Jamie Ritchie : “Tout le monde connaît les Hospices de Beaune sans les connaître”

Choisi pour remplacer son concurrent Christie’s, le n°1 mondial des ventes de vin au enchères Sotheby’s prépare la prochaine vente des Hospices de Beaune, dimanche 21 novembre 2021. Son président, Jamie Ritchie, oscille entre tension et excitation à l’approche de l’événement, qui signe aussi son implantation en France. Entretien.


Vous avez été choisi pour organiser les cinq prochaines éditions des ventes des Hospices de Beaune. Est-ce une consécration ?
C’est un honneur pour nous d’avoir été choisis par les Hospices. C’est la vente la plus prestigieuse du monde. Jusqu’ici, Sotheby’s n’avait pas souhaité répondre aux appels d’offre. Mais quand j’ai repris en main le marché européen, je me suis demandé comment développer notre activité en France. J’ai pensé qu’être associé à cette vente et à sa réputation était une bonne manière de commencer à s’implanter.


Le marché français est donc tout nouveau pour vous ?
Notre présence en France est nouvelle. Nos trois plateformes de vente étaient jusqu’ici Londres, New York et Hong-Kong. Nous souhaitons que Paris devienne la quatrième. Il était temps, car 85% du montant de nos ventes viennent des vins français.


Comment appréhendez-vous cette première à Beaune ? Vos équipes ont-elles hâte de participer à la vente ?
C’est à la fois une chance et une responsabilité. Ces enchères seront parmi les plus importantes dans mes trente ans de carrière. Quant à l’équipe, chaque membre est très excité à l’idée de participer à la plus ancienne vente de charité au monde. Même s’ils ont été un peu surpris au début ! Heureusement, nous pensons pouvoir apporter notre expérience et notre savoir-faire en termes d’enchères de vins. Nous voulons aussi apporter de l’énergie, et de l’innovation dans la préparation, notamment par le contenu digital.


Le digital, c’est-à-dire ?
Toutes nos enchères bénéficient d’un important contenu en ligne, ce sera aussi le cas pour les Hospices de Beaune. Il est tôt pour le voir, car nous sommes à deux mois de la vente et le millésime arrive à peine en cave, mais nous prévoyons chaque jour d’étoffer ce contenu digital, avec des notes de dégustation et des éléments techniques sur les cuvées proposées et l’événement. Je pense que tout le monde connaît les Hospices sans les connaître. Nous souhaitons offrir plus de transparence.


Avez-vous déjà assisté personnellement à la vente ?
Nous sommes venus en 2019, et nous avions acheté quelques pièces. Nous étions là pour deux raisons. À titre personnel, il était intéressant de participer une première fois à la vente. À titre professionnel, nous souhaitions comprendre le fonctionnement de ces enchères, et préparer au mieux notre candidature. Tout cela m’a impressionné, c’est un grand souvenir pour moi.


Quel objectif vous êtes vous fixé pour cette première, en terme de résultat notamment ?

Il est impossible d’en parler car le millésime n’est pas encore en cave, et nous n’en savons pas encore assez sur les vins. Je vous dirai le 21 novembre. [rires]


Au-delà de Beaune, quel regard portez-vous sur le marché des enchères de vins en 2021 ?
Nous voyons des acheteurs de plus en plus jeunes. Nous l’expliquons, notamment, par notre contenu en ligne. Du côté des régions viticole, la Bourgogne reste plus forte que jamais. En 2016, c’était 26% de nos parts de marché, pour 50% en 2019. La dynamique est inverse pour les bordeaux, avec 62% en 2016 contre 26% en 2019. Mais je pense que le Bordelais va revenir. La Champagne et le Rhône restent aussi très forts. Le marché des enchères de vins, globalement, se porte très bien, et nous visons un développement important en France.

Cet article Jamie Ritchie : “Tout le monde connaît les Hospices de Beaune sans les connaître” est apparu en premier sur Terre de Vins.

Vendanges dans le Médoc : feu pour les jeunes merlots !

A peine rentrés les raisins blancs, les premiers coups de sécateurs sont donnés cette semaine, inaugurant la vendange des rouges dans le Médoc.

Du côté de Lafite-Rothschild, Clerc Milon ou encore des vignobles de la famille Barton (Léoville-Barton, Langoa-Barton, Mauvesin-Barton), on a débuté les hostilités. Par une journée ivre de soleil, une fois la brume dissipée, le défilé dans les rangs de vignes débute avec ses flux de tracteurs brinquebalant leurs tombereaux jusqu’aux chais de réception. Comme toujours, c’est le précoce merlot qui sonne le coup d’envoi. « Nous avons déjà rentré une jeune vigne de merlot, sa première récolte, il n’y avait rien à gagner à attendre, elle était bonne à ramasser étant donné qu’il y a eu pas mal de pluie ce week-end mais le gros des vendanges est pour lundi ou mardi prochain », explique Damien Sartorius-Barton.

Sur les propriétés de Saint-Julien comme sur celle de Moulis-en-Médoc, en l’occurrence Mauvesin-Barton, le moral semble au beau fixe. « Car il faut avouer que l’année fut très sportive, heureusement la météo s’est bien rafraîchie, le vent vient du nord, il est sec, donc nous sommes sereins, la récolte semble plus fournie que l’an passé », ajoute Damien. Comme toujours, les sols les plus frais de Mauvesin seront plus tardifs que ceux Léoville ou Langoa. Reste à jauger la météorologie du week-end à venir pour établir les plannings définitifs. « On a eu une belle véraison, les maturités se font tranquillement avec de belles acidités, la maturité phénolique est aussi bonne, le problème reste les pluie annoncées la semaine prochaine, à ce moment-là, il n’y aura plus rien à gagner », conclut Damien. Comme chez le pauillacais Pédesclaux ou le saint-julien Lagrange, le véritable coup de feu sera donné lundi ou mardi prochain.

Cet article Vendanges dans le Médoc : feu pour les jeunes merlots ! est apparu en premier sur Terre de Vins.

Quelles tendances pour les Spiritueux ? Entretien avec François-Xavier Dugas

Le Salon Dugas Club Exper, installé cette année au Carreau du Temple à Paris, a accueilli sur deux jours environ 2000 visiteurs – à majorité des prescripteurs mais également, pour la deuxième fois, le grand public. Francois-Xavier Dugas est revenu pour nous sur les grandes tendances en matière de spiritueux depuis le début de la crise sanitaire.

Comment la maison Dugas avec ses 120 marques a-t-elle passé la crise sanitaire ?
Cela a nécessité une réorganisation profonde avec comme consigne pour nos commerciaux de garder le contact avec notre clientèle traditionnelle que sont les cavistes. C’était l’une des clés de la réussite. Nous leur avons rendu visite, organisé des zooms, proposer des dégustations en distanciel, nos brand ambassadeurs ont réalisé des masterclasses en vidéos… Le lendemain du premier confinement, la reprise était là avec un rebond comme je n’en avais jamais vu, bien au-delà de nos espérances. Les clients se sont empressés de repasser des commandes et ça n’a pas arrêté jusqu’en septembre. Le deuxième confinement n’a finalement causé que peu de perturbations et la fin d’année a été remarquable : nous sommes même restés dans le positif à +7% en volume et en valeur pour l’année 2020. Les cavistes ont clairement bénéficié d’un report de consommation à domicile puisque le on trade était à l’arrêt et ça a continué après les fêtes.

L’année 2021 s’annonce-t-elle aussi fructueuse ? Certains secteurs sont-ils plus dynamiques ?
Sur le premier semestre, Dugas a augmenté ses activités de 45% et même après la reprise du CHR au printemps, la consommation à domicile est restée sur une activité intense avec une forte premiumisation et un accroissement de l’achat de belles bouteilles. Le rhum est toujours chez nous le premier segment pour 55% de l’activité, suivi du whisky à 25-30%. Des marques comme Diplomatico, Don Papa, Botran et Angostura ne cessent de monter en puissance. Les embouteillages indépendants comme La Maison du Rhum remportent également un franc succès sans oublier les rhums arrangés (Les Rhums de Ced’) qui sont devenus la troisième marque de notre portefeuille, surtout chez les cavistes mais aussi en GD depuis mars avec quelques références dédiées. On constate aussi un engouement pour le gin haut de gamme surtout pour Mare et Canaïma et un début d’intérêt pour les liqueurs avec la reprise de Fernet-Branca puis Disaronno depuis fin 2019.

Le réseau cavistes est-il toujours votre priorité ?
C’est notre credo depuis 40 ans. Nous accentuons pour ce circuit notre différenciation sur la construction de marques avec des plans à trois ans, voire plus pour amener les producteurs à évoluer sur des offres plus pointues avec des parcellaires, des éditions limitées. Les cavistes sont très demandeurs d’innovations pour répondre à une clientèle croissante de jeunes. Nous mettons également de plus en plus l’accent sur le digital avec le site Dugas Club Expert qui a un positionnement prix identique aux cavistes pour une cohérence tarifaire car il ne s’agit pas de faire de la concurrence à nos clients. Le même produit est au même prix. Et il n’y a que deux produits qui sont également en GD, le Diplomatico Exclusive et le Don Papa Baroko avec des écarts de prix infirmes à moins de 10% mais sans prescription ni canister. Nous entendons favoriser le click’n’collect pour faire venir les internautes chez les cavistes. Nous avions d’abord misé sur un réseau de partenaires disposant d’au moins 30 références Dugas mais nous avons changé de formule depuis avril : on envoie n’importe quelle bouteille commandée sur notre site en 48 à 72h chez un caviste et nous avons déjà 550 partenaires partout en France. Nous sommes passés de 18% de ventes en click’n collect à 35-40% avec un panier moyen de 100-110€ pour 1 ou 2 bouteilles. Nous disposons de 1500 références sur notre site mais nous réfléchissons aussi à une marketplace vins & spiritueux pour élargir l’offre sans s’occuper de la logistique. Je pensais au début jouer les raretés mais ça ne générerait pas de chiffre d’affaires suffisant. La nouvelle chaîne de podcasts lancé début septembre fournit des animations et des informations sur nos marques.

Des projets à court et moyen terme ?
Nous avons racheté des petits distributeurs en Belgique et cet été au Luxembourg et nous réfléchissons à d’autres pays pour étendre notre réseau en Europe. Nous avons investi dans des marques ou des distilleries comme Hautefeuille en Picardie, la vodka Squadron ou La Maison du Rhum et nous réfléchissons aussi à prendre des tickets dans d’autres distilleries prometteuses en France ou en Grande-Bretagne qui doivent également se préoccuper de trouver des solutions de distribution. A l’heure où les grands groupes rachètent de plus en plus de distributeurs et de marques craft, il faut rester offensif.

Cet article Quelles tendances pour les Spiritueux ? Entretien avec François-Xavier Dugas est apparu en premier sur Terre de Vins.