Saint-Émilion : Capet-Guillier mise sur la permaculture

Propriété du groupe Advini (sous la bannière Antoine Moueix Propriétés), le château Capet-Guillier en Saint-Émilion Grand Cru a lancé au printemps dernier un ambitieux projet expérimental de parcelle en permaculture, afin de répondre aux défis environnementaux et climatiques de demain.

Alors que les enjeux environnementaux et climatiques se font de plus en plus pressants pour la filière viticole, nombreuses sont les propriétés qui explorent de nouvelles solutions pour répondre aux défis qui se posent déjà, et qui seront impérieux demain. Si elles disposent d’un certain nombre de certifications pour encadrer leurs pratiques culturales et la conduite de l’exploitation (HVE, Terra Vitis, Bio, Biodynamie…), ces certifications se montrent quelquefois insuffisantes pour englober toutes les problématiques qui se présentent aux vignerons, allant de la meilleure façon de lutter face aux maladies en réduisant au maximum leur impact environnemental, tout en adaptant leur vignoble aux épisodes climatiques de plus en plus extrêmes (les derniers millésimes en ont apporté une criante illustration), et en repensant un modèle agricole qui s’est tourné vers la monoculture depuis plus d’un demi-siècle, enclenchant des déséquilibres dans la biodiversité. Pas une mince affaire.

Partout dans le vignoble, notamment bordelais, surgissent donc des initiatives nouvelles qui essaient de combiner plusieurs voies, plusieurs philosophies, dans le but d’amener la vigne et son environnement à mieux se défendre. L’une des dernières en date est l’engagement du château Capet-Guillier sur la voie de la permaculture. Propriété depuis 2009 du groupe Advini (sous la bannière Antoine Moueix Propriétés), ce vignoble de 15 hectares en Saint-Émilion Grand Cru se veut le fer de lance des réflexions environnementales du groupe dans le vignoble bordelais*.

Jean-Pierre Durand, Directeur du Marketing Stratégique et de la Communication chez Advini, mais aussi en charge du développement des vignobles bordelais depuis 2019, a souhaité accélérer la transition environnementale sur ces propriétés, à commencer par Capet-Guillier. Une conversion bio est engagée sur cinq ans, qui devrait se traduire par une certification d’ici 2024 et s’accompagne d’une conduite en biodynamie. Cette transition survient alors que la propriété vient d’achever d’importants travaux qui ont donné naissance à un outil technique flambant neuf, à même de répondre aux efforts de restructuration du vignoble qui ont été engagés depuis dix ans et menés par le chef de culture Christophe Grenier. « Avec la biodynamie, on a commencé à explorer le lien entre le végétal, le minéral et l’animal pour un meilleur équilibre de la vigne, mais on souhaitait aller plus loin« , expliquent Christophe Grenier et Jean-Pierre Durand. « Or nous avions une parcelle non plantée, en haut de coteau, sur un joli terroir mais exposée nord / nord-est. Cela nous a semblé le lieu idéal pour lancer une expérimentation en permaculture« .

Par permaculture, il faut entendre : une conduite de la vigne en forme de quasi-autosuffisance, réduisant au maximum les traitements et réunissant toutes les conditions pour que la biodiversité régule d’elle-même la pression des maladies. Ainsi ont été plantés, en avril dernier, des vignes sur cette parcelle de 30 ares, à partir d’une sélection fournie par le pépiniériste Lilian Bérillon. Les cépages sont mélangés, plantés sur un sol nullement travaillé et pleinement enherbé, à haute densité (12 000 pieds / hectare) empêchant toute mécanisation, « en hémisphère » pour suivre la courbe du sol et du bosquet qui entoure la parcelle. Ce bosquet garantit la présence continue d’animaux et d’insectes dans la parcelle, d’autant que la vigne est traversée et bordée par des arbres fruitiers qui permettent aux insectes et autres chauves-souris de se déplacer. Après six mois d’existence, et alors que la vigne est encore toute jeune, les premiers résultats sont déjà éloquents : « un entomologiste est déjà venu identifier des insectes que l’on ne trouve normalement pas dans les vignes, on a même fait des trous dans les piquets qui ont été rapidement occupés par des auxiliaires ». Accompagnées par Derenoncourt Environnement et par de nombreux scientifiques, notamment de SupAgro Montpellier, les équipes de Capet-Guillier se félicitent déjà de n’avoir dû faire « que deux traitements » en 2021, millésime très compliqué en termes de pression sanitaire, et entendent publier toutes les conclusions de cette expérimentation en permaculture, afin qu’elle puisse engendrer d’autres initiatives du même ordre. En attendant la première cuvée, dans trois ans ? « Le but est avant tout de faire du vin, et de faire un vin de lieu qui exprime pleinement l’identité du terroir », rappellent-ils. « Et nous croyons que cela peut se faire de la façon la plus vertueuse et non-interventionniste possible, dans un changement de modèle plein de bon sens et d’observation. C’est un travail à très long terme, qui nous engage pour les futures décennies ».

Reste à voir, si les résultats sont probants, s’ils seront appliqués aux 15 hectares de Capet-Guillier, puis aux autres vignobles bordelais d’Advini, notamment les 80 hectares de Patache d’Aux ? On suivra de près les prochaines étapes de cette passionnante expérimentation.

* Advini possède plus de 2000 hectares en totalité, de la Bourgogne à l’Afrique du Sud, en passant par la vallée du Rhône et le Languedoc-Roussillon. À Bordeaux, le groupe possède 480 hectares, dont Capet-Guillier, Grand Renom, Patache d’Aux, Liversan…

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Grosperrin dans l’escarcelle de Villevert

La maison Villevert (CÎROC, G’Vine, La Guilde…) devient actionnaire majoritaire de la maison Grosperrin. Ainsi, Jean-Sébastien Robicquet, fondateur et président de la maison Villervert, poursuit sa quête de cognacs ultra premiums.

C’est la fusion du collectionneur basé sur les bords de la Charente à Saintes, Guilhem Grosperrin, et du développeur niché un peu plus en amont du fleuve, Jean-Sébastien Robicquet. En 2020, ce dernier, créateur et président de la Maison Villevert, avait déjà fait l’acquisition de Celtic Whisky Distillerie pour élargir sa gamme de spiritueux. C’est désormais sur la superbe maison de cognacs (dont le stock contient aussi des armagnacs) que JSR jette son dévolu. » A l’image de Maison Villevert, Cognac Grosperrin partage une histoire originale et unique avec la région de Cognac, explique-t-il.  J’admire l’exigence de Guilhem Grosperrin et le travail accompli par sa famille au cours des trente dernières années. Nous revendiquons la même passion et la même exigence pour le goût du beau, du bon et du patrimoine régional. Notre association amorce la naissance d’un véritable pôle sur les spiritueux bruns au sein de Maison Villevert. Nous avons ainsi décidé́ d‘aller plus loin encore dans l’univers des cognacs ultra-premiums. Les synergies entre nos deux maisons sont évidentes et vont nous permettre de développer nos activités tant en France qu’à l’export. Guilhem Grosperrin reste aux commandes de la société́ éponyme et nous allons travailler main dans la main à la création d’une gamme exclusive de spiritueux français. »

Il est certain que Guilhem Grosperrin, à la suite de son père, a constitué un patrimoine unique de vieilles eaux-de-vie. Directeur général et maître de chai, il cherchait un appui de taille pour pouvoir poursuivre son métier de dénicheur et sans doute bénéficier d’une force commerciale conséquente, le groupe de Jean-Sébastien Robicquet distribuant plus de 50 spiritueux en France et à l’international. « Maison Villevert réinvente le monde des spiritueux tout en préservant des valeurs d’excellence, de respect de l’identité́ du patrimoine et du savoir-faire, souligne Guilhem Grosperrin. Des valeurs que nous partageons et que nous défendons. C’est pourquoi aujourd’hui, je suis heureux de lier la destinée de notre maison à Jean-Sébastien Robicquet. Il m’a fallu des années pour trouver le bon partenaire, capable d’apporter une valeur ajoutée à notre travail, tout en nous offrant la possibilité de renforcer nos approvisionnements. Cognac Grosperrin est aujourd’hui à un tournant de son histoire, dans un contexte où les stocks anciens se font rares et où les prix s’envolent. Désormais, nous avons la possibilité́ de consolider et de pérenniser dans le temps ce projet familial que je porte depuis près de 20 ans : sélectionner et élever des cognacs d’exception, véritables témoins de leurs terroirs d’origine et d’histoires familières singulières« .

Les destins des deux maisons sont désormais liés.

La Maison Villevert est à retrouver dans notre numéro Hors-série de novembre 2021, entièrement consacré au spiritueux. A retrouver sur le kiosque.

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Le SITEVI revient

Dès demain et jusqu’au 2 décembre 2021, au parc des expositions de Montpellier, se tiendra le salon international des équipements et savoir-faire pour les productions viti-vinicoles, oleicoles, arboricoles et maraichères.

Un RDV très vin

Hormis 2020, le SITEVI est chaque année un événement incontournable pour les professionnels du secteur viticole puisque 90% du matériel présenté s’adresse à la filière vin. 900 exposants dont institutions, industriels leaders et start-up attendent de pieds fermes quelques milliers de visiteurs.

Le salon réouvre donc ses portes après une année 2021 particulièrement marquée par les difficultés. Gel, grêle, mildiou puis aléas climatiques ont fait de ce millésime la plus petite récolte depuis 50 ans. Les exposants sont dans l’obligation de trouver des solutions et ça tombe bien, l’innovation est l’ADN du salon. D’ailleurs comme chaque année, les SITEVI Innovation Awards mettront en lumière les innovations les plus remarquables du secteur.

Bien que les contaminations de COVID 19 soient en hausse, les organisateurs ont choisi de renforcer les mesures préventives, notamment avec la mise en place d’un dispositif plus rigoureux, en plus du passeport sanitaire : Dématérialisation de tous les documents, sens de circulation repensé, allées plus larges, pas d’espaces de dégustation et bien entendu gel hydro alcoolique et masques seront à disposition.

Temps forts et nouveautés

Place de l’innovation mais aussi de l’échange et de la rencontre, le parc des expositions accueillera plus d’exposants qu’auparavant, notamment grâce à l’extension du hall sud. Aussi, le village start-up revient et permettra à ces dernières de pouvoir se faire un réseau et de promouvoir leurs nouveautés. Côté vin, 23 master classes sont organisées dans l’espace dégustation. Une chance pour découvrir crémants, cépages résistants ou reconnaître le défaut d’un vin !

Pendant 3 jours, ce ne sont pas moins de 50 conférences qui seront données pour découvrir les enjeux de la filière. Cette année, l’institut français de la vigne et du vin (IFV) proposera à nouveau des conférences sur les thématiques au cœur des enjeux viticoles telles que “La transition agroécologique”, “Adaptation au changement climatique” ou les “Avancées oenologiques”.

Enfin, c’est le retour du stand de job dating organisé par l’APECITA, Jobagri et Vitijob.com. Un succès après l’édition 2019 qui avait permis la réalisation de 110 entretiens !

A ne pas rater

Dans un contexte de réchauffement climatique toujours plus tendu, les rendez-vous dédiées à l’agroécologie et à la transition écologique se font plus nombreux. Parmi elles, la région Occitanie propose une conférence intitulée  “Les bénéfices de la transition écologique”. Une mine d’or en informations sur les expérimentations et les résultats des nouvelles pratiques agroécologiques. RDV le mardi 30 de 9:30 à 11:00 en salle D.

Pour les dégustations, l’huile d’olive (avec France Olive) et surtout le vin (organisée par l’union des œnologues de France, l’IFV) seront à l’honneur:

  • Vins sans sulfites mais pas sans maîtrise”, le mardi de 11:30 à 12:00. Une expérience inédite sur ces vins de plus en plus demandés par les consommateurs.
  • Le goût des cépages résistants”, plusieurs sessions sont prévues le mardi, mercredi et jeudi. Voltis, artaban et floréal, découvrez les cépages de demain.
  • Les goûts de souris”, le mercredi de 15:30 à 17:00. Présentation de ces mystérieux défauts aux origines floues et des dernières avancées scientifiques sur le sujet.
Photo : Foucha Dherines

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Jean d’Arthuys, de M6 à Bandol

Le domaine de Terrebrune à Bandol, désormais copropriété de Reynald Delille et Jean d’Arthuys, ancien directeur de M6, poursuit la valorisation de sa production avec un bouquet de projets dans les cartons sans oublier de mettre en lumière ses bandols en trois couleurs

« Terrebrune a une incroyable capacité de vieillissement y compris pour ses rosés et sait gérer les grands comme les petits millésimes jamais bodybuildés malgré de longues macérations et peu soumis au stress hydrique grâce à ce formidable terroir de Trias, un vrai sol à mourvèdre« . Le compliment vient d’un meilleur sommelier du monde, Olivier Poussier, qui se fait fort de préciser que les assemblages de Reynald Delille, à la manœuvre depuis 40 ans dans le domaine familial, varient peu d’un millésime à l’autre, grâce au tri rigoureux à la vigne et en cave pour respecter les équilibres. Pour les rosés, la moitié de la production, 60 % de mourvèdre, 20% de grenache complété de cinsault; pour les rouges (40% des bouteilles), pas moins de 85% de mourvèdre, 20% de grenache et 5% de cinsault; pour les blancs, 40% de clairette, 20% de bourboulenc, 20% d’ugni blanc assortis de rolle et marsanne.

Reynald Delille, toujours aussi discret et douant sans cesse de ses vins, rappelle que son père a été le premier à avoir cru au mourvèdre sur cette terre d’Ollioules au sud-est de l’appellation Bandol. « Aujourd’hui, Jean d’Arthuys, tout aussi passionné que moi par ce cépage, apporte à mes vins et au terroir une belle visibilité. Moi, je reste plutôt dans l’artistique. Après avoir travaillé seul pendant des années, j’apprécie de partager avec quelqu’un qui comprend Terrebrune malgré sa culture bordelaise et en qui j’ai confiance« . « Il est patient et cérébral, moi plus intuitif » reconnaît Jean d’Arthuys, homme d’affaires et de communication visionnaire, copropriétaire depuis l’an dernier du domaine d’une trentaine d’hectares en surplomb de la Méditerranée.

Le tandem est même devenu trio avec un nouveau chef de culture, Julien Paul, jeune ingénieur supagro de Toulouse au profil « biodynamie » (ex-Abbatucci). Le réseau de distributeurs en France et d’importateurs a été repensé et dynamisé, les vins ont également été référencés sur des sites à forte renommée comme IDealwine, Vente à la propriété, Chai d’œuvre…. Un concours d’architecture va être lancé prochainement au niveau mondial « pour que le lieu soit d’ici quatre ans à la hauteur du vin avec un restaurant panoramique, des chambres écolodges, une grande boutique… précise Jean d’Arthuys. Nous voulons proposer une véritable expérience pour faire découvrir nos vins sans révolution mais en continuant à les valoriser« .

R. Delille, J. d’Arthuys, O. Poussier. ©F.Hermine

2001 au pinacle Quand on demande à Reynald Delille si il a une préférence pour un millésime particulier, il avoue du bout des lèvres avoir un faible aujourd’hui pour le rouge 2001, « un grand vin racé et harmonieux avec une énergie tannique, comme une jeunesse qui se prolonge dans la plénitude. Il est vraiment à son apogée et c’est à partir de ce millésime que l’on a vraiment senti le réchauffement climatique.  2004, 2007, 2011 et 2016 sont également enchanteurs, 2009 est à attendre comme 2017 qui semble s’être refermé, 2012 et 2018, fins et élégants, sont très dandys et facilement accessibles. » Les rosés sont tout aussi étonnants, en particulier le 2001 délicat mais puissant sur des arômes d’épices, de zestes d’oranges, de fenouil et de curry, et le dernier, le 2019 frais et acidulé sur des notes d’orange sanguine, d’épices, de fenouil et de rose ancienne.

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Joséphine Baker : l’esprit du champagne au Panthéon

Ce mardi 30 novembre, Joséphine Baker sera la première femme noire à entrer au Panthéon. Une distinction amplement méritée pour celle qui mettait le feu au public dans les années folles, et qui fut aussi une militante politique engagée tout au long de sa vie. A travers elle, c’est aussi une partie de l’univers du champagne, celui des cabarets et des femmes émancipées, auquel la France rend hommage.

S’il fallait plagier le discours d’André Malraux lors du transfert des cendres de Jean Moulin, on aimerait s’exclamer « Entre ici Joséphine et ton joyeux cortège, celui des bulles, de la joie et de la poésie… » Elle incarnait à elle seule la légèreté des années folles, mais une légèreté qui n’était pas dénuée de profondeur. Née en 1906 à Saint-Louis dans l’Amérique ségrégationniste, après ses débuts à Broadway, c’est le Paris très ouvert de l’entre-deux guerres qui a su la révéler. Danseuse, chanteuse, résistante et d’une générosité sans borne (elle avait adopté 12 enfants, issus du monde entier), elle était d’abord une femme libre. Sur les planches du Théâtre des Champs Elysées, puis aux Folies Bergères, elle dansait le charleston, vêtue de son célèbre pagne de bananes en roulant des yeux. Première star noire, son style inimitable inspirait les artistes surréalistes. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, aux côtés du pasteur Martin Luther King, elle s’est engagée avec courage dans la défense des droits des noirs aux Etats-Unis.

Sa rencontre avec le monde du champagne était écrite d’avance. Joséphine est d’ailleurs venue à plusieurs reprises en Champagne pour visiter des maisons célèbres qui lui ont ouvert grand leurs portes. En 1934, elle se rendait ainsi chez Moët & Chandon à l’invitation de Robert-Jean de Vogüé qui l’a accueillie avec un vin d’honneur et où, après avoir posé avec la statue de Dom Pérignon, elle a inscrit à côté de sa signature sur le livre d’or cette petite phrase qui résume le combat d’une vie : « Je suis noire ».

 Photo : Collection Moët & Chandon

En 1936, le champagne Montaudon avait conclu avec elle un contrat pour l’élaboration d’un « champagne de premier ordre » qui devait approvisionner son cabaret parisien. Son dernier passage en Champagne daterait de 1951, chez Joseph Perrier et Castellane. Les deux maisons, pour notre plus grand bonheur, ont accepté de nous partager les photos de ce souvenir magique…

Photos : Collection Castellane et Collection Joseph Perrier.

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Saint-Émilion : Château Fleur de Lisse inaugure sa nouvelle winery

Fleuron des Vignobles Jades, réunissant l’ensemble des propriétés bordelaises de la famille Teycheney, le château Fleur de Lisse (Saint-Émilion Grand Cru) inaugurait hier soir sa nouvelle « winery », en présence notamment de l’ancien Premier ministre Édouard Philippe.

C’est souvent la même histoire dans les domaines viticoles, en particulier à Bordeaux : comment faire coïncider un héritage familial, historique, et la nécessité d’innover, d’aller de l’avant, pour pérenniser le(s) vignoble(s) et tirer son épingle du jeu dans un monde du vin de plus en plus concurrentiel ? Hier soir, à Saint-Émilion, la famille Teycheney a apporté sur le sujet une nouvelle et éloquente illustration. Présente dans le vignoble bordelais depuis 1837 (d’abord au Château La Loubière dans l’Entre-deux-Mers), cette famille a enclenché une nouvelle dynamique en 2015, lorsque Patrick Teycheney – fondateur du groupe de maisons de retraite médicalisées Colisée – a repris les rênes de l’activité viticole avec son épouse Évelyne et sa fille Caroline. Désignée présidente de la nouvelle entité des Vignobles Jade, cette dernière, après avoir connu une première partie de carrière dans l’industrie horlogère, s’investit pleinement dans l’univers du vin – un univers dont elle a toujours été proche depuis son enfance.

Dès 2015, les Vignobles Jade se déploient à Saint-Émilion, constituant en quelques années sur la rive droite un ensemble de 32 hectares* qui réunit aujourd’hui les châteaux Fleur de Lisse, l’Etampe et Fontfleurie. Très rapidement, Caroline Teycheney et son père décident de s’entourer d’une « dream team » pour tirer le meilleur de leurs terroirs et hisser ces propriétés au plus haut : Nicolas Géré, directeur des exploitations, Jean-Claude Berrouet, œnologue-consultant, Dominique Massenot pour l’étude des terroirs, Lilian Bérillon pour la sélection du matériel végétal et Margarethe Chapelle pour la « cristallisation sensible » (méthode d’étude de la vitalité des plantes). De façon concomitante, il est décidé d’engager tous les vignobles sur la voie du bio et de la biodynamie – certification AB depuis 2020, et une double conversion Demeter et Biodyvin doit être entamée à partir de l’année prochaine. Cette décision vient tout à la fois d’un constat écologique et d’une affinité stylistique, comme l’explique Caroline Teycheney : « il se trouve que lorsque je dégustais du vin, les cuvées en biodynamie avaient souvent tendance à se distinguer par la précision de leur expression du terroir. C’est aussi une volonté environnementale, qui se double d’un engagement dans le SME [système de management environnemental des vins de Bordeaux, NDLR]. Mais nous approchons cela depuis 2016 de façon pragmatique, et en prenant notre temps – on ne fait pas basculer du jour au lendemain une vigne qui a été longtemps conduite en conventionnel. Faire de la biodynamie, c’est aussi une démarche à expliquer, et le faire-savoir demande aussi du temps ».

Dream Team

Pour accompagner ce nouvel élan qui s’est tout d’abord concentré sur la partie viticole, la famille Teycheney a souhaité impulser une rénovation en profondeur de tout son outil technique. C’est ainsi qu’est née, au château Fleur de Lisse, une nouvelle « winery » réunissant à la fois cuvier, chai d’élevage et site d’accueil œnotouristique. Le cahier des charges, élaboré en famille et en équipe, était le suivant : redimensionner l’outil de production et l’intégrer sur un site unique ; se doter d’un nouveau cuvier moderne, technique et esthétique ; cultiver « l’Art de vivre à la française » autour d’un lieu de convivialité. Pour concrétiser ce projet, c’est une nouvelle « dream team » qui a été réunie : cabinet bordelais Goldfinger Architectes, dirigé par Thomas Chlebowski, le concepteur italien Defranceschi pour l’élaboration du cuvier, l’architecte d’intérieur Sybille Holmberg, mais aussi différents artistes et artisans (Maison Leleu, Camille Rousseau, Francesco Moretti… « Il nous fallait un outil adapté à la dimension de nos 32 hectares à Saint-Émilion, capable d’assumer la vinification et l’élevage des trois propriétés, mais également high-tech et durable », précise Caroline Teycheney.

Ainsi a surgi, après trois ans de réflexion et de travaux s’appuyant sur le bâtiment existant, de 115 mètres de long, un nouvel ensemble intégrant harmonieusement le contemporain et l’ancien, la sobriété et le geste architectural, le pragmatique et l’élégant. Au niveau du cuvier, l’intervention de Defranceschi a permis de mêler les cuves béton existantes avec de nouvelles cuves d’inox irisé, « qui travaille la décomposition de la lumière, leur finition satinée vient souligner leur effet matière de couleur bronze ». Une passerelle relie les différentes cuves entre elles suivant un brevet unique en termes d’ergonomie de circulation. Le sol du cuvier et la passerelle sont revêtus du même granit. Le chai d’élevage, quant à lui, est éclairé par des vitraux réalisés en 1979 par Henri Martin-Granel, maître verrier.

Un Premier ministre en « guest star »

De son côté, l’architecte d’intérieur Sybille Holmberg s’est chargée d’habiller l’intérieur des installations et notamment toute la partie ouverte au public, « avec l’idée de refléter l’accueil familial bordelais », souligne Carolien Teycheney. « Au-delà d’un lieu d’œnotourisme, Fleur de Lisse a vocation à être un vrai lieu convivial, un lieu vivant, correspondant aux attentes des locaux mais aussi des touristes, de plus en plus attirés par le culturel et le patrimonial ». Parmi les nombreux éléments de décoration qui retiennent l’attention, il est important de mentionner une toile de quatre mètres signée par l’artiste Camille Rousseau, représentant le découpage du vignoble de Saint-Émilion.

Des poignées de porte signée Francesco Moretti au mobilier d’intérieur conçu par la Maison Leleu, aucun détail n’a été négligé pour faire de cette winery un lieu de production dédié à l’excellence et à l’amour du détail. Les quelque 400 invités réunis hier soir lors de l’inauguration ont pu en juger sur pièce, à commencer par l’ancien Premier ministre Édouard Philippe, qui honorait les propriétaires de sa présence, entre autres personnalités de renom. Une façon de souligner l’entrée du château Fleur de Lisse et des Vignobles Jade dans le club des propriétés à suivre de près dans le Bordelais – la complémentarité de styles entre Fleur de Lisse, l’Etampe et Fontfleurie en atteste. S’il est encore trop tôt pour faire des pronostics en vue du prochain classement de Saint-Émilion, il ne fait pas de doute que la famille Teycheney a les moyens de ses ambitions, et de la suite dans les idées.

*Les Vignobles Jade réunissent au total 82 hectares entre l’Entre-deux-Mers et la rive droite, dont 32 à Saint-Émilion.

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Tendance à la baisse pour le Côtes du Rhône primeur

Primeur-rhône

Primeur-rhône

Le Beaujolais primeur est dans toutes les bouches. Et le Côtes du Rhône où est-il ? Si sa production a fortement baissé, son goût de fruits fait encore son petit effet, mais pour combien de temps ?

Il fut un temps pas si lointain où le Côtes du Rhône primeur coulait à flot. Claude Bres, un ancien employé de l’Union des Vignerons des Côtes du Rhône se souvient des 4 millions de bouteilles commercialisées par elle seule, en 1975. En 2000, Inter Rhône annonçait 8 millions de bouteilles, soit 60 000 hectolitres, pour un chiffre d’affaires d’environ 117 millions de francs. Il représentait alors environ 3 % de la commercialisation totale des Côtes du Rhône régionales rouges. Dix ans plus tard, le chiffre tombe à 3 millions de bouteilles, soit 1,5 à 2 % de la production totale des Côtes du Rhône régionales. Cette année, les volumes avoisinent les 1 102 hectolitres, soit 1 % des volumes contractualisés depuis le début de la campagne.

Une peau de chagrin qui s’explique par un effet de mode déclinant. Jean-Marc Pradinas, directeur de la cave Colombes des Vignes, à Sainte-Cécile-les-Vignes (Vaucluse) l’a constaté : « L’effet primeur a été remplacé par le rosé, il y a eu un transfert de mode. Il y a un petit engouement pour le primeur durant dix jours, c’est tout. De plus, il n’y a plus de soirées à cause du Covid. C’est dommage car c’est important de parler du nouveau millésime« .

Le goût du consommateur a donc changé, orienté par des metteurs en marché soucieux de monter en gamme vers des vins de terroir. Dans cet élan, Inter Rhône a d’ailleurs rebaptisé Millévin, la traditionnelle célébration du troisième jeudi de novembre, à Avignon. La fête est joyeuse. Quant aux vins, deux tendances se dessinent : le fruité amylique acidulé et le fruité gourmand. Petit banc d’essai …

Domaine BoissonCôtes du Rhône nouveau  – AB

8€, Grenache, carignan, syrah

Rubis foncé, des arômes de cynorhodon surprenants et plaisants. La bouche, sur la groseille, est fraîche, acidulée, fluide. 2 000 bouteilles de primeurs distribuées essentiellement CHR France et aux particuliers en France et en Belgique

www.domaineboisson.com

Les Vignerons de Tavel & LiracCôtes du Rhône primeur

5.50€, Grenache (60%), syrah (20%), carignan, mourvèdre (20%)

Rubis chatoyant, il expose ses arômes amyliques. Framboise et groseille se bousculent en bouche, acidulé et gourmand. 1 800 bouteilles pour la vente directe, les cavistes et les CHR

www.cave-tavel-lirac.fr

Maison SinnaeCôtes du Rhône nouveau « Enfant Terrible« 

5.70€, Grenache majoritaire, carignan, cinsault, syrah

Robe grenat intense, avec un nez discret sur le fruit. La bouche est souple sur les arômes de framboise, les tanins sont un peu serrés. 7 500 bouteilles vendues aux caveaux, cavistes et en CHR

www.sinnae.fr

Colombes des VignesCôtes du Rhône primeur

4.90, Grenache, syrah, carignan, cinsault

Robe grenat intense, avec de jolis arômes friands de fruits exotiques et de bonbon, qui se retrouvent en bouche dans un registre acidulé, tout en gardant de beaux tanins. 3000 bouteilles distribuées dans les GMS de la région, les petits primeurs ainsi que la vente direct au caveau.

www.colombesdesvignes.fr

Rocca MauraCôtes du Rhône primeur

4.25€, Syrah, grenache

Grenat clair, les arômes discrets de fruits rouges s’ouvrent à l’aération. Très vif, un peu court, ses arômes fruités, légèrement réglissés, se terminent sur des notes salines. 2 400 bouteilles commercialisées au caveau et auprès des distributeurs et restaurateurs nationaux

www.roccamaura.com

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Château Lascombes : un nouveau cuvier pour regarder vers l’avenir

Le deuxième Grand Cru Classé de Margaux a inauguré, lors des vendanges 2021, un nouveau cuvier qui vient conclure un cycle de renaissance entamé il y a vingt ans avec l’arrivée du directeur général Dominique Befve, et accéléré depuis la reprise de la propriété il y a dix ans par la Mutuelle d’assurances du corps de santé français (MACSF).

Reconnu 2ème Grand Cru Classé lors du classement de 1855, riche d’une longue histoire remontant au moins au XVIIème siècle lorsque le chevalier Antoine de Lascombes en devint propriétaire, le château Lascombes a connu une période creuse entre 1971 et 2001, lorsqu’il était entre les mains du groupe britannique Bass-Charrington. C’est à partir de 2001 que ce vaste vignoble (130 hectares dont 120 en appellation Margaux) a amorcé sa renaissance, avec son rachat par le fonds d’investissement américain Colony Capital et l’arrivée d’un nouveau directeur général, Dominique Befve, venu de Lafite Rothschild – accompagné de Delphine Barboux, qui prendra en charge la direction technique du domaine, et de l’œnologue-consultant Michel Rolland. Dès son arrivée, ce trio s’emploie à remettre Lascombes à sa juste place dans la hiérarchie des grands crus médocains. Le chai d’élevage est rénové, le foncier agrandi avec l’inclusion en fermage du château Martinens en 2007. Mais comme on le sait, le vin est affaire de temps long, et ce n’est réellement qu’aujourd’hui que Château Lascombes conclut ce cycle de renaissance amorcé il y a vingt ans, avec l’édification d’un nouveau cuvier.

Un certain style « Eiffel »

Entre temps, la propriété a changé de mains, passant en 2011 de Colony Capital à la Mutuelle d’assurances du corps de santé français (MACSF). L’arrivée de ce nouvel investisseur a clairement accéléré le renouveau de Lascombes, permettant notamment ce chantier important qui a vocation à gagner en confort de travail et en précision dans les vins. Après un an de travaux, ce nouveau cuvier a donc été inauguré lors des vendanges 2021. Comme le détaillent Dominique Befve et Karine Barbier, responsable des relations publiques, cet outil conçu par l’agence bordelaise BPM Architectes (Arnaud Boulain, Anne Gayet) a d’abord une vocation technique, puis esthétique. En passant de 32 à 44 cuves inox double paroi, avec encuvage de la vendange par gravité (après passage par un « tunnel de froid » pour des macérations préfermentaires), il permet d’aller plus précisément dans le détail du parcellaire et de travailler la matière avec davantage de délicatesse ; il accueille aussi un « mini-cuvier » expérimental et prévoit également de la place pour des cuves supplémentaires et pour des foudres bois, qui entrent désormais fortement dans l’élevage du second vin, Chevalier de Lascombes. L’ensemble est sobre, fonctionnel, joliment habillé par une toiture intérieure en peuplier, des colonnes en fonte au style très « Eiffel » et un pilier central au rutilant effet miroir, accueillant l’ascenseur pour la circulation des raisins.

Ce bâtiment technique vient donc conclure en beauté un cycle entamé il y a vingt ans et accéléré il y a dix ans, qui a vu Lascombes s’engager fortement sur le volet de l’œnotourisme, notamment. Mais cela ne veut pas dire que Dominique Befve et son équipe entendent se reposer sur leurs lauriers : un rafraîchissement du château est déjà dans les prévisions, et surtout on avance sur les défis environnementaux et climatiques en orientant la propriété vers davantage de sobriété (nouveau parc à matériel, nouveaux transformateurs électriques)…

« Terre de Vins » aime :

Château Lascombes 2011 : un millésime que l’on a trop rapidement « survolé » après 2009 et 2010, et qui ne cesse de délivrer de belles bouteilles après dix ans de garde. Distingué, bien construit autour d’une structure élégante et de tannins finement dessinés, il décline une jolie palette de fruits noirs savoureux auxquels se mêle une note de réglisse et de camphre. Un « classique » taillé pour la table. Prix recommandé 80-90 €.

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Natura Nostra : Moët & Chandon au chevet de la biodiversité

Moët & Chandon a dévoilé hier son grand programme de préservation de la biodiversité. Lancé à Fort Chabrol, cœur historique de la recherche viticole de la Maison, celui-ci envisage à terme la plantation de 100 km de haie, et entend travailler en étroite collaboration avec les différents acteurs locaux.

Pour inaugurer son programme « Natura Nostra » consacré à la préservation de la biodiversité, Moët & Chandon ne pouvait choisir de meilleure date que le 25 novembre, jour de « La Sainte Catherine » où comme chacun sait « tout bois prend racine »! La sélection du site de Fort Chabrol comme point de départ de cette révolution viticole ne doit, elle aussi, rien au hasard. Construit en 1900, c’est dans ce centre de recherche qu’a été planifié la grande conversion du vignoble aux plants greffés au moment de l’invasion phylloxérique. Quant au nombre d’arbres planté, il renvoie à la date de la fondation de la Maison : 1743. Un chiffre qui ne tardera pas à être dépassé puisque chacun des cinq domaines de Moët & Chandon sera doté d’ici 2022 de ses propres haies dont la longueur devrait atteindre à l’horizon 2027 100 km !

Le projet de Moët & Chandon a été mené en collaboration avec la mairie qui a missionné la société NaturAgora Développement pour réaliser un inventaire de la biodiversité de la commune en 2019. Celui-ci a permis d’identifier les différents corridors de biodiversité qui pourraient être renforcés. Parmi eux figurait ce vignoble de 15 hectares stratégiquement situé entre les deux grands réservoirs de biodiversité que constituent la forêt d’Epernay et la forêt de la Montagne de Reims. On aurait pu penser que la vigne, dans la mesure où elle forme un continuum végétal, offrait déjà le meilleur aménagement possible, mais en réalité la perte des éléments structurant le paysage et plus particulièrement des haies et des bandes enherbées, a rendu le passage des différentes espèces plus compliqué.

L’inventaire a été l’occasion d’un premier état des lieux de la zone. Concernant la flore, on a relevé dans les vignes 68 espèces dont certaines comme l’Orchis Bouc, ou la Rhinante velu, sont très rares.  Une vraie richesse même si Maëva Remy, la naturaliste du bureau d’études souligne « qu’elles ont été vues en périphérie et non au cœur des vignes« . L’analyse de la faune a déjà conduit au recensement d’une cinquantaine d’espèces dont la moitié sont protégées. Un élément central dans l’analyse de la biodiversité consiste dans l’évaluation de leur interaction avec le milieu. Viennent-elles seulement se nourrir ? Sont-elles en transition pour se déplacer vers un autre lieu ? Se reproduisent-elles sur place ? « La notion de reproduction est centrale, d’une part parce qu’elle pérennise l’espèce, mais aussi parce qu’il s’agit d’un moment clef. Pour les oiseaux par exemple, c’est pendant cette période qu’ils vont fortement s’alimenter et consommer les ravageurs de la vigne comme le ver de la grappe. Or on constate qu’on a des cortèges très différents selon les saisons ce qui est dû à la physionomie très contrastée de la vigne entre l’hiver, où les sols sont nus, et l’été. » L’intérêt des haies sera justement « d’avoir toute l’année des habitats pour la faune, et de lui donner des endroits où elle pourra se reproduire, se cacher, se nourrir, mais aussi grâce auxquels elle pourra se repérer. La haie est un écosystème à part entière !« 

Pour planter ces haies, la Maison a dû exploiter tous les interstices disponibles, multipliant ici et là les bosquets ou profitant d’un chemin pour aligner une rangée d’arbres qui seront soigneusement taillés en trogne. Cette conduite évite qu’ils ne procurent trop d’ombre et limite en même temps leur développement racinaire, susceptible de concurrencer l’approvisionnement de la vigne. On notera parmi les nouvelles créations de haies, les « haies de Benjes» constituées d’amas de branches mortes. Visitées par des petits mammifères et des oiseaux, elles se transformeront bientôt en véritables haies grâce à leurs déjections porteuses de graines des espèces végétales environnantes. Elles permettent aussi de recycler sur place les branches mortes des vignes et de constituer des réservoirs de matière organique.

Le maintien des milieux ouverts tels que les prairies et les talus est également très important. « Depuis les années 1990, 40 % de ces espaces ont disparu en Champagne. » Ils sont pourtant essentiels au maintien des fleurs pollinisatrices. D’où l’intérêt d’avoir une diversification des types d’enherbement au sein des inter-rangs et de ne pas travailler seulement sur les périphéries, avec par exemple des rangs comprenant de la végétation haute, des rangs avec une végétation tondue plus régulièrement qui hébergera d’autres essences herbacées, et des rangs de sols nus qui ont aussi leur intérêt pour certaines espèces. On obtient ainsi une véritable mosaïque d’habitats sur l’ensemble du site et, là-encore, une faune et une flore présentes sur une période plus longue au cours de l’année.

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Alsace 2021 : vendanges tardives confidentielles

2021 sera marqué par une des plus petites récoltes de vendanges tardives des douze dernières années. Mais leurs beaux équilibres retiendront l’attention.

Le 18 novembre, les sécateurs étaient de nouveau de sortie en Alsace. « Pour les vendanges tardives, on est sur la fin, il y encore quelques gros rushs pour les dernières fenêtres de tir » explique Maxence Werck, responsable du contrôle interne à l’AVA, Association des viticulteurs d’Alsace, l’organisme chargé de veiller, entre autres, à l’authenticité des bouteilles qui portent les mentions vendanges tardives (VT) et sélection de grains nobles (SGN).

Petits volumes

Entre le 11 octobre et le 18 novembre, ce sont seulement 2 699, 55 hl qui ont été récoltés pour les deux catégories VT et SGN. C’est à peu près un quart de l’année dernière, et pratiquement dix fois moins que les années records, 2011, 2015 et plus récemment 2018. Pour la plupart des vignerons cette année, quelle que soit la qualité potentielle d’une vendange tardive, la question ne se posait pas vraiment d’en faire ou pas, étant donné la taille de la vendange 2021, conséquence du gel, mais surtout de la pluie et du mildiou. La récolte était bien trop petite et il semblait inutile de prendre un risque, puisque VT et SGN représentent toujours un risque. Un passage d’étourneau ou une grosse pluie peuvent détruire en 24 h le travail d’une année. On a fait l’impasse chez les Deiss à Bergheim (Haut-Rhin), chez les Schloegel du domaine Lissner à Wolxheim (Bas-Rhin) come chez les Frey à Dambach-la-Ville (Haut-Rhin).

Surtout du gewurztraminer

A la Cave du Vieil Armand, à Soultz (Haut-Rhin), deux des cinq adhérents ont cependant gardé des parcelles pour faire un gewurztraminer vendanges tardives. Il a été rentré avec un degré potentiel de 16,5, juste au-dessus de la limite inférieure qui est de 16. Avec à peine plus d’une tonne de raisin, on a pressé tout doucement pour ne pas écraser les pépins, pendant une nuit entière et on a récupéré environ 500 litres qui fermentent doucement. « Ca nous plait, déclare le président Laurent Franck, les raisins étaient sains, il se sont concentrés car on a été gâtés avec l’été indien, après une année peu ensoleillée. C’est de la surmaturation, car le botrytis s’est peu installé. On aura des parfums de rose et de lychee classiques« . Les quantités sont réduites, car les vignerons n’ont gardé qu’un demi-hectare au lieu des 2,5 ha qui sont habituellement travaillés pour faire des vendanges tardives. Ce sont toujours les mêmes, des vignes de plus de 25 ans.

Rare SGN

Si les relevés annoncent tout de même 234 hl de SGN, on a un peu de mal à trouver les vignerons qui en ont fait. Parmi eux, Arthur Ostertag à Epfig (Bas-Rhin) : « Il y avait une possibilité fin octobre seulement, ensuite c’était la grisaille. On a eu un beau botrytis sur le gewurztraminer. Pas de VT, mais le SGN était possible, grâce à un tri baie à baie » explique Annie Schaller-Ostertag, au terme d’une vendange intense, tous les jours sauf dimanche du 6 au 29 octobre.

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