau millésime de sa cuvée des 6 cépages, et un ratafia sans soufre au fruit éclatant.
Vous cherchez des curiosités ? Le champagne Moutard, passé maître dans la culture des cépages rares, en possède une jolie collection. À l’espace Saint-Rémi de Bordeaux Tasting, vous pouvez déguster sa cuvée des six cépages qui conjugue aux côtés des très classiques meunier, pinot noir et chardonnay, le pinot blanc, le petit meslier et l’arbane. Ce dernier cépage est l’une des fiertés de la Côte des Bar dont il serait originaire. En 1998, on en trouvait plus qu’un hectare en Champagne. Et pour cause, sa maturité tardive et difficile, de même que ses faibles rendements et sa sensibilité au mildiou et à l’oïdium ne l’avaient pas rendu très populaire. En 1952, visionnaire et attaché à la préservation de la diversité des saveurs de la Champagne, Lucien Moutard en avait replanté une parcelle utilisée pour une cuvée 100 % pure arbane tirée à 1 000 bouteilles à peine. Deux autres parcelles plantées en 1992 et dans les années 2000 sont venues la compléter. Ce sont elles qui approvisionnent la cuvée des 6 cépages. « L’arbane a de très beaux arômes de pêche et d’aubépine. Il a longtemps été considéré dans les assemblages comme un cépage améliorateur qui rentrait dans les bases de blanc de blancs pour rehausser les arômes de chardonnay, leur donner du caractère, renforcer les agrumes. Il ramène beaucoup de finesse » confie Alexandre Moutard, l’arrière-petit fils de Lucien.
Le résultat vaut le détour. La Maison vient tout juste de sortir un nouveau millésime 2011 qui succède à 2010. « Les notes sont légèrement toastées, sans doute parce que c’est l’une des premières années où mon père rentrait des demi-muids, ce qui donnait ce côté boisé, même si nous demandons à notre tonnelier Cavin des chauffes plutôt légères.C’est un millésime encore plus fin que le 2010, avec un peu moins de gras, davantage de tension et des agrumes qui ne sont pas aussi confits, même si on retrouve toujours la même trame. » Une idée d’accompagnement ? Chez Moutard, on aime l’accorder avec la fameuse andouillette de Troyes, mais pas n’importe comment : il faut la faire cuire à l’intérieur de l’alambic, farcie de chaource et enfermée dans du papier d’aluminium troué pour qu’elle puisse prendre tous les arômes du marc.
En parlant d’alambic, la deuxième curiosité à découvrir au stand du champagne Moutard, c’est justement son nouveau ratafia sans soufre. Les choix techniques qui ont guidé son élaboration sont un peu à contre-courant, puisqu’on a cherché au contraire à limiter au maximum le vieillissement (11 mois seulement) tandis que le fût a été banni au profit de la cuve. On garde ainsi la fraîcheur et on reste au maximum sur le fruit. Le mutage se fait avec du distillat de fine champenoise. « Le problème de la fine champenoise à 70 degrés, c’est que vous êtes obligé d’en mettre davantage pour atteindre les 18 degrés nécessaires. Si bien que vous aurez beaucoup plus facilement des arômes d’alcool et cela demande alors un vieillissement plus long pour parvenir à ce qu’il se fonde mieux. En utilisant un distillat à 85 degrés on dilue moins. Cela permet aussi de ne pas réduire la sucrosité naturelle du jus les années où la maturité est difficile. » Au final, on aboutit à un ratafia gouleyant, avec beaucoup de franchise, aucune note d’évolution, et même de la minéralité ! Des qualités qui multiplient les accords possibles : il s’appréciera aussi bien en apéritif, qu’en dessert, voire sur une entrée comme un foie gras…
Rachetée en avril 2019 par l’homme d’affaires et grand amateur de vin de Bordeaux Gérard Jicquel – également propriétaire depuis cette année du château d’Agassac en Haut-Médoc –, le domaine de Listrac a entamé sa mue. Plus de détails avec son directeur commercial Alexis Angliviel de la Beaumelle.
Le château Fourcas Dupré est à retrouver tout ce dimanche à Bordeaux Tasting au Palais de la Bourse, en rez-de-chaussée, sur le stand B5.
Pouvez-vous présenter le château Fourcas Dupré à nos lecteurs ?
Listrac est situé sur le point culminant du Médoc. Pendant six mois, nous étions les plus proches de Thomas Pesquet ! Château Fourcas Dupré compte 47 hectares d’un seul tenant dont 1,20 hectare de blanc, puisque il ne faut pas oublier que Listrac est une appellation historique de blancs. Le terroir de graves pyrénéennes sur argilo-calcaire est actuellement planté à 55 % en merlot, 44 % cabernet sauvignon et 1 % petit verdot. Le domaine est certifié HVE 3 depuis 2019.
Depuis le rachat du domaine par Gérard Jicquel, quels sont les grands projets enclenchés et à venir ?
Au vignoble, a été immédiatement entamé un programme d’arrachage-replantation pour augmenter la dose de cabernet sauvignon, plus adapté au réchauffement climatique, afin qu’il devienne majoritaire. Déjà sur le millésime 2019, il constitue 65 % de l’assemblage. Le changement de propriétaire est manifesté par un changement d’étiquette sur le millésime 2019. Une rénovation totale de l’outil de production a aussi débuté. En vue : un bâtiment permettant un travail gravitaire, avec une cuverie adaptée aux gros blocs identifiés sur le parcellaire, complétée d’un chai à barriques et d’un espace préparation-expédition optimisé. Ce bâtiment devrait être livré pour le millésime prochain. A l’horizon 2023, nous prévoyons la mise en service d’un accueil œnotouristique pour optimiser la position géographique sur cet axe très passant, à l’entrée-sortie de Listrac. Il intégrera une nouvelle boutique, une salle de dégustation et une table hôtelière pour proposer une expérience allant bien au-delà de la simple dégustation des vins. Nous allons nous inspirer de l’expertise d’Agassac en la matière. Nous voulons à la fois renforcer l’accueil du grand public et créer un pôle VIP pour accueillir les professionnels et personnalités au domaine. Après les branches « services » et « hôtels » de son groupe Beautifiul Life, Gérard Jicquel va y adjoindre une branche Beautiful Life Wines pour y intégrer les deux propriétés.
Que proposez-vous à la dégustation ce dimanche sur Bordeaux Tasting ?
Tous les millésimes rouges (17-20 €) sont créés de façon très traditionnelle, les raisins vendangés et triés à la main, vinifiés en cuves en ciment puis élevés par tiers en barriques neuves, d’un et deux vins entre douze et quatorze mois. Dans l’ombre de ses deux grands prédécesseurs, Château Fourcas Dupré 2011 est pourtant excellent, assez structuré. C’est un grand classique de Bordeaux, qui s’affiche après dix ans dans un style souple, fin, aimable. Le Château Fourcas Dupré 2017 passe lui aussi après une grande trilogie 2014-2015-2016. Ce 2017 a été un millésime difficile, mais les Pagés, précédents propriétaires, ont eu l’intelligence de ne pas chercher à en faire une bête à concours. Polyvalent, c’est un vrai vin de soif, souple mais avec du fond, qui se marie avec beaucoup de choses. Il marche notamment très bien au verre en restauration. Premier millésime après la reprise du domaine et l’arrivée à la direction de Lucas Leclercq, Château Fourcas Dupré 2019 est le premier à intégrer une proportion plus importante de cabernet sauvignon que de merlot. Il gagne en densité et en caractère. Les extractions se font aussi plus douces et l’élevage plus tempéré, pour une boisé encore plus fondu et intégré. Cette démarche induit aussi une montée en qualité des seconds vins, puisque les grands merlots basculent dans ces cuvées. À découvrir également, le vin blanc du domaine sur son millésime 2018. Nous projetons d’augmenter les surfaces en blanc. Issu d’un assemblage à 70 % de sauvignon blanc et 30 % de sémillon, pressé et entonnés en barriques neuves pour un élevage avec bâtonnage. Un vin combinant la tension et la fraîcheur sur les agrumes et un milieu de bouche gras et souple. Assurément un vin de table, à déguster avec des saint-jacques snackées, une volaille de Bresse aux morilles, ou des plats exotiques un peu relevé.
Et du côté du château d’Agassac, repris tout récemment par Gérard Jicquel, quels sont les projets ?
Tout est en place, il s’agit surtout d’accroître la partie œnotourisme. En ligne de mire : un projet combinant une partie hôtelière hébergée dans un nouveau bâtiment, fondu et intégré avec beaucoup de bois et végétalisation, et un projet de restaurant étoilé hébergé dans le château. Cette mission sera confiée à l’architecte Olivier Chadebost.
Pour la première fois, Bordeaux Tasting met en lumière le savoir-faire des « winemakers » en accueillant quatre laboratoires d’œnologues-consultants qui font découvrir les vins de plusieurs propriétés qu’ils accompagnent. Voici donc 8 pépites à déguster jusqu’à ce soir chez Rolland & Associés, Hubert de Boüard Consulting, Œnoconseil et Derenoncourt Consultants.
Nous vous en avions parlé il y a quelques jours, en amont de l’événement, cette édition de Bordeaux Tasting accueille pour la première fois quatre stands dédiés au savoir-faire des « winemakers » qui dispensent leur expertise dans le vignoble bordelais et dans le monde entier. Ces quatre stands sont à visiter jusqu’à ce soir au Musée des Douanes, sur la Place de la Bourse de Bordeaux. Si vous ne devez vous tourner que vers quelques vins présentés, voici quelques pépites que vous devez impérativement déguster…
Chez Rolland & Associés, Château de Reignac 2016 est un incontournable. Ce bordeaux supérieur appartenant à la famille Vatelot et conduit de main de maître par Nicolas Lesaint est célèbre pour avoir battu à l’aveugle quelques grands crus classés de renom, mais aussi pour son dynamisme sur les réseaux sociaux. Le 2016 qui est présenté à Bordeaux Tasting (67% merlot, 25% cabernet sauvignon, 8% cabernet franc), quoiqu’encore en pleine jeunesse, séduit par son tonus, son fruit pimpant et plein articulé sur une jolie arête acide et escorté d’un joli grain de tannins. Sa matière souple se conclut sur de fins amers, comme un goût de revenez-y. Immanquable !
Chez Hubert de Boüard Consulting, les vins étrangers tiennent la vedette : Espagne, Liban, Portugal… Mais c’est l’Afrique du Sud qui mérite toute votre attention, avec le millésime 2012 de Klein Constantia. Ce vignoble mythique remontant à 1685 produit un liquoreux dont Napoléon aurait été friand lors de son séjour à Saint-Hélène. Déclinant des notes exubérantes d’abricot confit, de litchi, de rose, est d’une superbe gourmandise et devrait vous donner des idées pour vos tables de fêtes.
Le laboratoire Œnoconseil présente les vins de plusieurs propriétés très intéressante, comme la « star » stéphanoise Haut-Marbuzet ou un tout nouveau projet espagnol, Masos, dans la Valle de Guadalest près d’Alicante. Un vignoble d’un peu plus de 5 hectares, planté il y a quatre ans par la famille Vidal à 600 mètres d’altitude, et qui présente de sérieuses ambitions. Le premier millésime, 2020, est riche de promesses, qu’il s’agisse du rouge Vidal Valaguer ou du 100% chardonnay Sol de Masos. Plus près de nous, on retiendra, dans le Médoc, la souplesse séductrice et appétissante de Clos Manou 2015, vignoble-bijou de Stéphane et Françoise Dief, et le classicisme très tweed de La Tour de By 2016, déroulant son toucher de bouche et son fruit ferme et droit en cabernet majeur. Ces deux vins se situent dans des prix aux alentours des 20 euros et sont deux valeurs sûres pour les amateurs.
Enfin, du côté de Derenoncourt Consultants, il est intéressant de noter que chaque vin est présenté en deux ou trois millésimes afin de proposer aux visiteurs une lecture à travers le temps. Ainsi, on sera intéressé de déguster le blanc de Château Beaulieu en coteaux-d’Aix, dont le 2011 « pétrole » presque et arbore de fines notes oxydatives, tandis que les millésimes plus récents (2016, 2017) jouent davantage sur le côté ciselé et sapide de l’assemblage rolle / sauvignon blanc. Côté rouges, un vin de Loire à suivre : les Vignes Centenaires de Minière (Bourgueil). Parmi les trois millésimes dégustés, on confesse une préférence pour le 2017, très signé par le cabernet franc, rectiligne, traçant et fin. Enfin, à tout seigneur tout honneur, le Domaine de l’A de Stéphane Derenoncourt, présenté sous les millésimes 2011, 2016 et 2017. Vous pouvez foncer les yeux fermés vers le 2017 : cette année-là, le gel ayant frappé une partie du vignoble, la sélection a été particulièrement drastique et il en ressort un vin très pur, racé, marqué par la finesse de la texture et beaucoup d’allant.
Quelle affiche ! Bordeaux Tasting accueillait ce matin sa quatrième master class, consacrée aux Grands Crus classés de Saint-Émilion et leur « mosaïque de terroirs », avec un casting à faire pâlir les amateurs de merlot.
40 kilomètres séparent Saint-Émilion de Bordeaux. Mais ce matin, le temps d’une master class exceptionnel, la mythique appellation bordelaise a posé ses vignes et ses châteaux au deuxième étage du palais de la Bourse. 5 étiquettes prestigieuses se partageaient l’affiche : château Dassault, château Grand Corbin-Despagne, Clos des Jacobins, château Franc Mayne et château Bellevue. Un casting séduisant, emmené par François Despagne, président de l’Association des Grands Crus Classés de Saint-Émilion. Sous la houlette de Mathieu Doumenge, grand reporter chez Terre de Vins (et grand spécialiste de la rive droite de Bordeaux) et Serge Dubs, Meilleur sommelier du monde, les heureux amateurs présents ont arpenté une heure durant le fabuleux terroir de Saint-Émilion.
Revenir aux fondamentaux
Le classement des vins de Saint-Émilion a vu le jour en 1955, un siècle après le célèbre classement médocain. Il s’agit d’un classement révisable, qui connaîtra sa nouvelle édition en 2022 (la précédente remonte à 2012). Parmi les 82 grands crus classés qui le composent, 62 se sont fédérés dans une démarche promotionnelle dans l’Association des Grands Crus Classés de Saint-Émilion, dont François Despagne (également propriétaire du château Grand Corbin Despagne) est le président depuis trois ans. Un rôle qui lui va à merveille, tant il raconte avec passion et expertise ce vignoble aux sols argileux, sur lesquels s’épanouit le merlot, cajolé par quelques grands groupes mais surtout par de petites propriétés familiales. Le cap qu’il a fixé pour l’association : « Revenir un peu plus aux fondamentaux et à nos consommateurs français. Il faut être prophète dans son pays. » Cette master classe en est un parfait exemple.
C’est le millésime 2018 qui a été choisi pour « relier » entre eux les cinq vins qui seront dégustés. « Il fait partie des grands millésimes solaires de l’appellation, rappelle François Despagne. Il a beaucoup plu, mais pas au moment de la fleur ce qui permet de faire de grands millésimes. Puis un été chaud a permis de concentrer les raisins pour donner des raisins riches. Je suis très enthousiaste sur ce millésime. Un grand bordeaux, puissant et riche. »
Des éloges que la dégustation commentée de Serge Dubs confirmera sans peine.
Château Dassault 2018 (73 % merlot, 22 % cabernet franc, 5 % cabernet sauvignon) « Une propriété de 24 hectares sur sol argileux et sablo-siliceux reprise en 1955 et qui a beaucoup investi, avec notamment un nouveau chai » rappelle François Despagne. Pour Serge Dubs, « c’est un vin qui vit, qui bouge, avec une belle densité. On voit une brillance de jeunesse. Le nez est propre (fruits rouges, mûre, quetsche, arômes épicés) mais pas trop marqué par le bois. Il est très raffiné mais encore en pleine jeunesse. La bouche me surprend de façon exceptionnelle. Il a de la tenue, il n’est pas lourd, avec une trame tannique bien maîtrisée. Dans mon restaurant, je le servirais sur une entrecôte ou une côte de bœuf, avec des champignons et des pommes rissolées. Ou avec un perdreau aux fruits secs. »
Château Grand Corbin Despagne 2018 (75 % merlot, 24 % cabernet franc, 1 % sauvignon) François Despagne voulait être « prophète en son pays », le voilà servi puisqu’il se retrouve à présenter son propre vin (hasard de la sélection). « Nous sommes sur des sols d’argiles bleues, ou crasse de fer, qui donne des vins assez typés Pomerol. L’argile est une éponge remarquable, qui emmagasine l’eau, c’est une réserve exceptionnelle. S’il n’y a pas cette capacité de rétention d’eau, le merlot cuit. Notre travail de vignerons, c’est de creuser pour que les racines puisent l’eau contenue dans cette argile. » Interrogé sur la conduite en bio de son vignoble (depuis 22 ans), François Despagne concède que « le bio est assez compliqué. Pour être en bio, il faut sentir les vignes. C’est beaucoup de stress, mais pour moi c’est un mouvement fort : on redevient des vignerons, on fait attention à tout. Il faut être réactif, il n’y a pas de samedi et de dimanche. Rappelons également que Saint-Émilion est la première appellation qui obligera une certification environnementale en 2023. Aujourd’hui, 65 % des crus sont dans une démarche environnementale (SME, HVE, bio, etc.) et 20 % sont en conversion ou certifiés. » Côté vin, ce Grand Corbin Despagne 2018 aura tapé dans l’œil et le palais de Serge Dubs : « Ce vin m’épate visuellement. On voit des tanins intégrés, une belle brillance. On est sur le fruit, avec un côté cristallin du bouquet. Un nez cassis mais jamais masqué par le boisé. En bouche, c’est une demoiselle élégante, charnue mais pas trop. L’acidité est maîtrisée, les raisins ont mûri avec beaucoup de respect. Je serais ravi de pouvoir le boire maintenant, par exemple sur une lotte rôtie au four avec une sauce vin rouge et des épinards. »
Clos des Jacobins 2018 (80 % merlot, 18 % cabernet franc, 2 % cabernet sauvignon) « On revient vers le centre de Saint-Émilion. Une propriété sur des zones argilo-calcaires, rachetée par la famille Decoster, conseillée par Hubert de Bouärd, et qui a réalisé beaucoup de travaux depuis 20 ans » précise notre guide François Despagne. Un vin qui impressionne Serge Dubs par « sa signature du merlot, gras, rond, tendre. Une générosité qui nous ramène vers des malbecs internationaux, sans le défaut capiteux. Une belle densité de robe avec une petite pointe d’évolution. En bouche, on a un vin riche, charpenté, à la trame tannique qui laisse préjuger une garde très positive. C’est un vin intelligent, bien maîtrisé, un très beau travail au chai et un certain art de la signature. Dans 5 ou 10 ans, ce sera très beau. On peut le boire avec un gibier, par exemple un chevreuil sauce grand veneur ou alors un rouget saisi avec des épices marocaines. »
Château Franc Mayne 2018 (90 % merlot, 10 % cabernet franc) « Une propriété qui appartient depuis 2018 à la famille Savare. Réputé pour son coté calcaire qui donne cette tension. On voit bien la signature de ce terroir calcaire sur roche calcaire » explique François Despagne. Ce que confirme Serge Dubs : « C’est un terroir avec une signature bien précise. Il a une couleur moins dense mais très jolie, raffinée. Son bouquet sort facilement du verre, avec une largeur d’arômes, une typicité qui me plaît. Il a une bouche élégante, délicate, avec une trame tannique qui se ressert en fin de bouche. C’est le vin qui a le moins de puissance, mais qui se goûte bien. On peut le garder et le servir avec un canard et ses pommes de terre. »
Château Bellevue (100 % merlot) « C’est une petite propriété (6,82 ha) située sur un magnifique terroir calcaire. Elle est conduite par les équipes d’Angélus. » Et pour Serge Dubs, c’est surtout « la vraie signature Saint-Émilion. Un vin excellent dans sa présentation générale, avec une belle présentation visuelle, une brillance remarquable, des tanins très bien intégrés. Le nez est flatteur. En bouche, c’est un vin charnu, sans lourdeur, complet, avec une fin de bouche qui appelle à boire. Avec une côtelette de pigeonneau farcie au foie gras, on pourrait se laisse aller. » Ne vous gênez surtout pas pour nous, Serge !
Et le millésime 2021 ? 2021 a été particulièrement éprouvante pour les viticulteurs du Bordelais. Et si Saint-Émilion n’a pas été le vignoble le plus touché, François Despagne confirme que « ce millésime 2021 a été très difficile. On a d’abord eu un gel qui a duré longtemps, 15 jours. On ne vit plus la nuit pendant le mois d’avril, on est en alerte, il faut se lever pour installer nos systèmes de protection. On a ensuite eu beaucoup de pluie et un été pas très flamboyant. On a perdu beaucoup de récolte, mais finalement le résultat est plutôt satisfaisant. On reste optimiste. On aura moins d’alcool et plus de fraîcheur. Un peu comme le 2014. »
Installé sur la petite appellation Sainte-Foy Côtes de Bordeaux, le Château Pré Lalande est l’un des pionniers du bio et de la biodynamie dans la région. Exploité par Michel Baucé, son épouse et sa fille, la famille est venue en force présenter à Bordeaux-Tasting une très jolie gamme de vins rouge.
Vous êtes l’un des tout premiers à avoir entamé une conversion bio dans le vignoble bordelais…
Nous sommes certifiés en biodynamie depuis le millésime 2016 et en bio depuis 2007. Nous cultivons 14 hectares de vignes, sur une propriété qui compte 22 hectares, le reste étant composé de bois et de prés. Notre vignoble est planté en rouges. L’assemblage de nos cuvées se compose toujours d’au moins cinquante pourcents de merlot et le reste se partage entre cabernet sauvignon et cabernet franc et un peu de malbec.
Pourriez-vous nous rappeler ce qu’apporte chaque cépage ?
Le merlot est très fruité, rond et moins tanique. Le cabernet sauvignon est un très beau cépage, très exigeant parce que pour que ce soit magnifique, il faut que ce soit bien mûr. On a la chance d’avoir un vignoble en coteaux avec une très belle exposition, donc on arrive à amener les cabernets sauvignons à parfaite maturité, ce qui donne une longueur et une profondeur extraordinaires au vin. Le cabernet franc a été un peu décrié à Bordeaux. Nous avons la chance d’avoir des vieilles parcelles de ce cépage avec des petits rendements. Il représente une sorte de synthèse entre le merlot et le cabernet sauvignon puisqu’il réunit à la fois le fruit et la profondeur. Ces sauvignons anciens qui ont une belle concentration nous ont parfois sauvé la mise sur certains millésimes difficiles comme 2013. Le malbec ne représente que 7 % du vignoble, c’est un petit coup de cœur. J’aime son côté très épicé. Sa culture est délicate parce qu’il a tendance par chez nous à être un peu productif, donc il faut vraiment le calmer. Il a ces notes poivrées et épicées qui sont très intéressantes pour apporter une petite touche finale dans l’assemblage.
Malgré les exigences de la viticulture biologique, avez-vous réussi à traverser cette campagne viticole 2021 un peu compliquée sans trop de dommages ?
C’est vrai que nous avons eu un printemps et un début d’été humides. L’ensoleillement n’a pas été génial. Mais les mois d’août et septembre nous ont sauvé la mise, nos raisins ont finalement pu mûrir correctement. On a eu de la coulure, ce qui a provoqué quelques pertes. Le résultat, c’est une petite vendange en volume mais une belle qualité, un fruit intense et des niveaux de sucre qui pour une fois ne sont pas trop élevés ce qui nous amènera à des degrés alcooliques entre 12 et 13 avec un niveau d’acidité un peu supérieur à d’habitude, donc des vins qui vont se garder, qui auront de la fraîcheur. En fin de compte, entre le gel, la grêle et les mauvaises conditions on s’en sort plutôt bien.
Vous pratiquez la biodynamie uniquement sur la partie culturale ou vous l’appliquez aussi aux méthodes de vinification ?
On va jusqu’au bout. On fait des vins qui ne sont pas seulement issus de raisins biodynamiques mais qui sont entièrement biodynamiques. Nous n’utilisons par exemple que des levures indigènes, aucune levure industrielle, aucun intrant pendant les vinifications. Notre gamme se décline en trois cuvées. Nous élevons la première dans des amphores en terre cuite, un matériau propice à la micro-oxygénation, mais qui a l’avantage de ne pas avoir l’apport gustatif de la barrique. Or nous avons une nouvelle clientèle plutôt jeune qui aime bien retrouver le goût du fruit, du raisin et apprécie moins le côté boisé. Ce n’est pas notre principale cuvée mais elle se développe d’année en année. Aujourd’hui, cette cuvée représente 6 à 7000 bouteilles chaque année et nous l’avons appelée Terracota. Ensuite, nous avons la cuvée Diane, élevée de manière plus classique dans des barriques. La différence, c’est que ces barriques font 300 litres, ce ne sont pas les barriques bordelaises traditionnelles. On obtient ainsi un rapport jus/bois qui marque moins. Nous veillons de plus à avoir des élevages longs pour justement bien fondre le bois et le vin. C’est notre cuvée principale avec toujours cet objectif de mettre très peu de sulfites. Que ce soit la cuvée Terracota ou Diane, on est en général à moins de 20 mg une fois en bouteille. Le tanin du bois est un précieux allié dans la mesure où il constitue un excellent antioxydant. Pour terminer, nous avons une troisième cuvée, la cuvée des Fontenelles, sans sulfites ajoutés, avec un élevage court, en cuve inox, et une mise en bouteille très précoce au printemps, pour enfermer le fruit. De la sorte, on reste juste sur du jus de raisin fermenté et rien d’autre!
Sous les voûtes du Musée des Douanes, cognac et armagnac ont pignon sur rue. Le temps d’un week-end, la Maison Tesseron et le Château Saint-Aubin proposent une initiation aux spiritueux.
En 1905, Abel Tesseron commence à Châteauneuf-sur-Charente une aventure familiale qui se poursuit encore aujourd’hui. Entre Grande et Petite Champagne, la qualité reconnue des eaux-de-vie attire très tôt la convoitise des plus grands négociants de la région. Désormais indépendante, la Maison propose aux amateurs de cognac de déguster une large gamme de leur production. Élevée pendant soixante-quinze ans dans la crypte de l’église locale, la cuvée “trois générations” fera le bonheur des visiteurs de Bordeaux Tasting.
Plus au Sud, les armagnacs du Domaine Saint-Aubin sont ancrés dans leur terroir gersois, non loin d’Eauze, capitale du Bas-Armagnac. La famille Westphal, d’origine alsacienne, a récupéré la propriété en 2014 avec l’intention d’allier tradition et modernité dans leur savoir-faire. Lisa Westphal propose la dégustation de ses armagnacs mais également d’une sélection de vins de la propriété issus d’assemblages mêlant influences bordelaises et cadurciennes. La blanche de Saint Aubin est aussi à découvrir, surprenante par l’étendue de son aromatique (fruits mûrs).
Vous pourrez retrouver les spiritueux de la Maison Tesseron et Saint-Aubin aux stands GE4 et GE1.
Dans la cour du Musée des Douanes, le Languedoc compte plusieurs de ses représentants parmi lesquels les vins Gérard Bertrand et ceux du Château de Lastours (Corbières).
Les propriétés de Gérard Bertrand font partie des premières qui, dans le Languedoc, ont adopté la prise en compte environnementale comme critère majeur de production. Il en est ainsi pour le Domaine de Cigalus, en IGP Aude-Hauterive, qui a entamé une conversion à la biodynamie à partir de 2002 pour être certifié à partir de 2010. Il est proposé à la dégustation, parmi un panel diversifié de vins languedociens proposés par Gérard Bertrand à l’occasion de Bordeaux Tasting. Une diversité d’appellations est ainsi proposée à la dégustation aux amateurs présents dans la cour du Musée des Douanes.
Le château de Lastours, au cœur des Corbières, est également présent pour ce week-end bordelais. La propriété, rachetée par la famille Allard en 2004, connaît une importante restructuration à partir de cette date-là. Devenu l’une des références de l’appellation, Lastours en est l’un des ambassadeurs ce week-end. Parmi les vins proposés, la Grande Réserve du Château de Lastours surprend par son élégance, ses tanins fondus et une aromatique riche aux notes épicées, de fruits noirs.
Les vins de Gérard Bertrand et ceux du Château de Lastours pourront être dégustés aux emplacements GI 12 et GI 3.
Il y a des goûters plus exceptionnels que d’autres. Par exemple, celui qu’ont pu apprécier aujourd’hui les dégustateurs présents à la master class mettant à l’honneur deux millésimes de chacun des châteaux Pavie Macquin (1er grand cru classé de Saint-Émilion), Malartic-Lagravière (grand cru classé de Graves) et Brane Cantenac (2nd grand cru classé de Margaux).
« Ce sont trois grands terroirs, trois bordeaux de légende qui font rêver partout dans le monde, entame Rodolphe Wartel, directeur de Terre de Vins et animateur de cette prestigieuse master class, en ce samedi après-midi de Bordeaux Tasting. À ses côtés, ont répondu présents Cyrille Thienpont, co-gérant du château Pavie Macquin, qui en présentait les millésimes 2010 et 2000, Henri Lurton pour le château Brane Cantenac avec ses millésimes 2010 et 2000, et Jean-Jacques Bonnie à la tête du château Malartic Lagravière, avec les millésimes 2010 et 1998. Pour ponctuer la présentation de ces vins de ses commentaires de dégustation, le meilleur caviste de France 2020 Matthieu Potin (La Vignery Saint-Germain-en-Laye), était aussi de la partie, saluant au passage la « régularité, la fraîcheur l’équilibre et la tenue dans le temps de Bordeaux, des qualités pour lesquelles peu de vignobles peuvent rivaliser avec lui. » Était également présente le rédacteur en chef de Terre de Vins, Sylvie Tonnaire, pour saupoudrer cette master class de ses accords gourmands.
Château Pavie Macquin (Saint-Émilion)
Parmi les grandes familles du vin bordelaises, figurent des noms comme les Lurton, mais aussi les Thienpont. Pour découvrir les origines de l’implantation de ces Flamands à Bordeaux, il faut remonter à l’arrière-grand-père de la famille, qui a débarqué en terres bordelaises après-guerre. Négociant, il faisait voguer des vins de Bordeaux et Bourgogne vers la Belgique, avant de se porter acquéreur de Vieux château Certan à Pomerol et de Château Puygueraud en Francs-Côtes-de-Bordeaux. Depuis 1995, son descendant Nicolas Thienpont a également pris la gérance du château Pavie Macquin, rejoint par son fils Cyrille en 2008. Le domaine a été classé premier grand cru classé de Saint-Émilion en 2006, un rang confirmé en 2012. Face au village de Saint-Émilion, le domaine, qui compte quinze hectares de vignes, bénéficie de sols argilo-calcaires de différentes natures et profondeurs, dont la synthèse amène « minéralité, finesse, puissance » aux vins, aux dires du vigneron. Le vignoble est planté à majorité de merlot (80 %), adjoint de cabernet franc et d’une once de cabernet sauvignon.
En dégustation ce samedi, le Château Pavie Macquin 2010 (environ 90 €), « un grand millésime, commente Cyrille Thienpont. Né d’un été très sec mais pas très chaud, qui a engendré peu de quantité, il n’en développe pas moins beaucoup de tanins et de couleur. La fraîcheur aromatique est préservée, l’aromatique se développe plus sur les fruits rouges que noirs. Il y a une très belle qualité tannique, de la couleur, de l’acidité. La finale est très appétente. » Un constat que corrobore Matthieu Potin, frappé par « la fraîcheur et l’élégance de ce vin sur les fruits rouges sauvages. En bouche, c’est une vraie révélation que ce vin très soyeux, aux tanins bien intégrés, et à la structure sur la tendresse. » Un nectar délicat et caressant. » Côté assiette, Sylvie Tonnaire préconise pour un mariage heureux « une viande de caractère, à la cuisson légèrement rosée pour s’allier avec ce vin puissant mais expressif. Par exemple un pigeon cocotte, avec quelques herbes, sans trop d’artifices, car ce vin a déjà une palette très large. »
Plus de vingt ans après sa mise en bouteille, le château Pavie Macquin 2000 « se dévoile avec éloquence dans le monde magnifique de la truffe, dès l’instant où l’on plonge son nez dans le verre », affirme Cyrille Thienpont. « Ce vin exprime un bouquet avec de la complexité et de la profondeur. Millésime plutôt solaire et chaud, 2000 est généreux, avec à la clé des raisins sur des aromatiques de fruits noirs et une jolie douceur dans les tanins. La sensation sur la langue et le palais est à la fois crayeuse, granuleuse et douce », décrit-il. Une bouteille « à ouvrir actuellement sans hésiter s’il vous reste des bouteilles. Mais méfiez-vous, met-il en garde, Pavie Macquin est un vin dangereux… il donne soif ! » Pour Matthieu Potin, « la truffe est évidente, avec un nez exceptionnel, une bouche délicate et soyeuse. » Un vin tout en finesse sur lequel Sylvie Tonnaire préconise un accord truffé en accord, ou un plat du terroir comme des rognons. Voire, pourquoi pas, apprécier ce vin si fin, juteux et au fruit magnifique pour lui-même.
Château Malartic Lagravière (Pessac-Léognan)
Autre famille belge d’origine, les Bonnie ont acquis le château Malartic-Lagravière, à douze kilomètres au sud de Bordeaux, en 1997. Il est dirigé depuis 2003 par leur fils Jean-Jacques, son épouse, et sa sœur. Aujourd’hui, ce domaine, qui compte 53 hectares de vignes, dont sept dédiés au blanc, présente la particularité de figurer parmi les six crus de Graves à être classés dans les deux couleurs. La famille Bonnie est également propriétaire du château Gazin-Rocquencourt en Pessac-Léognanet de la Bodega DiamAndes en Argentine, au sud de Mendoza.
En 2010, le château Malartic Lagravière (75-80 €) reflète la puissance et la générosité d’un été ensoleillé et chaud mâtiné de nuits fraîches. Les graves ont bénéficié au millésime, tant pas le rayonnement qu’elles induisent, que par leurs vertus drainantes, imposant à la vigne de plonger en profondeur dans la sous-couche calcaire, permettant ainsi de conserver fraîcheur et équilibre. « Nos vins affichent souvent une majorité de cabernet sauvignon, en moyenne de 50 à 60 % selon le millésime, expose Jean-Jacques Bonnie, complété de merlot, d’une pointe de cabernet franc et petit verdot éventuellement. » Avec en prime de jolis rendements, ce millésime affiche des « tanins soyeux et fins, et une belle acidité pour supporter la longueur. » Pour Matthieu Potin, ce cru, qui exprime une nette typicité de Pessac, atteste d’une « grosse structure, un caractère ferme, avec des tanins présents, qui nécessitent de l’oxygène pour s’exprimer pleinement. Tout est là, c’est encore concentré. » Ce vin « riche, profond, gourmand, tellement complet qu’on le dégusterait presque pour lui-même » invite à un accord « dans le sens de la gourmandise, par exemple avec un canard au sang », complète Sylvie Tonnaire.
Flashback douze ans en arrière pour le millésime 1998 du château Malartic-Lagravière, premier millésime créé dans les nouvelles installations techniques du domaine, permettant un travail par gravité. « Assez exceptionnel rive droite, 1998 est aussi très joli en Pessac-Léognan » rappelle Jean-Jacques Bonnie. Assemblage à 50 % de cabernet sauvignon, 10 % de cabernet franc, et 40 % merlot, c’est un « compromis entre la concentration des saveurs et la fraîcheur qui porte ces fruits délicats longtemps en bouche. Un millésime prêt à boire, mais qui pourra peut-être aussi bien procurer dans cinq ans d’autres émotions », suppose Jean-Jacques Bonnie. Le meilleur caviste de France s’avoue tout simplement « bluffé par ce vin, qui s’ouvre de plus en plus, dévoilant un super nez, avec des notes de pain d’épices et une belle sucrosité. Il est enrobant, avec de la fraîcheur et des tanins encore présents, décrit Matthieu Potin. La magnifique longévité tire en longueur ce vin forcément taillé pour la table. » À table justement, Sylvie Tonnaire, elle aussi éblouie par « l’énorme pouvoir de garde de Malartic-Lagravière », l’imagine volontiers avec une joue de bœuf confite relevée d’un peu de sauge, pour accompagner la longue finale mentholée », ou pourquoi pas un lièvre à la royale, une recette extraite du livre « Les Quatre Saisons de Malartic, Histoires et Recettes de la famille Bonnie ».
Château Brane Cantenac (Margaux)
Arrivé en 1954 au château Brane Cantenac, le père d’Henri Lurton a également par la suite acquis d’autres propriétés en Médoc, Sauternais et en Entre-deux-Mers. Henri Lurton l’a rejoint en 1986, avant de prendre la direction du second cru classé en 1992. Sur les 75 hectares du domaine, répartis en une centaine de lots, trente sont implantés devant le château sur une croupe composant « le cœur du grand vin ». Assemblage à 62 % de cabernet sauvignon, 8 % de cabernet franc et 30 % de merlot, ce 2010 (environ 150 €) est « l’un des millésimes quasi-parfaits après 2005, précédent millésime de cette envergure. Avec peu de rendement, ce 2010 affiche de très grands merlots, une vraie concentration, et une fraîcheur préservée grâce aux nuits fraîches. » Matthieu Potin se réjouit de cette horizontale sur 2010 qui permet d’appréhender ce millésime sur des terroirs et facettes différentes, c’est toujours extrêmement intéressant. » Pour le meilleur caviste de France, « ce vin dévoile un nez épanoui sur les fruits rouges et la fraîcheur mentholée, presque sur les herbes aromatiques. L’attaque est très fraîche et fine, tout en légèreté. C’est de la dentelle ciselée, commente-t-il. Pur, avec une belle énergie, aux beaux tanins bien intégrés, ce vin est parfait sur un plat. » Pour ce vin « droit et ciselé, très net, sans concession à la sucrosité, Sylvie Tonnaire imagine volontiers un salmis de palombe ou de pintade pour jouer la carte du terroir. »
Dix ans en arrière, Henri Lurton a vécu le millésime 2000 comme « très frustrant. » Explication du propriétaire : « au départ c’est un très joli millésime, à tel point que nous avons fait un assemblage strict, en retenant le cœur du plateau, exceptionnel, sans besoin de rajouter du vin de presse pour ramener des tanins. Assemblage à quasi-égalité de merlot et cabernet, son aromatique opulente dominait le bois durant l’élevage. » Une tendance qui s’est inversée ensuite pendant cinq à six ans en bouteille. « Il se présentait comme une boule de bois avec le vin à l’intérieur, décrit le propriétaire. Il a fallu quinze ans pour qu’il s’ouvre à nouveau. Et depuis quatre ou cinq ans, cette réouverture donne du plaisir, de l’émotion et démontre l’équilibre des très grands millésimes. » Matthieu Potin ne dit pas autre chose : « Ce vin est abouti, il se présente sous l’un de ses meilleurs jours. Le nez puissant est remarquable, sur les fruits rouges et le sous-bois. » Un nectar « admirable pour ses vingt ans, doté d’une bouche parfaite pour la table. Quel bel équilibre entre jeunesse et évolution », constate-t-il, séduit. « Très élégant, avec sa grande profondeur, ce vin s’accordera selon Sylvie Tonnaire avec une viande maturée simplement saisie, comme une pièce de bœuf grillée à la hauteur de cette palette qui évolue si bien avec l’aération. »
Un grand champagne repose d’abord sur de beaux raisins. Il en va cependant comme des champignons, chacun tient secret les bons coins et les meilleurs vignerons partenaires. Ne comptez pas sur vos collègues pour vendre la mèche ! Pour une maison, la quête peut prendre des dizaines d’années, parfois des siècles, à moins de passer d’abord par l’école du courtage… Tel est le secret du champagne Thiénot qui présente aujourd’hui à Bordeaux Tasting, au sein de l’Espace Saint-Rémi, trois superbes cuvées : un Brut et deux millésimes 2008.
Vous aimez les success-story ? Celle du champagne Thiénot vous passionnera. Alors que la plupart des grandes maisons ont au moins 200 ans, temps nécessaire pour créer des relations avec les vignerons, trouver les approvisionnements, asseoir ses circuits commerciaux, Alain Thiénot a réussi à se hisser parmi elles en 30 ans à peine ! Son secret ? Une première carrière en tant que courtier, cet intermédiaire essentiel entre les vignerons et les négociants lorsqu’il faut vendre les raisins. En 17 ans d’exercice, Alain Thiénot est parvenu à occuper 20 % de ce marché, ce qui lui a permis d’acquérir une connaissance fine des terroirs et de développer des relations de confiance très fortes chez les vignerons. Plutôt que de continuer à prendre des parts à ses concurrents, il a préféré tirer parti de ce réseau dans le vignoble pour créer sa propre maison de Champagne en 1985.
Alain Thiénot possédait déjà quelques vignes. Dans les années 1970, Krug l’avait en effet mandaté pour vendre 5 hectares à Aÿ. « Il a fait le tour de la Champagne, personne n’en voulait ce qui peut paraître invraisemblable aujourd’hui où un tel lot ne resterait pas deux heures en vente. Mais, avec la crise pétrolière, beaucoup de maisons se trouvaient en difficulté. Il s’est donc finalement lui-même porté acquéreur » explique Nicolas Uriel, le chef de caves. Au fil des années, à côté de ses approvisionnements auprès de vignerons indépendants, Alain Thiénot a continué à développer ce domaine. Aujourd’hui, la maison possède une trentaine d’hectares, principalement dans la grande vallée (Aÿ, Cumières, Damery), six hectares dans le Sézannais et un hectare au Mesnil-sur-Oger. On n’oubliera pas à Avize la fameuse « vigne aux gamins », une parcelle de vieux plants toujours très mûrs, vinifiée à part et millésimée chaque année.
Un Brut sans année aux fruits croquants (36 €)
Aujourd’hui, à Bordeaux Tasting, le champagne Thiénot présente trois cuvées. Il faut commencer par son BSA, puisque traditionnellement cette qualité représente la carte de visite d’une maison. Celui-ci assemble les trois grands cépages, chardonnay, meunier, pinot noir, avec une maturation sur lies particulièrement longue (la base vendanges est encore 2015 !). « À la dégustation, il ne donne pas la sensation d’avoir connu un passage en cave aussi prolongé, ce qui résulte des précautions prises depuis le pressurage jusqu’au dégorgement pour éviter tout vieillissement prématuré. Le but de notre BSA est d’être d’abord sur des fruits croquants et désaltérants : la pêche, la poire… Ils sont plutôt juteux, frais, même si avec le vieillissement on commence à avoir une petite maturité briochée, mais sans beurre. Ce côté pain frais vient s’ajouter à la corbeille de fruits du verger pour donner quelque chose de très digeste ».
Alors que souvent dans cet assemblage, le chardonnay domine, en 2015, il ne constitue que 20 % de la cuvée au profit du pinot noir et du meunier. « Cette année-là nous peinions à trouver la fraîcheur qui correspond au style de la cuvée sur les chardonnays. Elle était présente sur ce que j’appelle la montagne blanche, l’extrême Est de la montagne de Reims autour de Trépail et Villers-Marmery. L’été 2015 a en effet été très chaud, et on a eu une maturité galopante en fin de cycle. Dans beaucoup de cas, on a peut-être trop anticipé et vendangé trop tôt en se concentrant sur la maturité technologique au détriment de la maturité aromatique. Cela fait partie de ces premiers millésimes chauds où on ne savait pas encore gérer ce type de problématique. » On notera que l’impact négatif de cette vague de chaleur du mois d’août a été moins visible sur le meunier, d’où sa proportion plus importante. « C’est un cépage qui ne prend pas en degré aussi vite que les deux autres, on a donc pu avoir une meilleure maturité aromatique. »
La cuvée Stanislas Thiénot 2008, un blanc de blancs qui équilibre fraîcheur et crémosité (80 €)
On ne manquera pas ensuite les deux millésimes 2008. Le premier est un blanc de blancs, la cuvée Stanislas Thiénot. « Il n’y a pas de recette mais globalement on retrouve souvent le même schéma : plus de 90 % de grands blancs de la Côte des blancs, sur les terroirs de Cramant, Chouilly et Avize, et 10 % de chardonnays issus des alentours d’Epernay (Monthelon, Mancy). Le chardonnay a plutôt une réputation de fraîcheur, or il est ici associé à une campagne viticole où les températures n’ont pas été très élevées et où les maturations ont été lentes mais très belles, avec des niveaux d’acidité importants sans être agressifs. Ce sont des équilibres qu’on aime bien en Champagne. » Après une dizaine d’années en cave, si on retrouve encore cette vivacité, elle s’associe désormais à une maturité sans oxydation, avec un côté légèrement beurré et crémeux. On est sur la pistache, la noisette, les fruits secs… On notera aussi la salinité, qualité appréciée chez Thiénot que l’on veille à ne pas masquer, ce qui explique sans doute ce choix d’un dosage relativement faible (4g) malgré la fraîcheur de l’année.
Alain Thiénot 2008 : les bénéfices d’un millésime à lente maturation (80 €)
L’autre 2008 est la cuvée Alain Thiénot qui équilibre chardonnay et pinot noir. Son objectif ? Obtenir un vin complexe mais sans lourdeur. Or, en 2008, les pinots noirs, grâce à cette maturation lente, sont justement puissants sans être écrasants et n’ont pas ce côté solaire qui nuit parfois à la finesse des vins. « Nous ne sommes pas comme les régions où on fait des rouges, et où on a besoin de matière, d’anthocyanes, de tanin« . Issus de la grande vallée de la Marne avec des expositions Sud et Sud-Est, les pinots noirs n’en demeurent pas moins charnus et juteux avec de belles expressions sur les fruits jaunes, l’abricot, la pêche, ils viennent donner un peu de volume au vin. Pour les chardonnays, comme dans la cuvée Stanislas, on part sur les grands blancs, mais également une petite proportion de Vitryat : « ce sont des raisins recherchés parce qu’ils peuvent donner un côté aérien bienvenu, surtout avec le réchauffement actuel. Ils accentuent le côté agrumes frais lorsque vous avez quelque chose d’un peu trop crémeux et gras qui risque de se caricaturer avec le vieillissement« . L’ensemble dosé à 6 grammes est très expressif. Il combine quelques notes grillées, les fruits jaunes murs du pinot noir et des arômes de fleurs séchées. Le must serait de le déguster sur une belle volaille accompagnée d’une sauce aux morilles.
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